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08/11/2013

René Benjamin

 

(Xavier Soleil, Editions Pardès, 12 €)

 

rene-benjamin-qui-suis-je.jpgLes étudiants en Droit qui découvrent le célèbre arrêt Benjamin du Conseil d’Etat du 19 mai 1933 illustrant la disproportion entre une possible atteinte à l’ordre public, du fait des remous occasionnés par la tenue d’une conférence de René Benjamin, et la mesure prise par le maire, à savoir, l’interdiction pure et simple de la conférence, ne savent pas, dans leur grande majorité, qui est ce René Benjamin, dont les conférences étaient susceptibles de créer des troubles à l’ordre public.

 

René Benjamin naît à Paris le 20 mars 1885, et meurt à Tours le 4 octobre 1948. Cet écrivain catholique et Français sera même qualifié de « représentant officiel du Syllabus » (page 19). Il fit de nombreuses conférences sur la littérature, l’histoire, … « Son art », écrit Xavier Soleil, « était dérivé de son amour pour le théâtre et, en réalité, il jouait, mimait, récitait ce qu’il était venu évoquer devant des auditeurs, qu’ainsi il attirait à lui, ou plutôt à ce qui était l’objet, momentané, de sa passion » (page 33).

« Mon avis est que Benjamin préparait soigneusement ses conférences, s’en imbibait en quelque sorte, que la forme pouvait varier selon les auditoires, mais qu’il possédait si parfaitement son sujet que les mots, pour exprimer sa pensée, arrivaient aisément » (page 35).

 

En tant qu’écrivain, la diversité de ses œuvres est représentative de son état d’esprit : « si j’ai le temps de méditer, et que rien ne presse, je peux écrire un récit romanesque. Mais les jours où j’ai hâte de ne rien dire que l’essentiel, l’art dramatique s’impose. Ai-je à me battre ? j’écris un pamphlet. Est-ce que j’admire un homme ? c’est un portrait que je tente. Enfin, tout en peignant, si je veux raisonner ce que je peins, je fait un essai » (page 39).

 

Critique féroce du régime républicain, et de la médiocrité intellectuelle qui en est issue, il n’hésite pas à s’en prendre aux responsables politiques : « Herriot, mon bon, vous êtes fichu ! Vous êtes fichus ! Vous vous êtes tous servis des instituteurs. Vous les avez créés, placés, adulés, mis en route. Ils ont été les premiers serviteurs du régime. Il faut hautement leur rendre justice : depuis quarante ans, sous votre direction, c’est eux qui nous ont fait par milliers des citoyens stupides comme une urne à voter, libérés scientifiquement de tout ce qui fait l’honneur de l’âme humaine, enfin des clients, des esclaves, des éléments élémentaires du suffrage universel. » (page 41).

 

René Benjamin a aussi écrit d’émouvants portraits de grands hommes de l’époque (Maurice Barrès, Charles Maurras, Le Maréchal Pétain, …). « Pourquoi ai-je donc une plume », disait-il,  « si ce n’est pas d’abord pour peindre ce qui est grand » (page 50).

 

Comme nous l’avons vu lors de notre précédent numéro, René Benjamin était passionné de Balzac. Pour Xavier Soleil, « il y a plus d’analogies qu’on ne croit entre la Comédie humaine et l’œuvre de René Benjamin. Mêmes dons d’observation, même appel à l’intuition chez l’un et chez l’autre. Passionnément curieux, tous les deux, de leur époque, et attachés à la décrire et à l’expliquer- je dirais même à la sauver » (page 60). Par ailleurs, René Benjamin souscrivait pleinement aux principes proclamés dans l’avant- propos de la Comédie humaine : « Le christianisme a créé les peuples modernes, il les conservera. De là sans doute la nécessité du principe monarchique. Le catholicisme et la royauté sont deux principes jumeaux … J’écris à la lueur de deux Vérités éternelles : la Religion, la Monarchie, deux nécessités que les événements contemporains proclament, et vers lesquels tout écrivain de bon sens doit essayer de ramener notre pays » (page 60). Cet esprit transparaît d’ailleurs dans ce qu’il écrit après la défaite de 1940 : « il faut que la France ressuscite et soit personnelle. Elle n’a qu’une manière de l’être entre la juiverie anglo-saxonne, cette fausse liberté sans mœurs, et la tyrannie hitlérienne. C’est sa tradition chrétienne et monarchique. Et il est probable que c’est son avenir » (page 79).

 

Proche de l’Action Française, il n’hésite pas à prendre sa défense, lors de l’épisode douloureux de sa condamnation : « il y a ceux qui par leurs fonctions ou leurs talents ont à diriger ou à conseiller une société. Ceux-là n’ont pas le droit d’être aveugles et d’obéir aveuglement. Le Pape ne se charge pas de tout en ce bas monde. Il reste à donner, en dehors de lui, quelques ordres ici et là. Cette autorité, si minime qu’elle soit, est incompatible avec l’aveuglement et la surdité volontaires, surtout vis-à-vis d’une autre autorité, qui si sacrée qu’elle soit, ne répond jamais, quand on lui demande une explication ou un secours » page 70).

 

Pendant la guerre, il soutient le Maréchal Pétain, auquel il consacrera trois livres. La destruction des villes françaises lors des bombardements aveugles perpétrés pas les « alliés » l’horrifie, et il est lucide sur les débuts de la « libération » : « ce que François a vu à Tours, c’est le vrai commencement de la Révolution. Il paraît que les prisons ont été ouvertes, et il a vu, de ses yeux vu, distribuer des armes : fusil, casque et brassard – au lycée – à tous ceux qui en voulaient. C’est de la folie pure. Demain, ce sera le grand pillage à main armée » (page 87). La tragédie de l’épuration ne fera que confirmer cela. René Benjamin sera, comme tant d’autres, arrêté et interné, puis finalement, libéré.

 

Toute sa vie, René Benjamin combattra la médiocrité et le néant intellectuel de ses contemporains : « Quand on voit les gens du monde, et leur néant, comme on comprend les révolutions et leur incapacité à y résister » (page 71). « Le signe sous le quel ce siècle à commencé est, hélas, celui de la bassesse. Un orage tragique éclata ; à la lueur des éclairs, nous vîmes des héros ; puis la masse est retombée un peu plus bas qu’elle n’était » (page 54).

 

Ce livre de Xavier Soleil est un régal qui nous incite à redécouvrir René Benjamin en lisant ses œuvres. La France de la Cinquième République n’étant pas meilleure que celle de la Troisième, il n’en est que plus utile de se replonger dans la lecture d’un auteur qui ne vivait que pour le Beau et le Vrai.

 

La seule réserve que nous émettons sur ce livre tient aux élucubrations astrologiques ajoutées en annexe, mais apparemment, il s’agit d’une constante dans cette collection Qui suis-je ? , et elle n’enlève rien à la valeur de l’ouvrage de Xavier Soleil.

 

 

 

 

Jean de Saint-Herbot



Disponible aux Editions Pardès, 44 rue Wilson, 77880 Grez-sur-Loing