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06/08/2010

Aux origines de l'Action Française. Intelligence et politique à l'aube du XXe siècle

(Victor NGUYEN, Editions Fayard, 1991)

10249081_4155792.jpgSi les mots formation et influence ont un sens, ils trouvent dans le monumental ouvrage de Victor Nguyen une illustration à la fois brillante et savante, car ici ce n'est pas seulement Charles Maurras qui parcourt sous nos yeux le long chemin qui mène de la petite bourgeoisie provinciale aux cercles influents de l'intelligentsia parisienne et nationale. C'est aussi toute une époque qui bouge, pose au monde des questions auxquelles le xxe siècle apportera ses terribles réponses.

A la fin du xixe siècle, on cherchait encore le régime idéal, et les hommes de tout bord parlaient de la République, de la démocratie, comme d'entités vivantes, non achevées, que l'on pouvait critiquer, défendre ou combattre. Le sujet n'appartenait pas seulement à quelques ténors politiques, mais aussi aux historiens, hommes de lettres, philosophes, scientifiques, qui, à travers tout ou partie de leur œuvre, s'interrogeaient sur le devenir de la société au sem d'une civilisation en pleine mutation. Il est vrai que l'époque s'y prêtait, mais elle n'est pas la seule. En revanche, la richesse des réflexions et la diversité des horizons dont elle émane, font de cette fin de siècle une période unique.

A travers l'itinéraire professionnel de Maurras, c'est tout un pan de la vie intellectuelle et politique de cette époque que nous livre, avec une parfaite maîtrise, Victor Nguyen. La multitude des revues auxquelles Maurras a collaboré, telles la Réforme sociale, l'Observateur français, l'Aioli, la Gazette de France et tant d'autres, forment un gigantesque réseau au sein duquel se forge la pensée et s'affermit la plume du futur chef de l'Action française. Petit à petit se dessine ainsi l'univers, conservateur, mais oh combien intellectuel et peu conformiste, qui fut celui de toute une époque avant d'être le sien. Taine, Paul Bourget, Maurice Barrés, Mgr Penon, Mistral, Frédéric Amouretti, Anatole France... la liste serait longue de ceux qui ont croisé sa route et forment avec lui une vaste nébuleuse où sont discutés et critiqués la Révolution, le suffrage universel, la foi catholique, la centralisation et le fédéralisme, la tradition.

Maurras n'était pas monarchiste à vingt ans. Ce régime lui semblait même appartenir complètement au passé et, s'il avait eu sa grandeur, il n'était plus adapté aux mondes contemporain et à venir qui, seuls, l'intéressaient vraiment. Victor Nguyen montre comment s'est construit le système de valeur maurrassien jusqu'au moment de l'affaire Dreyfus et pourquoi il trouve son sens à cette occasion, par la révélation du caractère nécessairement transcendant du pouvoir pour que l'ordre, essentiel à toute société, soit respecté.

A partir de ce moment-là le journaliste se transforme en homme politique et l'Action française est, virtuellement, née.

La lecture de cet ouvrage deviendra rapidement indispensable à tous ceux qui s'intéressent à cette période, mais aussi à ceux qui cherchent à démêler le subtil mécanisme des origines d'une pensée et des influences qu'elle subit et renvoie. Le seul reproche que l'on puisse faire aux éditeurs du livre, mais non à l'auteur puisqu'il était mort lors de sa parution, c'est l'absence d'un index thématique qui rend le repérage plus difficile malgré la présence, en fin de volume, d'une petite synthèse des sources, par chapitre.

Marie Laurence Netter

(Mille Neuf Cent, n°9)

 

20/07/2010

Maurras toujours là

(Jean Madiran, Editions de Paris)

 

maurras-toujours-la.jpgPour avoir été désigné par Maurras comme l’un de ses successeurs, Jean Madiran est certainement l’un des meilleurs connaisseurs du maître de l’Action française. Il lui a d’ailleurs consacré un livre important (Maurras, NEL), avec un chapitre essentiel sur la question du “politique d’abord”. Jean Madiran aborde Maurras sous l’angle de la piété, ce qui lui donne une connaissance très fine de l’homme et de l’œuvre en même temps qu’elle l’écarte de la tentation du psittacisme maurrassien. Madiran a évolué à plusieurs reprises sur Maurras, passant par exemple (et ce n’est qu’un exemple) d’une prise de distance dans la préface qu’il a donnée à l’Enquête sur le nationalisme de Marcel Clément à un retour au nationalisme tel qu’il apparaît dans un éditorial d’Itinéraires (le n° 302 par exemple) ou dans ses articles de Présent. Ce nouveau livre offre, à côté d’autres textes, la préface que Maurras avait accordée à l’ouvrage de Jean-Louis Lagor (le pseudonyme de Madiran), La philosophie politique de saint Thomas. Le livre partait en guerre contre Gilson auquel Madiran consacrera plus tard un ouvrage (Gilson, NEL) et dont il publiera en épisodes un livre entier dans Itinéraires.

Madiran explique ici la portée de cette lettre-préface. Dans ce texte, Maurras écrivait notamment qu’il ne croyait pas « que notre pays puisse se relever de sa dernière chute profonde sans le concours de catholiques nombreux, actifs, influents, et dont l’esprit soit restauré dans sa vertu, régénéré dans son principe ». On a l’impression de lire l’architecture de ce que sera la Cité catholique de Jean Ousset, cet autre héritier possible nommé par Maurras. On notera aussi l’appel au bonheur qui révèle un Maurras bien plus humain que les portraits habituellement tracés. Pourquoi avoir publié la préface et n’avoir pas réédité le texte qu’il présente ? La réponse se trouve dans la dédicace que Madiran-Lagor donna à un jeune lecteur fervent, en 1988 : « C’est quand même à refaire, il y a beaucoup de faiblesses ». Dans ce nouvel ouvrage, Madiran regrette à juste titre l’oubli par certains de l’œuvre d’Henri Charlier. Il le note à propos de deux livres consacrés à Maurras. [...] Il revient aussi sur son plus beau texte consacré à Maurras : Pius Maurras, que l’on trouve, complet, dans son Maurras.

P.M.

(L’Homme Nouveau, n° 1327, 4 juillet 2004)

Disponible aux Editions de Paris