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20/07/2010

Maurras toujours là

(Jean Madiran, Editions de Paris)

 

maurras-toujours-la.jpgPour avoir été désigné par Maurras comme l’un de ses successeurs, Jean Madiran est certainement l’un des meilleurs connaisseurs du maître de l’Action française. Il lui a d’ailleurs consacré un livre important (Maurras, NEL), avec un chapitre essentiel sur la question du “politique d’abord”. Jean Madiran aborde Maurras sous l’angle de la piété, ce qui lui donne une connaissance très fine de l’homme et de l’œuvre en même temps qu’elle l’écarte de la tentation du psittacisme maurrassien. Madiran a évolué à plusieurs reprises sur Maurras, passant par exemple (et ce n’est qu’un exemple) d’une prise de distance dans la préface qu’il a donnée à l’Enquête sur le nationalisme de Marcel Clément à un retour au nationalisme tel qu’il apparaît dans un éditorial d’Itinéraires (le n° 302 par exemple) ou dans ses articles de Présent. Ce nouveau livre offre, à côté d’autres textes, la préface que Maurras avait accordée à l’ouvrage de Jean-Louis Lagor (le pseudonyme de Madiran), La philosophie politique de saint Thomas. Le livre partait en guerre contre Gilson auquel Madiran consacrera plus tard un ouvrage (Gilson, NEL) et dont il publiera en épisodes un livre entier dans Itinéraires.

Madiran explique ici la portée de cette lettre-préface. Dans ce texte, Maurras écrivait notamment qu’il ne croyait pas « que notre pays puisse se relever de sa dernière chute profonde sans le concours de catholiques nombreux, actifs, influents, et dont l’esprit soit restauré dans sa vertu, régénéré dans son principe ». On a l’impression de lire l’architecture de ce que sera la Cité catholique de Jean Ousset, cet autre héritier possible nommé par Maurras. On notera aussi l’appel au bonheur qui révèle un Maurras bien plus humain que les portraits habituellement tracés. Pourquoi avoir publié la préface et n’avoir pas réédité le texte qu’il présente ? La réponse se trouve dans la dédicace que Madiran-Lagor donna à un jeune lecteur fervent, en 1988 : « C’est quand même à refaire, il y a beaucoup de faiblesses ». Dans ce nouvel ouvrage, Madiran regrette à juste titre l’oubli par certains de l’œuvre d’Henri Charlier. Il le note à propos de deux livres consacrés à Maurras. [...] Il revient aussi sur son plus beau texte consacré à Maurras : Pius Maurras, que l’on trouve, complet, dans son Maurras.

P.M.

(L’Homme Nouveau, n° 1327, 4 juillet 2004)

Disponible aux Editions de Paris

27/06/2010

Enquête sur... la maladie de la presse écrite

(Jean Madiran, Editions Via Romana)

 

Enquête sur... la maladie de la presse écriteJean Madiran est un vieux routier de la presse nonconformiste. L’épuration des années 1944-1945 venait à peine de s’achever qu’il participait à la création de Rivarol. En 1956, il lance la revue Itinéraires, fer de lance de l’opposition catholique au communisme en France – cette revue eut « les honneurs » d’une condamnation par l’épiscopat français pour avoir osé dire que ses lecteurs et chroniqueurs comprendraient les décisions du concile Vatican II en conformité avec la Tradition !

Enfin, en 1981, il lance le quotidien Présent qui, depuis ce jour, est le seul quotidien de l’opposition nationale. Et qui, pour cela, a lui aussi les honneurs du régime « abracadabrantesque » de la presse en France. Il existe, par exemple, dans notre pays une aide gouvernementale pour les quotidiens à faibles ressources publicitaires. Il n’est point besoin d’être devin pour savoir que c’est le cas de Présent. Eh bien ! Avec l’arbitraire qui caractérise le régime français de la presse, Présent n’a pas droit à cette subvention… quand naturellement L’Humanité (aux ressources publicitaires substantiellement plus importantes) y a droit !
Bref, Jean Madiran est un excellent connaisseur de la presse. Et lorsqu’il publie un petit ouvrage sur La maladie de la presse écrite, cela vaut la peine de l’entendre.
L’auteur part de cette déclaration récente et impressionnante de Jean-François Kahn, le « patron » de Marianne : « Si nous étions dans une économie de marché, il n’y aurait plus de quotidiens. » Pourquoi ? Tout simplement, parce que la vente au numéro et la vente par abonnement sont, ensemble, très loin de couvrir le prix de revient d’un quotidien.
Conséquence : la presse écrite est de plus en plus étroitement dépendante, au plan économique, de la publicité. Madiran cite ce chiffre effarant : 80 % des recettes du Figaro proviennent de la publicité ! Mais, on peut faire mieux encore : avec les quotidiens gratuits, 100 % des recettes viennent de la publicité ! Ce système inventé par Émile de Girardin pour diminuer le prix de vente de ses journaux et donc augmenter son lectorat se retourne désormais contre la presse. En effet, la publicité a maintenant ses exigences – y compris des exigences éditoriales.Ces exigences sont très simples ; elles tiennent en une phrase : nous sommes passés d’une liberté d’opinion à un droit à l’information. Bien sûr, si l’on n’y prend pas garde, la chose peut passer inaperçue. Elle peut même être applaudie. Qui serait contre le « droit à l’information » ? Le problème, c’est qu’il n’existe pas d’information sans informateur, ni informé. Et que, par conséquent, il n’existe pas de fait brut. Il faut au minimum que l’informateur choisisse de traiter de ce fait-ci, plutôt que de cet autre. Autrement dit, tous les journaux de la « grande presse », qui se gargarisent d’être des journaux d’information – laissant aux « ploucs » comme nous le soin peu recommandable d’être une presse d’opinion – sont en réalité autant que nous une presse d’opinion. La différence, c’est qu’ils ne l’assument pas, qu’ils le cachent et donc qu’ils mentent à leurs lecteurs.
Pour notre part, aux 4 Vérités, nous sommes fiers d’être une presse d’opinion. Nous confessons sans honte que nous ne parlons pas « objectivement ». Nous essayons d’écouter nos adversaires et de comprendre ce qu’ils disent, mais nous ne cessons pas pour autant de les tenir pour des adversaires.
La presse française contemporaine a perdu le goût de la controverse. Mais, cette controverse est nécessaire à la vie des idées. Et d’ailleurs, on voit dans quel état l’atonie de la « grande presse » laisse la vie des idées en France. Tout le débat culturel se résume à des querelles artificielles entre « penseurs » télégéniques. Trop occupés à gérer leurs relations presse, ces géniaux penseurs n’ont plus le temps de réfléchir…
Oui, il faut savoir que la presse française est malade ; et savoir pourquoi. Alors, nous pourrons proposer une reconquête efficace. Et d’abord avec une presse qui accepte d’être une presse d’opinion. Qui reconnaît avoir une grille d’analyse (à droite toute pour nous, soit dit en passant !…) et qui ne prétend pas seulement « informer » ses lecteurs, mais bien participer au débat public. Quand nous aurons à nouveau compris que le débat n’est pas le mal absolu, alors la vie intellectuelle renaîtra en France. Le plus tôt sera le mieux !

Guillaume de Thieulloy

(Les 4 vérités hebdo, n°665, vendredi 7 novembre 2008)

Disponible aux Editions Via Romana

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