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05/08/2010

Nazisme et occultisme : la thèse de Goodrick-Clarke (suite)

(Cette étude à été publiée par la revue Le sel de La Terre, et par le site légitimiste Vive Le Roy)

 LA MISE EN ŒUVRE POLITIQUE

L’auteur montre le lien étroit qui existait entre les sociétés secrètes et les partis politiques qui leur servaient de devanture. Trois organisations secrètes ont particulièrement retenu son attention :

  • l’Ordre du Nouveau Temple,
  • le Germanenorden
  • et la Société Thulé.

 L’ordre du Nouveau Temple (Ordo Novi Templi)

Il fut fondé par Lanz von Liebenfels qui, sous l’influence des romans du Graal, s’était passionné pour les Templiers. Son rituel était calqué sur la liturgie catholique. Un club politique au nom transparent de Lumenclub fut créé en 1932. Il eut

son propre bulletin, organisa des conférences et fut un refuge et une pépinière pour le Parti Nazi, illégal en Autriche, dans les années qui précédèrent la chute de la République et l’Anschluss en mars 1938 [p. 170].

L’O.N.T. et son bras politique furent supprimés par la Gestapo en 1942 en application d’un édit du parti visant de nombreuses sectes.

 Le Germanenorden

L’histoire du Germanenorden est complexe. Du point de vue idéologique, l’organisation est proche des conceptions de List.

C’est aux environs de 1910 que certains nationalistes eurent l’idée de créer une organisation secrète sur le modèle des loges maçonniques. Persuadés que l’influence des Juifs dans la société allemande était le résultat d’une conspiration universelle, ils considérèrent que le bras séculier de cette dernière était la franc-maçonnerie, laquelle ne pouvait être combattue victorieusement que « par une organisation antisémite similaire » (p. 182).

Dans une lettre de 1911, l’un de ses membres, Johannes Hering, déclare à Stauff, autre figure de proue de l’organisation

qu’il était franc-maçon depuis 1894, mais que cette « ancienne institution germanique » avait été corrompue par les idées des Juifs et des parvenus : il en concluait qu’il serait avantageux pour les antisémites de procéder à la renaissance d’une loge aryenne [p. 183].

L’année suivante vit le Germanenorden se répandre dans le nord et l’est de l’Allemagne. À partir de 1916, le bulletin officiel de l’ordre porta sur sa couverture « un svastika aux branches courbes, superposé à une croix » (p. 186).

En octobre se produisit un schisme lourd de conséquences. Une nouvelle branche fut fondée dite « du Saint-Graal » qui avait à sa tête Herman Pohl, un chancelier mécontent d’avoir été démis de ses fonctions. On retiendra de cette organisation qu’elle eut comme membre Rudolf von Sebottendorf.

 Rudolf von Sebottendorf (1875-1945) et la Société Thulé

La Société Thulé joua un rôle capital dans la naissance du nazisme.

Celui qui se faisait appeler Baron Rudolf von Sebottendorf était né le 9 novembre 1875 à Hoyerswerda, au nord-est de Dresde. Il avait pour père Ernst Rudolf Glauer, conducteur de locomotive. Il eut une vie d’aventurier.

Arrivé à Alexandrie en juillet 1900, dès octobre il était surveillant des domaines anatoliens de Hussein Pacha, un riche propriétaire turc au service du Khédive ou vice-roi d’Egypte.

En Turquie,

à Brousse, il fit la connaissance de la famille Termudi, des Juifs grecs de Salonique. Le père s’était retiré des affaires pour se consacrer à l’étude de la Kabbale et à la réunion de textes alchimiques et rosicruciens, tandis que son fils aîné Abraham dirigeait leur banque à Brousse et qu’un frère cadet s’occupait d’une succursale à Salonique […].

Les Termudi étaient francs-maçons et appartenaient à une loge, peut-être affiliée au Rite français de Memphis, qui avait essaimé au Levant et au Moyen-Orient. Glauer fut initié dans la loge par le vieux Termudi et hérita par la suite de sa bibliothèque occultiste. Dans l’un de ces livres, Glauer découvrit une note de Hussein Pacha, décrivant les exercices mystiques secrets des alchimistes islamiques [p. 197],

sujet sur lequel il écrivit plus tard un livre [7].

Il quitta provisoirement la Turquie pour l’Allemagne où sa présence est signalée en 1902 et 1903.

Attiré par la révolution Jeune Turc, il était à Constantinople vers la fin de 1908. Son second séjour devait durer quatre ans. Il semble qu’il ait donné des conférences sur l’ésotérisme à Pera où il habitait, puis fondé une loge mystique en décembre 1910.

En 1911, selon ses dires, il aurait acquis la nationalité turque et se serait fait adopter par un baron expatrié, Heinrich von Sebottendorf. Il prit part à la seconde guerre balkanique (octobre-décembre 1912) au cours de laquelle il fut blessé, dans les rangs de l’armée turque.

Au début de 1913, il s’installait à Berlin. On est mal renseigné sur ses activités durant la première moitié de la Grande Guerre.

Ce qui est certain, c’est qu’en Bavière, en 1916, il découvrit le Germanenorden. Il adhéra à la branche schismatique fondée par Herman Pohl et fut élu Maître de la Province. Très résolu, il organisa jusqu’en juillet 1918 des réunions dans son appartement de Munich. Il avait choisi pour l’Ordre le nom de Société Thulé afin de détourner les soupçons des partis de gauche. Le terme lui-même désignait la terre la plus septentrionale qu’avait découverte le géographe grec Pythéas (vers 300 avant J.C.). Les aryosophistes l’identifiaient à l’Islande. L’organisation joua un rôle-clé dans les événements qui allaient suivre.

Dans un livre au titre audacieux publié en 1933 [Avant que Hitler n’advînt : les premières années du mouvement nazi [8]], Sebottendorf donne des détails sur ses activités à cette époque :

Les membres de la Société Thulé furent les gens vers lesquels Hitler se tourna d’abord, et qui se rallièrent les premiers à lui.

Les forces du futur Führer comprenaient :

  • outre la Société Thulé elle-même,
  • le Deutscher Arbeiterverein [l’Union des Travailleurs Allemands], fondé dans la Société Thulé par le frère Karl Harrer à Munich, et
  • le Deutsch-Sozialistiche Partei [le Parti Socialiste Allemand], dirigé par Hans Georg Grassinger, dont l’organe était le Munchener Beobachter [L’Observateur munichois].

De ces trois groupements, Hitler fit le Nationalsozialistiche Arbeitpartei. [9]

Bien que visiblement étonné par un document aussi explicite, Nicholas Goodrick-Clarke n’en conteste pas la validité :

Reginald Phelps ― écrit-il ―, qui a examiné en détail ces déclarations sur la base d’archives et de récits indépendants, conclut que ce que Sebottendorf prétend n’est pas dépourvu de substance [p. 208].

Mais là ne s’arrête pas la contribution de la Société Thulé à la réaction nationaliste. Le groupe de combat qu’elle avait formé prit part à la lutte victorieuse des Blancs, du 30 avril au 3 mai 1919, contre les communistes qui occupaient Munich. Du fait, semble-t-il, d’une négligence de Sebottendorf, sept des membres de la loge furent pris comme otages par les Rouges et fusillés. Bénéficiant désormais de l’auréole du martyre, la Société Thulé et le Germanenorden virent leur influence croître, ce qui facilita les progrès des mouvements extrémistes de droite.

Hitler prit contact avec le DAP (Deutscher Arbeitpartei, Parti des Travailleurs Allemands, autre nom du Deutsche Arbeiterverein) lors de la réunion du 12 septembre 1919. Envoyé comme espion par l’armée, il s’introduisit dans le groupe dont il prit très vite les rênes. Il rédigea sans tarder un règlement interdisant tout “gouvernement parallèle” par un « cercle ou une loge ».

De fait le “frère” Harrer fut exclu du bureau en janvier 1920. Quant à Sebottendorf, chassé de la Société Thulé en juin 1919 à la suite de l’affaire des otages, il disparut de la scène politique. Il voyagea beaucoup, revint à Munich en 1933 mais tomba en disgrâce auprès des autorités nazies malgré (ou à cause de ?) son livre. De retour en Turquie, il fut employé par les services secrets allemands et se suicida le 9 mai 1945 en se jetant dans le Bosphore.

 Les hommes politiques

Nicholas Goordick-Clarke minimise l’influence des cercles ésotériques dans l’essor du nazisme :

Eckart et Rosenberg, affirme-t-il, ne furent rien de plus que des hôtes de la Société Thulé au temps de sa splendeur, et il n’y a aucune preuve qui permette d’associer Haushofer avec ce groupement (p. 305).

Mais les deux hommes qui travaillèrent le plus efficacement à faire entrer dans la réalité le programme des loges aryosophiques furent incontestablement Hitler et Himmler.

La question qui se pose est celle-ci : étaient-ils eux-mêmes occultistes ?

En ce qui concerne Hitler, sa réponse est résolument négative. Aucun document n’a été retrouvé montrant des liens entre lui et le Germanenorden ou tout autre groupe nationaliste avant la Première Guerre mondiale. Il n’y a pas de preuve non plus qu’il ait fréquenté la Loge Thulé. Le carnet des réunions « tenu par Johannes Hering mentionne la présence d’autres chefs nazis entre 1920 et 1923, mais jamais Hitler lui-même » (p. 281).

En revanche il est établi par une déclaration de Lanz von Liebenfels lui-même, recueillie le 11 mai 1951, que Hitler rendit visite à ce dernier au siège d’Ostara à Rodaun en 1909 et reçut de lui gratuitement les numéros qu’il demandait (p. 272-273). Les faits montrent que le futur dictateur fut profondément influencé par les idées diffusées par l’ancien moine. Par ailleurs, on ne peut exclure absolument qu’il ait été membre, à un moment au moins de son existence, d’une organisation ésotérique, puisque ― comme le reconnaît Nicholas Goodrick-Clarke (p. 278) ― un des premiers nazis, le docteur Steininger, lui dédicaçait ainsi en 1921 un Traité de Tagore sur le nationalisme : «  Pour Adolf Hitler, mon cher frère armane ».

En ce qui concerne Himmler (1900-1945), les influences occultistes sont plus nettes. L’organisation SS sort directement des rêves de Guido von List et de Lanz von Liebenfels. Fut-il initié lui-même ? On ne le sait pas. Ce qui est certain, c’est qu’il eut pour conseiller un illuminé, Karl Maria Willigut (1866-1946), véritable “Raspoutine nazi” qui sombra dans la folie et dut être relevé de ses fonctions (p. 267).

04/08/2010

Nazisme et occultisme : la thèse de Goodrick-Clarke

(Nicholas Goodrick-Clarke, Les racines occultes du Nazisme, Editions Camion Blanc)

(Cette étude à été publiée par la revue Le sel de La Terre, et par le site légitimiste Vive Le Roy)

 

D’Héléna Blavatsky à Hitler

9782357790544.jpgAvec la Modernité non seulement l’imagination s’affranchit du réel, mais plus encore, elle tente de le soumettre : le volontarisme se substitue à la raison. Les utopies ― souvent imaginées par quelques “initiés” ― trouvent désormais un écho favorable dans les sociétés de pensée (Loges, partis,…) qui les propagent. Ainsi se développent les idéologies (libéralisme, nationalisme, socialisme), dont la pleine réalisation aboutit à des régimes inédits et monstrueux : les totalitarismes. Dans sa thèse de doctorat soutenue à Oxford, Goodrick-Clarke s’attache à établir la genèse de l’un de ces régimes : le national socialisme.

 

 

   Un travail universitaire [1]

En 1985 paraissait en Grande-Bretagne un ouvrage de Nicholas Goodrick-Clarke intitulé The Occult Roots of Nazism (Les racines occultes du Nazisme) [2]. Il s’agissait d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université d’Oxford et dont une traduction française a été publiée en 1989 aux éditions Pardès [3].

L’auteur, un germaniste diplômé en sciences politiques et économiques, y examine en historien les affirmations de certains livres à succès [4] selon lesquels le national-socialisme serait sorti de sociétés secrètes inféodées à un pouvoir caché qui contrôlait Hitler.

Pour mener à bien son enquête, ce chercheur a consulté plusieurs centaines d’articles et d’ouvrages de première main. Il en résulte un exposé bien écrit, bien construit, globalement fiable, et dont on ne saurait trop recommander la lecture (même si ce spécialiste, universitaire “bon teint”, ne tire pas toujours toutes les conséquences des faits qu’il met en lumière).

Pour démonter le mécanisme qui a abouti à l’émergence de ce système monstrueux, Nicholas Goodrick-Clarke s’efforce de suivre l’ordre logique et chronologique des évènements et des faits.

  • La première partie (p. 11-43) est consacrée à l’arrière-plan idéologique des années 1880-1910 en Allemagne,
  • la deuxième partie (p. 47-174) présente les principaux auteurs et vulgarisateurs de la doctrine ésotérique à l’origine du nazisme,
  • la troisième partie (p. 177-284), la plus importante, est consacrée à la mise en œuvre politique, qui comporte deux volets : la création de sociétés secrètes et de leurs prolongements, les partis nationalistes, l’intervention d’hommes-clés, principalement Hitler et Himmler.

Des appendices, des illustrations et une bibliographie abondante complètent ce travail trop peu connu dont l’analyse qui suit ne saurait épuiser la richesse.

 L’ARRIÈRE-PLAN IDÉOLOGIQUE

Deux éléments sont à considérer ici : le pangermanisme et la vogue de l’occultisme dans les pays de langue allemande à la fin du XIXe siècle.

 Le pangermanisme

Idéologie visant, comme son nom l’indique, à regrouper dans un même état tous les peuples d’origine allemande, le pangermanisme était particulièrement répandu en Autriche. Au nombre de dix millions en 1910, les Allemands ne représentaient que 35 % de la population de l’Empire austro-hongrois, le reste étant constitué de Hongrois, de Polonais, de Ruthènes, de Tchèques, de Roumains, de Slovènes, d’Italiens, de Croates et de Serbes.

Le pangermanisme prit son envol avec Georg von Schônerer (1842-1921) qui, à l’occasion de décrets linguistiques favorables au tchèque, sut exploiter le mécontentement latent. Depuis longtemps, du reste, il avait engagé la lutte contre l’Église catholique en laquelle il voyait un corps étranger à la civilisation germanique.

 Reviviscence occultiste dans les pays de langue allemande (1880-1910)

L’occultisme dont il est question ici est essentiellement le théosophisme, à la fois courant de pensée et mouvement formé autour des écrits d’une Russe, Héléna Pétrovna Blavatsky (1831-1891).

Passionnée de spiritisme, elle fonda en 1875 à New York la Société Théosophique. Elle séjourna en Inde où elle transféra le siège de la Société. Elle fit savoir qu’elle avait reçu d’initiés indiens des révélations portant sur le passé et l’avenir de l’humanité. C’est à Madras en 1888 qu’elle écrivit La Doctrine secrète, ouvrage dans lequel elle donnait à son système une formulation plus rigoureuse qu’elle ne l’avait fait jusque-là et d’où dérive, en dernière analyse, le nazisme :

Selon Mme Blavatsky, notre planète traversait le quatrième cycle cosmique et l’humanité actuelle représentait la cinquième race-mère d’une « période mondiale » ; elle inaugurait donc un processus de restauration spirituelle. La cinquième race-mère était appelée race aryenne et elle avait été précédée par les Atlantes, quatrième race-mère, qui avaient presque tous péri dans le déluge qui avait submergé leur continent situé au milieu de l’Atlantique, [p. 29]

À partir de 1892, des textes sacrés indiens et ses propres écrits parurent dans la revue Lothusblüther (Fleurs de lotus) qui diffusa les idées du mouvement. Ce fut la première publication en langue allemande à arborer le svastika théosophiste sur sa couverture.

[1] Cette recension a été publiée dans la revue Le Sel de la Terre

[2] Nicholas GOODRICK-CLARKE, Les racines occultes du Nazisme, éditions Pardès, 1989, 343 p. The Occult Roots of Nazism, Secret aryan cuits and their influence on nazi ideology, New York University Press, 1992, 293 p.)

[3] Pardès est une maison d’édition elle-même engagée dans l’occultisme.

[4] Notamment : Le Matin des magiciens (1960) de Louis PAUWELS et Jacques BERGIER ; Ave Lucifer (1970) d’Elisabeth ANTEBI ; Occult Reich (1974) de J.H.BRENNAN.

[5] TACITE, Germanie, II.

[6] Le lecteur l’aura compris : le terme renvoie aux organisations occultistes revendiquant l’héritage mythique du « peuple aryen ».

[7] Die Praxis der alten türkischen Freimaurerei, Der Schlüssel zum Verständnis der Alchimie, Leipzig, 1924.

[8] Bevor Hitler kam : Urkundliches aus der Frühzeit der nazionalsozialistichen Bewegung.

[9] Ibid., p. 3 et sq., cité pat N. GOODRICK-CLARKE, p. 207-208.

[10] Julien RIES, Pensée religieuse indoeuropéenne et religion des Germains et des Scandinaves, Louvain, 1980, p. 75-76.

[11] SOLIN, Polyhistor, Append. 17, in Holder, Altceltischer Sprachschatz, t. II, article Thulé.

[12] DlODORE DE SICILE, Bibliothèque historique, traduite par F. Hoefer, 2céd., Paris, 1865, tome I, livre II, p. 179-182, passim.

[13] Léon BLANCHET, Campanella, thèse de doctorat, Paris, 1919, p. 21.

Disponible à: SA DPF, BP 1, 86190 Chiré en Montreuil

 

Cette étude à été publiée par la revue Le sel de La Terre, et par le site légitimiste Vive Le Roy