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22/06/2010

Marie Antoinette

(Yves-Marie Adeline, Editions de Paris)


Marie-antoinette-2.jpg La couverture du livre invite à la lecture : le magnifique portrait de la reine, une rose à la main, par Madame Vigée-Lebrun apparaît au premier plan tandis qu’on aperçoit légèrement en retrait un dessin de Marie-Antoinette conduite au supplice : on ouvre et l’on a la surprise de trouver une pièce de théâtre !
Cinq actes : cinq tableaux.
C’est un « annonceur » qui nous présente le Hameau de la reine, où se déroule le premier acte ou premier tableau. On voit arriver Marie-Antoinette s’entretenant familièrement avec ses amies tandis que le comte d’Artois leur fait, en passant, une plaisanterie et que le Roi vient en personne présenter le marquis de La Fayette ; la vie s’écoule dans une douce atmosphère de bonheur, à l’écart des apprêts de la cour.
Tout respire ici la simplicité, l’amitié. L’auteur envoie quelques clins d’œil malicieux à l’Histoire laissant entrevoir ce qu’eût pu être la politique du successeur de Louis XV.
Le deuxième tableau nous transporte au château de Versailles entre juillet et octobre 1789 : c’est alors le spectacle déchirant d’une mère atteinte dans sa chair et qui ouvre son cœur à sa femme de chambre-confidente... Puis les événements se précipitent et il faut oublier les soucis domestiques... Suit un dialogue politique plein de finesse entre le roi et la reine avant le départ pour Paris commandé par La Fayette...
Le troisième acte se passe aux Tuileries et commence par une scène originale : Marie-Antoinette et son rêve. Pendant que la reine dort, le roi entre pour la deuxième scène où il va profiter de son sommeil pour lui faire une longue et émouvante confession ; puis les émeutiers entreront en scène et l’acte se termine par la reine s’évanouissant dans les bras de Geneviève Delaleu après avoir aperçu la tête de son amie la princesse de Lamballe au bout d’une pique.
Le quatrième tableau se situe dans la prison du Temple en janvier 1793 : c’est une lente progression vers l’enfer ; des adieux du roi jusqu’à la séparation d’avec le dauphin qui clôt l’acte. Il n’y a pas besoin de forcer la note pour entretenir le tragique de la situation.
Enfin le cinquième acte se déroule devant le tribunal révolutionnaire en octobre 1793.
Le contraste entre la raillerie perfide de Fouquier-Tinville et la dignité intelligente de la Reine et de son avocat est rendu avec le plus bel effet.
Tout au long de cette pièce du plus grand théâtre, l’intensité dramatique est entretenue avec art, les répliques choisies avec une délicatesse toute classique, un peu à la manière de la litote de nos tragiques et les personnages apparaissent dans une vérité plus vraie que nature. La personnalité de Marie-Antoinette est dévoilée dans tous ses détails avec une subtilité et une psychologie rares. Quelle grandeur d’âme, quelle noblesse !
La lecture de cette œuvre réjouira tous ceux qui croyaient la littérature morte et enterrée. Comme on aimerait que cette pièce soit jouée au théâtre ! La mise en scène ne sera pas difficile, l’auteur a tout prévu.

Juliette Colange

(Lecture et Tradition, n° 350, avril 2006)

 

Disponible aux Editions de Paris