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10/02/2014

De l’illusion démocratique au réalisme social

(Adrien Loubier, Editions Sainte Jeanne d’Arc)

 

I-Miniature-5509-de-l-illusion-democratique-au-realisme-social.net.jpgLe rôle de Jean-Jacques Rousseau dans la propagation d’idées fausses sur l’origine et l’organisation de la société, notamment par le Contrat social et le Discours sur  l’origine de l’inégalité parmi les hommes, fut déterminant dans la constitution du corpus doctrinal de la révolution française et de sa progéniture, la démocratie actuelle.

 

Cependant, le théologien jésuite François Suarez (1548-1617) va dégager des conclusions similaires à celles de Rousseau, quelques deux siècles en avance, dans son ouvrage Du pouvoir civil, de sa nature, de son origine, de ses limites, et de ses rapports avec le pouvoir pontifical.

 

La méthode employée par Suarez est la même que celle de Rousseau : le raisonnement est construit « en dehors de toutes considérations historiques sur les divers stades de la vie sociale ».

 

En commençant par écarter les faits, le raisonnement se trouve logiquement faussé et les conclusions ne peuvent qu’être utopiques et c’est sans surprise ce qui arrive avec la démocratie hypothétique découlant de la multitude, présentée par Suarez comme l’origine de tout pouvoir.

 

Pour remédier à cette conception faussée de l’origine du Pouvoir, dont nous subissons aujourd’hui encore pleinement les conséquences avec le régime actuel, Adrien Loubier va dans une seconde partie nous rappeler les fondements de la Cité, dont la cellule de base est la famille et non la multitude, et dont le couronnement sera, après la création successive des différents corps intermédiaires, le roi garant du bien commun.

 

Une bonne synthèse qui permet de s’écarter des « nuées démocratiques » et de revenir au réel en raisonnant sur de bonnes bases.

 

Jean de Saint-Herbot

 

Disponible aux Editions Sainte Jeanne d'Arc, Les Guillots,  18260 VILLEGENON

 

04/11/2013

Jean Bastien-Thiry, De Gaulle et le tyrannicide

 

(Abbé Olivier Rioult, Editions des Cimes, 8 €)

 

bastion-Thiry, dernière batailleJean Bastien-Thiry « faisait partie de ces hommes conscients qu’une action politique n’est légitime que si elle est morale » (page 7). Il fut pourtant fusillé le 11 mars 1963 pour tentative d’assassinat du général De Gaulle,  président de la République.

 

Catholique fervent, Jean Bastien-Thiry devait avoir de bonne raisons pour agir ainsi. Car, comme le dit Saint Thomas d’Aquin dans la Somme théologique, « Le péché de sédition appartient d’abord et à titre de principe à ceux qui excitent la sédition ; Ceux-là pèchent très gravement. Secondairement à ceux qui les suivent, et qui troublent le bien commun. »[1] Cependant, Saint-Thomas reconnaît une juste révolte face à un régime tyrannique : « Le régime tyrannique n’est pas juste parce qu’il n’est pas ordonné au bien commun, mais au bien privé de celui qui détient le pouvoir, comme le montre le philosophe (Aristote). C’est pourquoi le renversement de ce régime n’est pas une sédition. (…) C’est davantage le tyran qui est séditieux, lui qui nourrit dans le peuple les discordes et les  séditions, afin de pouvoir le dominer plus sûrement. »[2]

 

Par conséquent, pour que l’action du colonel Jean Bastien–Thiry soit légitime, il faut que le régime du général De Gaulle ait les caractéristiques d’une Tyrannie.

 

Dans sa déclaration du 2 février 1963, Bastien-Thiry dira que : « les sentiments auquel le dictateur De Gaulle a fait appel chez les Français de 1960, sont, nous l’avons vu, la propension trop marquée au matérialisme, à l’égoïsme individuel et collectif, à l’incivisme et à l’irresponsabilité politique. (…) Il s’agit de l’exploitation cynique de certaines tendances naturelles à l’homme, car les dictateurs drainent à leur profit une part de ce qu’il y a de mauvais et de bas dans l’âme humaine ; ce qui leur permet de réaliser assez facilement l’asservissement mental d’une partie de la nation » (page 13).

 

D’ailleurs, comme le remarque si bien l’Abbé Rioult, « en 1939/45, comme en 1958/62, les mêmes causes ont eu les mêmes effets, les mêmes vices ont abouti aux mêmes ruines » (page 43). De Gaulle « réalisa l’impensable, l’inimaginable. Il fut le grand accoucheur du nouveau patriotisme révolutionnaire, c'est-à-dire du patriotisme détaché de la France » (page 24).

 

Contre la véritable dictature de ce monstre, «  nous n’avons », nous déclare le colonel Bastien-Thiry, « transgressé ni les lois morales, ni les lois constitutionnelles, en agissant contre un homme qui s’est placé lui-même hors de toutes les lois : hors des lois morales, hors des lois constitutionnelles, hors des lois humaines. » (page 17) « Nous avons exercé le droit de légitime défense contre un homme, au nom de ses victimes, au nom de nos concitoyens et au nom de nos enfants. Cet homme est ruisselant de sang français et il représente la honte actuelle de la France. Il n’est pas bon, il n’est pas moral, il n’est pas légal que cet homme reste longtemps à la tête de la France. La morale, le droit et la raison humaine s’unissent pour le condamner. La vérité que nous avons dite, et que bien d’autres que nous ont dite avant nous, restera attachée au nom de cet homme où qu’il aille et quoi qu’il fasse. Un jour, cet homme rendra compte de ses crimes : devant Dieu, sinon devant les hommes » (page 30).

 

La démonstration de l’Abbé Rioult est magistrale et met parfaitement en vue la nocivité du général à titre provisoire qui par deux fois tint entre ses mains les destinées de la France. Cet ouvrage à aussi le mérite de réhabiliter la grande figure de héros catholique du colonel Bastien-Thiry qui n’hésita pas à tout sacrifier pour restaurer la France abaissée. A lire d’urgence pour finir de déboulonner la statue maintes fois fissurée de « l’homme du 18 juin ».

 
 
Jean de Saint-Herbot
 
 

[1] Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, II – II, q.42, a.2

[2] Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, II – II, q.42, réponse à la troisième objection


Disponible aux Editions des Cimes

05/04/2012

Filles des Lumières

(Jean de Viguerie, Editions DMM)

 

images.jpgJean de Viguerie a effectué des recherches sur les sociétés d’esprit du XVIII ème siècle, sociétés dans lesquelles les idées des « Lumières » se sont développées et épanouies.

 

Ainsi, l’auteur nous dévoile la nature de ces différents salons, parisiens pour la plupart, dans lesquels les gens de lettres côtoient les gens du monde.

 

 

 

On y découvre, notamment,  un trait quelque peu méconnu des philosophes des « Lumières » : leur parasitisme social.

 

En effet, la plupart des philosophes et littérateurs des « Lumières » profitent de l’hospitalité d’hôtesses bienveillantes pour se nourrir gratuitement, tout en faisant la promotion de leurs idées et œuvres, devant un public restreint, tout acquis à leur cause.

 

Pour profiter pleinement de l’aubaine que représentent ces salons, la plupart des philosophes font parti de plusieurs.

 

Nous pouvons retenir l’exemple de Marmontel, qui appartient à onze salons différents.

 

Ces multiples appartenances permettent aux différentes sociétés d’esprit d’être toutes plus ou moins reliées entre elles ; ce qui aboutit, finalement, à n’avoir plus qu’une seule grande société d’esprit dans laquelle les idées des « Lumières » vont pouvoir naître et arriver à maturité, avant de se répandre au dehors en France d’abord, puis dans toute l’Europe…

 

Une exploration en profondeur dans les laboratoires d’idées de la secte philosophique.

 


Jean de Saint-Herbot


Disponible aux Editions DMM

 

20/07/2011

Voltaire méconnu

 

(Xavier Martin, Editions DMM)

 

images.jpgDans cet ouvrage, Xavier Martin, poursuivant son analyse rigoureuse de l’étrange philosophie des « Lumières », s’attache plus particulièrement à tracer le vrai visage de François Marie Arouet dit Voltaire.

On découvre ainsi, que Voltaire, loin d’être un parangon de la tolérance, n’avait que haine et mépris pour le reste de l’humanité.

Haine des écrivains dont le talent pourrai le faire passer, lui Voltaire, au second plan ; haine allant jusqu'à faire emprisonner, ruiner et même, si cela était possible, tuer !

Haine de l’Eglise, haine des Français, aussi bien que des étrangers ; en un mot, haine intégrale, haine de tout ce qui respire, de l’ordre établi.

Mépris des non-philosophes « nous n’avons de compatriotes que les philosophes, le reste n’existe pas » (page 17).

Mépris de la Vérité, de la morale et de la vertu, mépris du genre humain, mépris illimité.

Haine et mépris, voila en résumé toute la hauteur de pensée de ce prétendu philosophe que l’on donne en exemple dans les cours de l’éducation dite nationale. Piètre réalité !

 Jean de Saint-Herbot

 

Disponible aux Editions DMM

24/07/2010

L’homme des droits de l’homme et sa compagne

(Xavier Martin, Editions Dominique Martin Morin)

 

833869621_L.jpgDans cet ouvrage, Xavier Martin, poursuivant ses études approfondies de l’ « homme des droits de l’homme », va insister sur plusieurs caractéristiques complémentaires de la vision de l’homme des prétendus philosophes des « Lumières ».

Ainsi, pour ces « penseurs », la fonction pensante n’est conçue que comme accidentelle. En effet, la pensée chez l’homme est contre nature. Pour Joubert, inspecteur général de l’Université Impériale, la nature « a pourvu aux travaux nécessaires à la vie en ne donnant à la plupart des hommes que des cerveaux qui ne font rien ».

Par ailleurs, ce que l’ont peut remarquer, c’est la non existence de la femme en tant qu’être humain. La femme n’est pas, pour ces « philosophes » l’égale de l’homme, elle lui est bien inférieure. Un de leurs disciples, Proudhon, a bien résumé dans ses Notes et pensées, cette conception quelque peu réductrice de la femme : « Je crois que c’est élever très haut la femme que de l’appeler compagne de l’homme ». La femme n’est donc finalement qu’un instrument.

Au fur et à mesure des investigations de Xavier Martin, la conception de l’ « homme des droits de l’homme » est de plus en plus réductrice ; et le corpus doctrinal des « Lumières » nous apparaît d’autant plus délirant et dangereux pour la société.

 

Jean de Saint-Herbot

Disponible aux Editions Dominique Martin Morin (DMM)

20/07/2010

Maurras toujours là

(Jean Madiran, Editions de Paris)

 

maurras-toujours-la.jpgPour avoir été désigné par Maurras comme l’un de ses successeurs, Jean Madiran est certainement l’un des meilleurs connaisseurs du maître de l’Action française. Il lui a d’ailleurs consacré un livre important (Maurras, NEL), avec un chapitre essentiel sur la question du “politique d’abord”. Jean Madiran aborde Maurras sous l’angle de la piété, ce qui lui donne une connaissance très fine de l’homme et de l’œuvre en même temps qu’elle l’écarte de la tentation du psittacisme maurrassien. Madiran a évolué à plusieurs reprises sur Maurras, passant par exemple (et ce n’est qu’un exemple) d’une prise de distance dans la préface qu’il a donnée à l’Enquête sur le nationalisme de Marcel Clément à un retour au nationalisme tel qu’il apparaît dans un éditorial d’Itinéraires (le n° 302 par exemple) ou dans ses articles de Présent. Ce nouveau livre offre, à côté d’autres textes, la préface que Maurras avait accordée à l’ouvrage de Jean-Louis Lagor (le pseudonyme de Madiran), La philosophie politique de saint Thomas. Le livre partait en guerre contre Gilson auquel Madiran consacrera plus tard un ouvrage (Gilson, NEL) et dont il publiera en épisodes un livre entier dans Itinéraires.

Madiran explique ici la portée de cette lettre-préface. Dans ce texte, Maurras écrivait notamment qu’il ne croyait pas « que notre pays puisse se relever de sa dernière chute profonde sans le concours de catholiques nombreux, actifs, influents, et dont l’esprit soit restauré dans sa vertu, régénéré dans son principe ». On a l’impression de lire l’architecture de ce que sera la Cité catholique de Jean Ousset, cet autre héritier possible nommé par Maurras. On notera aussi l’appel au bonheur qui révèle un Maurras bien plus humain que les portraits habituellement tracés. Pourquoi avoir publié la préface et n’avoir pas réédité le texte qu’il présente ? La réponse se trouve dans la dédicace que Madiran-Lagor donna à un jeune lecteur fervent, en 1988 : « C’est quand même à refaire, il y a beaucoup de faiblesses ». Dans ce nouvel ouvrage, Madiran regrette à juste titre l’oubli par certains de l’œuvre d’Henri Charlier. Il le note à propos de deux livres consacrés à Maurras. [...] Il revient aussi sur son plus beau texte consacré à Maurras : Pius Maurras, que l’on trouve, complet, dans son Maurras.

P.M.

(L’Homme Nouveau, n° 1327, 4 juillet 2004)

Disponible aux Editions de Paris

15/07/2010

Le dilemme de Jacques Maritain

(Godeleine Dickès-Lafargue, Editions de Paris)

dilemme-J_-Maritain.jpgLe titre rappelle, bien sûr, le célèbre ouvrage de Maurras Le dilemme de Marc Sangnier. À l’origine, l’ouvrage de Godeleine Dickès-Lafargue fut une thèse de philosophie soutenue en Sorbonne le 10 mars 2003. L’auteur a cherché à comprendre « l’évolution d’une pensée en philosophie politique ». Maritain lui-même a convenu, en 1958 : « Mes positions se sont précisées, elles se sont rectifiées, elles ont même substantiellement changé en philosophie politique du fait de mon adhésion décisive à la démocratie, ainsi elles n’ont pas varié quant aux principes essentiels. » On remarquera, en passant, la contradiction : « changement en substance » mais pas de variation dans les « principes ». Comment est-ce possible ? L’ouvrage de Godeleine Dickès-Lafargue apporte des clefs de compréhension nouvelle. En philosophie politique, estime-t-elle, il y eut « trois Maritain », ou trois étapes de sa pensée si l’on préfère parler en termes de continuité.
Le premier, jusqu’à la fin des années 1920, puise à la source thomiste et fait sien le meilleur de l’apport maurrassien. Maritain estime à l’époque : « Seul le chrétien est capable d’une science et d’une politique vraiment adaptées au gouvernement d’hommes déchus et rachetés ». Bien sûr, la condamnation de l’Action française, en 1926, a constitué un tournant important de l’évolution de la pensée politique de Maritain. G. Dickès-Lafargue a tort, pourtant, me semble-t-il, de parler des « exigences républicaines du Souverain Pontife » (p. 342). Pie XI n’était pas particulièrement attaché aux régimes républicains et démocrates. Sa condamnation de l’Action française ne fut pas substantiellement politique. G. Dickès-Lafargue rappelle elle-même le témoignage de Maritain au soir de sa deuxième rencontre avec Pie XI, le 6 septembre 1927 : le pape demandait à Maritain d’expliciter « les considérants » religieux de la condamnation.
Le second Maritain, dans les années 1930 et 1940, est dans une « phase transitionnelle » selon l’expression de Claude Rousseau dans son intéressante préface au volume. Sous l’influence de certains écrits de son épouse, Raïssa, la pensée de Maritain se développe en de nouvelles directions. G. Dickès-Lafargue les énumère : « la conception progressive de l’humanité, le rôle historique du peuple juif et le pluralisme religieux » (p. 339).
Troisième étape et autre élément déterminant de l’évolution de la pensée de Maritain : les vingt années passées en Amérique (de 1940 à 1960). « C’est en Amérique, écrira Maritain, que j’ai eu une réelle expérience de la démocratie concrète et existentielle [...] Habiter dans ce pays et observer avec un intérêt soutenu la vie quotidienne de ses institutions constitue une grande, profondément éclairante et inoubliable leçon de philosophie ».
Au terme de son étude, Godeleine Dickès-Lafargue estime : « Un homme, deux pensées, l’évolution politique de Maritain est bien réelle. Sa conception chrétienne de la société développée dans ses premiers écrits politiques laisse place à une conception vitalement chrétienne de la société. Cette évolution n’est pas une précision, une rectification. Le terme de « vitalement chrétienne » semble anodin, pourtant il cache une nouvelle conception politique absolument différente de la pensée maritainienne des années 1920. La société doit être vitalement chrétienne parce qu’elle doit respecter la distinction du temporel et du spirituel. Ce terme « vitalement » renvoie à la notion de vivification transcendante. [...] Maritain choisit des mots très précis, il en invente même pour rester dans une vision chrétienne de la politique. Vivification, infravalence, Tout transcendant, agir en chrétien, agir en tant que chrétien, ces notions sont fondamentales pour comprendre la pensée de Maritain. Elle situe Maritain entre sa pensée des années 19020 et la pensée rousseauiste, d’où la difficulté à déceler cette double identité. »
Avec ce Maritain-là qui affirme « l’idéal démocratique est le nom profane de la chrétienté », on en revient à Marc Sangnier.
De l’intéressant ouvrage de Godeleine Dickès-Lafargue, on regrettera seulement qu’il ne contienne pas d’index des noms cités.

Y.C.

(Présent, 18 juin 2005)

Disponible aux Editions de Paris

14/07/2010

Aristote au Mont-Saint-Michel

(Sylvain Gouguenheim, Editions du Seuil)

images.jpgComment la pensée grecque a-t-elle intégré l’Occident chrétien ? L’émancipation de la société moderne par rapport à l’héritage aristotélicien constitue-t-elle une étape naturelle de son évolution ? Il nous a paru intéressant de mettre en parallèle l’ouvrage de M.Gouguenheim et l’enseignement traditionnel du Pape Benoît XVI.

Y eut-il conjonction entre le message biblique et la pensée grecque ?

Conformément à la tradition la plus constante dans l’Église, le pape Benoît XVI répond par l’affirmative à cette question immémoriale :

Est-ce seulement grec de penser qu’agir de façon contraire à la raison est en contradiction avec la nature de Dieu, ou cela vaut-il toujours et en soi ? Je pense que, sur ce point, la concordance parfaite, entre ce qui est grec, dans le meilleur sens du terme, et la foi en Dieu, fondée sur la Bible, devient manifeste… [1]

Cette rencontre entre la philosophie grecque et le dépôt biblique s’est, pour ainsi dire, matérialisée dans la philosophie de saint Thomas d’Aquin qui n’a pas hésité à intégrer le meilleur de la sagesse païenne et est devenu le Docteur commun de l’Église.

 Comment l’héritage grec nous est-il parvenu ?

Faut-il souscrire à l’affirmation de M. Sarkozy : « L’Occident a recueilli l’héritage grec grâce à la civilisation musulmane » [2] ?

Dans un récent ouvrage [3], Sylvain Gouguenheim, professeur d’histoire médiévale à l’ENS de Lyon, pulvérise cette assertion, preuves à l’appui.

M. Gouguenheim montre fort bien comment le savoir grec a largement survécu à Byzance et ce, très tard. La princesse Anne Commène, fille de l’empereur Alexis Ier, ne développa-t-elle pas, au XIIe siècle un cercle d’érudits dont l’objectif était l’étude des philosophies de Platon et d’Aristote ?

Cette culture grecque fut, également, préservée dans les anciennes provinces de l’empire, tombées sous le joug de l’Islam aux VIIe et VIIIe siècles. En dépit de mouvements divers, allant de la stricte orthodoxie à l’hérésie affirmée, les populations de ces provinces étaient, en effet, généralement chrétiennes et de culture syriaque. Le syriaque - une des branches de l’araméen - était parlé sur un territoire allant de nos jours du Nord de l’Arabie au Sud de la Turquie, en passant par la Jordanie, la Syrie, l’Irak et l’ouest de l’Iran… Les Syriaques avaient entrepris de traduire, dans leur langue, dès la fin du IVe siècle les écrits d’Aristote et ont poursuivi les traductions du grec en syriaque tout au long des Ve et VIe siècles. À partir du VIIe siècle, ont procédé à la traduction en arabe des ouvrages déjà traduits en syriaque.

En Occident, se développa une immense soif de savoir dès l’époque de Charlemagne. En dépit de la réputation qui lui a été faite, le Moyen Âge fut, en effet, le théâtre d’au moins trois “renaissances” intellectuelles : la renaissance carolingienne, la renaissance de l’an mil et celle du XIIe siècle.

Toutes ces renaissances furent soutenues, sinon lancées, par les élites politiques, impériales, royales ou princières ainsi que par celles du monde ecclésiastique, évêques ou abbés des grands monastères, de France, d’Italie, d’Angleterre ou d’Allemagne… [4]

Et ces élites se tournaient, naturellement, vers le savoir antique auquel elles avaient difficilement accès puisque, d’une part, elles ne connaissaient que rarement le grec et que, d’autre part, une grande partie des philosophes grecs n’avaient pas été traduits en latin, dans l’Antiquité, les Romains lisant le grec.

Un immense travail de traduction a, donc, été accompli, par les moines et les clercs, en particulier. Les versions arabes, réalisées par les Syriaques, ont, bien sûr, été utilisées mais, il y eut aussi de nombreux passages directs du grec au latin. Et là, ont excellé des personnalités comme Jacques de Venise et les moines du Mont-Saint-Michel. Il n’y a, donc, pas de “dette” de l’Occident envers l’Islam et ce n’est pas injurieux pour l’Islam de le dire, pas plus qu’il n’est injurieux pour la civilisation japonaise de constater qu’elle n’a pas eu d’influence sur la civilisation occidentale !

Par ailleurs, nous suivons volontiers M. Gouguenheim lorsqu’il nous montre les difficultés que peut rencontrer un musulman pour faire sienne, même en l’adaptant, la philosophie grecque. L’obstacle de la langue tout d’abord : le grec est une langue indo-européenne et l’arabe une langue sémitique. Il ne s’agit pas tant d’un problème de vocabulaire que d’un problème de syntaxe et de schémas mentaux d’expression et de représentation. Les Syriaques - qui utilisaient une langue sémitique - avaient surmonté l’obstacle ! Probablement pas autant qu’on peut le penser. C’est la raison pour laquelle les traductions directes du grec vers le latin (deux langues indo-européennes) sont certainement plus fidèles que celles qui sont passées par le syriaque. Ensuite, l’obstacle religieux : pour un musulman, le Coran est “vérité absolue” et le mot “exégèse” a un sens différent pour un chrétien. En conséquence, l’hellénisation du monde musulman fut extrêmement limitée et exceptionnelle.

Les offensives contre la synthèse hellénico-chrétienne

Jean Duns Scott (vers 1266-1308)

Ce fut, tout d’abord, Duns Scot théologien et philosophe irlandais, qui, affirmant le caractère arbitraire des lois instituées par Dieu, est à l’origine de la théorie du volontarisme. Cette théorie « qui, dans ses développements ultérieurs, a conduit à dire que nous ne connaîtrions de Dieu que sa voluntas ordinata » [5], retient l’idée d’un Dieu qui ne serait même pas tenu par sa propre parole et dont il serait vain de chercher à expliquer les plans [6]. Poussée à l’extrême, une telle doctrine peut empêcher toute approche scientifique de la nature.

À l’opposé, la foi de l’Église s’en est toujours tenue à la conviction qu’entre Dieu et nous, entre son esprit créateur éternel et notre raison créée, existe une réelle analogie, dans laquelle - comme dit le IVe Concile du Latran, en 1215 - les dissimilitudes sont infiniment plus grandes que les similitudes, mais sans supprimer l’analogie et son langage. Dieu ne devient pas plus divin si nous le repoussons loin de nous dans un pur et impénétrable volontarisme, mais le Dieu véritablement divin est le Dieu qui s’est montré comme Logos et qui, comme Logos, a agi pour nous avec amour. [7]
Cet intime rapprochement mutuel ici évoqué, qui s’est réalisé avec la foi biblique et le questionnement philosophique grec, est un processus décisif non seulement du point de vue de l’histoire des religions mais aussi de l’histoire universelle, qui aujourd’hui encore nous oblige. [8]

La Réforme ( XVIe siècle)

Une seconde tentative de déshellénisation apparaît avec la Réforme du XVIe siècle qui, voulant retrouver « la figure primitive de la foi, telle qu’elle se trouve à l’origine dans la Parole biblique » [9], a fait apparaître la métaphysique « comme un présupposé venu d’ailleurs, dont il faut libérer la foi pour qu’elle puisse de nouveau redevenir pleinement elle-même » [10]. Plus tard, radicalisant ce programme, Kant « a ancré la foi exclusivement dans la raison pratique et il lui dénié l’accès à la totalité de la réalité » [11].

La théologie libérale des XIXe et XXe siècles

La théologie libérale des XIXe et XXe siècles a conduit à la tentative suivante de déshéllénisation. « Jésus aurait congédié le culte au bénéfice de la morale. En définitive, on le représente comme le père d’un message moral philanthropique. » [12]

Mais un autre programme de déshéllénisation est en cours aujourd’hui.

Au regard de la rencontre avec la pluralité des cultures, on dit volontiers aujourd’hui que la synthèse avec l’hellénisme, qui s’est opérée dans l’Église antique, était une première inculturation du christianisme qu’il ne faudrait pas imposer aux autres cultures… Cette thèse n’est pas simplement erronée mais encore grossière et inexacte. Car le Nouveau Testament est écrit en grec et porte ne lui-même le contact avec l’esprit grec, qui avait mûri précédemment dans l’évolution de l’Ancien Testament. Certes, il existe des strates dans le processus d’évolution de l’Église antique qu’il n’est pas besoin de faire entrer dans toutes le cultures. Mais les décisions fondamentales, qui concernent précisément le lien de la foi avec la recherche de la raison humaine, font partie de la foi elle-même et constituent des développements qui sont conformes à sa nature. [13]

En conséquence, nous ne pouvons pas suivre M. Gouguenheim dans ses conclusions.

Là où nous ne suivons plus M. Gouguenheim, c’est quand il affirme que l’émancipation - effectivement réalisée - de la pensée européenne par rapport à la philosophie d’Aristote constituait une étape normale de son développement tout comme sa prise en compte avait constitué l’étape antérieure. « Le savoir antique constituait au minimum une propédeutique indispensable à la compréhension du dogme ; le logos fut intégré à la foi. Puis il prit son indépendance. » [14]

Or, « Au commencement était le Logos et le Logos est Dieu, nous dit l’Évangéliste » [15]

Le logos qui « prend son indépendance » n’est pas le Logos de l’Évangile. Il ne peut qu’en être la contrefaçon ! Il ne s’agit pas de nier la rotation de la terre ni les apports scientifiques d’un Descartes, d’un Galilée et de bien d’autres. Il s’agit d’affirmer qu’ils se trompent quand ils sortent de leurs domaines en voulant opposer la Raison divine telle qu’elle se révèle dans la nature soumise à l’investigation scientifique, à la Raison divine telle que l’Église affirme en être la seule interprète autorisée.

Le logos qui « prend son indépendance », c’est une nouvelle conception de la science dont la fin ultime n’est plus la vérité, mais l’utilité. Ce sont les sciences et les techniques mises au service de la volonté de puissance de l’homme, sans limite et sans frein, avec toutes les conséquences que l’on connaît aujourd’hui.

Brekilien

(Vive Le Roy)

Notes

[1] S.S. Benoît XVI - Rencontre avec les représentants du monde des sciences - Grand Amphithéâtre de l’Université de Ratisbonne - Mardi 12 septembre 2006.

[2] Nicolas Sarkozy en Arabie Saoudite, devant le Conseil Consultatif de Ryad, le 14 janvier 2008.

[3] Aristote au Mont-Saint-Michel - Les racines grecques de l’Europe chrétienne - Éditions du Seuil - mars 2008.

[4] Sylvain Gouguenheim - op. cité p. 54.

[5] S.S. Benoît XVI - Texte cité.

[6] « Non quaerenda ratio quorum non est ratio » (on ne doit pas chercher la raison de ce dont il n’y a de raison).

[7] S.S. Benoît XVI - Texte cité - On comprend mal, dans ces conditions, la béatification de Duns Scot par Jean Paul II en 1993.

[8] Ibidem.

[9] S.S. Benoît XVI - Texte cité.

[10] Ibidem.

[11] Ibidem.

[12] Ibidem.

[13] Ibidem.

[14] Sylvain Gouguenheim - op. cité p. 201.

[15] S.S. Benoît XVI - Texte cité.

 

Disponible  chez SA DPF, B.P. 1, 86190 Chiré en Montreuil

09/07/2010

Ecrits sur l'Europe

(Louis de Bonald, Editions de Paris)

Ecrits_sur_l_Europe.jpgSpécialiste de Bonald, Michel Toda nous offre un recueil d’études sur la situation de l’Europe au début du XIXe siècle, mais les réflexions sur l’actualité d’un esprit de cet ordre s’appuient sur l’histoire et s’élèvent à des considérations générales qui restent actuelles, surtout en un temps où il faut, plus que jamais, définir les termes dont on use. Les textes sont tirés d’une étude intitulée Du traité de Westphalie et de celui de Campo-Formio (1801) et des Réflexions sur l’intérêt général de l’Europe (1815). C’est de l’histoire, de la philosophie de l’histoire, de la philosophie politique. Les notes de Michel Toda sont du plus haut intérêt, nous donnerons comme exemple un texte de Lacordaire sur la Maison d’Autriche (p.255).
L’esprit de l’ouvrage est annoncé par deux citations mises en exergue, l’une de Chateaubriand, l’autre de Michelet, qui mettent en garde contre les dangers d’une société universelle sans diversités.

Gilles de Grépiac

(Lecture et Tradition, n°358, décembre 2007)

 

 Disponibles aux Editions de Paris