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08/11/2013

René Benjamin

 

(Xavier Soleil, Editions Pardès, 12 €)

 

rene-benjamin-qui-suis-je.jpgLes étudiants en Droit qui découvrent le célèbre arrêt Benjamin du Conseil d’Etat du 19 mai 1933 illustrant la disproportion entre une possible atteinte à l’ordre public, du fait des remous occasionnés par la tenue d’une conférence de René Benjamin, et la mesure prise par le maire, à savoir, l’interdiction pure et simple de la conférence, ne savent pas, dans leur grande majorité, qui est ce René Benjamin, dont les conférences étaient susceptibles de créer des troubles à l’ordre public.

 

René Benjamin naît à Paris le 20 mars 1885, et meurt à Tours le 4 octobre 1948. Cet écrivain catholique et Français sera même qualifié de « représentant officiel du Syllabus » (page 19). Il fit de nombreuses conférences sur la littérature, l’histoire, … « Son art », écrit Xavier Soleil, « était dérivé de son amour pour le théâtre et, en réalité, il jouait, mimait, récitait ce qu’il était venu évoquer devant des auditeurs, qu’ainsi il attirait à lui, ou plutôt à ce qui était l’objet, momentané, de sa passion » (page 33).

« Mon avis est que Benjamin préparait soigneusement ses conférences, s’en imbibait en quelque sorte, que la forme pouvait varier selon les auditoires, mais qu’il possédait si parfaitement son sujet que les mots, pour exprimer sa pensée, arrivaient aisément » (page 35).

 

En tant qu’écrivain, la diversité de ses œuvres est représentative de son état d’esprit : « si j’ai le temps de méditer, et que rien ne presse, je peux écrire un récit romanesque. Mais les jours où j’ai hâte de ne rien dire que l’essentiel, l’art dramatique s’impose. Ai-je à me battre ? j’écris un pamphlet. Est-ce que j’admire un homme ? c’est un portrait que je tente. Enfin, tout en peignant, si je veux raisonner ce que je peins, je fait un essai » (page 39).

 

Critique féroce du régime républicain, et de la médiocrité intellectuelle qui en est issue, il n’hésite pas à s’en prendre aux responsables politiques : « Herriot, mon bon, vous êtes fichu ! Vous êtes fichus ! Vous vous êtes tous servis des instituteurs. Vous les avez créés, placés, adulés, mis en route. Ils ont été les premiers serviteurs du régime. Il faut hautement leur rendre justice : depuis quarante ans, sous votre direction, c’est eux qui nous ont fait par milliers des citoyens stupides comme une urne à voter, libérés scientifiquement de tout ce qui fait l’honneur de l’âme humaine, enfin des clients, des esclaves, des éléments élémentaires du suffrage universel. » (page 41).

 

René Benjamin a aussi écrit d’émouvants portraits de grands hommes de l’époque (Maurice Barrès, Charles Maurras, Le Maréchal Pétain, …). « Pourquoi ai-je donc une plume », disait-il,  « si ce n’est pas d’abord pour peindre ce qui est grand » (page 50).

 

Comme nous l’avons vu lors de notre précédent numéro, René Benjamin était passionné de Balzac. Pour Xavier Soleil, « il y a plus d’analogies qu’on ne croit entre la Comédie humaine et l’œuvre de René Benjamin. Mêmes dons d’observation, même appel à l’intuition chez l’un et chez l’autre. Passionnément curieux, tous les deux, de leur époque, et attachés à la décrire et à l’expliquer- je dirais même à la sauver » (page 60). Par ailleurs, René Benjamin souscrivait pleinement aux principes proclamés dans l’avant- propos de la Comédie humaine : « Le christianisme a créé les peuples modernes, il les conservera. De là sans doute la nécessité du principe monarchique. Le catholicisme et la royauté sont deux principes jumeaux … J’écris à la lueur de deux Vérités éternelles : la Religion, la Monarchie, deux nécessités que les événements contemporains proclament, et vers lesquels tout écrivain de bon sens doit essayer de ramener notre pays » (page 60). Cet esprit transparaît d’ailleurs dans ce qu’il écrit après la défaite de 1940 : « il faut que la France ressuscite et soit personnelle. Elle n’a qu’une manière de l’être entre la juiverie anglo-saxonne, cette fausse liberté sans mœurs, et la tyrannie hitlérienne. C’est sa tradition chrétienne et monarchique. Et il est probable que c’est son avenir » (page 79).

 

Proche de l’Action Française, il n’hésite pas à prendre sa défense, lors de l’épisode douloureux de sa condamnation : « il y a ceux qui par leurs fonctions ou leurs talents ont à diriger ou à conseiller une société. Ceux-là n’ont pas le droit d’être aveugles et d’obéir aveuglement. Le Pape ne se charge pas de tout en ce bas monde. Il reste à donner, en dehors de lui, quelques ordres ici et là. Cette autorité, si minime qu’elle soit, est incompatible avec l’aveuglement et la surdité volontaires, surtout vis-à-vis d’une autre autorité, qui si sacrée qu’elle soit, ne répond jamais, quand on lui demande une explication ou un secours » page 70).

 

Pendant la guerre, il soutient le Maréchal Pétain, auquel il consacrera trois livres. La destruction des villes françaises lors des bombardements aveugles perpétrés pas les « alliés » l’horrifie, et il est lucide sur les débuts de la « libération » : « ce que François a vu à Tours, c’est le vrai commencement de la Révolution. Il paraît que les prisons ont été ouvertes, et il a vu, de ses yeux vu, distribuer des armes : fusil, casque et brassard – au lycée – à tous ceux qui en voulaient. C’est de la folie pure. Demain, ce sera le grand pillage à main armée » (page 87). La tragédie de l’épuration ne fera que confirmer cela. René Benjamin sera, comme tant d’autres, arrêté et interné, puis finalement, libéré.

 

Toute sa vie, René Benjamin combattra la médiocrité et le néant intellectuel de ses contemporains : « Quand on voit les gens du monde, et leur néant, comme on comprend les révolutions et leur incapacité à y résister » (page 71). « Le signe sous le quel ce siècle à commencé est, hélas, celui de la bassesse. Un orage tragique éclata ; à la lueur des éclairs, nous vîmes des héros ; puis la masse est retombée un peu plus bas qu’elle n’était » (page 54).

 

Ce livre de Xavier Soleil est un régal qui nous incite à redécouvrir René Benjamin en lisant ses œuvres. La France de la Cinquième République n’étant pas meilleure que celle de la Troisième, il n’en est que plus utile de se replonger dans la lecture d’un auteur qui ne vivait que pour le Beau et le Vrai.

 

La seule réserve que nous émettons sur ce livre tient aux élucubrations astrologiques ajoutées en annexe, mais apparemment, il s’agit d’une constante dans cette collection Qui suis-je ? , et elle n’enlève rien à la valeur de l’ouvrage de Xavier Soleil.

 

 

 

 

Jean de Saint-Herbot



Disponible aux Editions Pardès, 44 rue Wilson, 77880 Grez-sur-Loing

05/11/2013

Armand de La Rouërie

 

(Alain Sanders/Jean Raspail, Atelier Fol’fer éditions, 23 € franco)

 

LaRouerie_article.jpgAprès une jeunesse dissolue, Armand de La Rouërie (1751-1793) gentilhomme breton rêvant de gloire et d’honneur s’embarque au début de l’année 1777 sur le navire américain Morris, pour rejoindre les rangs des Insurgents qui combattaient pour l’indépendance de l’Amérique.

 

La Rouërie espère ainsi pouvoir relancer sa carrière militaire qui avait été brisée suite à son duel contre le comte de Bourbon-Busset, les duels étant interdits sous l’Ancien Régime.

 

Présenté au Congrès américain le 10 mai, il ressort avec le grade de Colonel, et rejoint le général Washington qui l’autorise à lever un corps de partisans. Vont alors s’enchaîner de nombreuses batailles et campagnes, dans lesquelles le « Colonel Armand » va prouver sa valeur et son courage, ce qui lui permettra d’être promu général en 1783. La guerre d’indépendance terminée, il rentre en France pour se rendre compte que La Fayette, appuyé par la maçonnerie, s’est approprié toute la gloire militaire de la guerre d’indépendance. « La guerre terminée, les francs-maçons de France et d’Amérique se sont mis d’accord pour faire de La Fayette le grand héros maçonnique des deux continents. » (page 73).

 

La Rouërie va alors s’attacher à défendre les libertés bretonnes. Cependant, les débuts de la Révolution française vont faire de lui l’un des défenseurs acharnés de la Monarchie.  Il va ainsi être le moteur de l’Association bretonne, qui marquera les débuts de la lutte contre-révolutionnaire, et sera à l’origine de la Chouannerie. Malade, il mourra en janvier 1793 en apprenant la mort du Roi.

La figure de La Rouërie est intéressante, car elle montre comment un jeune militaire de la fin du XVIII ème siècle, que rien ne disposait à cela, va tout sacrifier pour la défense de la Monarchie chrétienne, et devenir ainsi l’un des premiers héros de la Contre-révolution.

 

Cet ouvrage sympathique rend hommage à ce héros oublié de la guerre d’indépendance américaine, qui mourra par fidélité envers l’ancienne France, et servira de modèle à de nombreux contre-révolutionnaires ultérieurs.

 

Les contre-révolutionnaires actuels doivent se pencher sur l’histoire de leurs prédécesseurs, qui ont défendu l’honneur français contre la révolution apatride de 1789, car pour bien préparer l’avenir, il est nécessaire d’étudier le passé.


Jean de Saint-Herbot


Disponible aux Editions Atelier Fol'fer

28/01/2013

Béla Bartok




De Béla Bartók, compositeur fondamental de la première moitié du XXe siècle aux côtés de Debussy, Schönberg ou Stravinsky, Claire Delamarche propose ici une monographie de référence. 
Elle présente dans toute sa richesse cette œuvre qui aborde une grande variété de genres (l’opéra avec Le Château de Barbe-Bleue ; le ballet ; la musique de chambre avec six quatuors qui constituent le sommet de ce répertoire au XXe siècle ; le piano ; la musique vocale et chorale ; l’orchestre et la musique concertante…) et s’ancre dans la musique populaire d’Europe centrale (dont Bartók a recueilli les mélodies et les rythmes en une démarche ethnographique).
L’auteur dépeint le contexte familial, amical et social, démêle l’écheveau géopolitique de l’Europe centrale, présente les acteurs majeurs de la vie artistique et culturelle hongroise en s’appuyant sur un large choix de textes, lettres et témoignages publiés pour la première fois en français. Elle donne ainsi la pleine mesure d’un compositeur qui, selon Zoltán Kodály, « menait son travail artistique de créateur et d’interprète avec la précision et le soin méticuleux d’un savant » et « vivifiait l’exactitude et la précision nécessaires à son travail scientifique par son intuition d’artiste ».
Cet ouvrage est préfacé par Vincent Warnier et postfacé par Thierry Escaich.
Musicologue formée notamment au Conservatoire de Paris et à l’université Lyon II, Claire Delamarche a suivi parallèlement des études de langue et civilisation hongroises à l’Institut national des Langues orientales. Elle est musicologue chargée des publications à l’Auditorium-Orchestre national de Lyon.

18/03/2012

Jésus

(Jean-Christian Petitfils,Editions Fayard)

 

 

 

 

Jean-Christian Petitfils vient de publier chez Fayard une vie de Jésus.

 

Spécialiste de l'histoire française des XVIIe et XVIIIe siècles, auteur de nombreux ouvrages appréciés à juste titre sur cette période, il tente dans son nouveau travail une aventure d'historien à la recherche des données historiques sur la vie du Christ. Avant lecture on aurait pu s'attendre à une étude fouillée (le livre comporte plus de 650 pages !) de l'historicité des documents évangéliques, de leur crédibilité et à partir de là découvrir l'élaboration d'une vie de Jésus fondée sur des faits indubitables en montrant par exemple leur corrélation et leur conformité avec les données de l'histoire de l'Antiquité.

 

 

 

Un postulat regrettable

 

Mais tout en proclamant vouloir ne faire qu’œuvre d’historien, l’auteur s’engage dans une toute autre voie non scientifique. Cherchant son inspiration auprès de quelques exégètes modernes du XXe siècle comme Xavier Léon Dufour, le P. Benoit, le P. Grelot et surtout en se mettant aveuglément à la remorque des thèses de l’Ecole Biblique de Jérusalem, Jean-Christian Petitfils part d’un a priori : le genre littéraire des évangiles, et tout spécialement des évangiles que l’on nomme synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), serait un genre tout à fait à part. En effet l’intention des auteurs ne serait pas de nous rapporter les événements tels qu’ils se sont déroulés en réalité mais tels que les auteurs les ont perçus et entendent les transmettre aux fidèles. Bien entendu, en aucun endroit de son ouvrage Jean-Christian Petitfils ne nous explique, et encore moins ne nous démontre, pourquoi il en aurait été ainsi et pourquoi, surtout, il a choisi, lui historien, de suivre cette thèse qui a toujours été rejetée dans l’Eglise catholique jusqu’au milieu du XXe siècle. Mais, comme le déclare notre auteur sans nostalgie aucune, c’était une « époque pas si lointaine où l’on tenait les écrits évangéliques pour vérité historique irréfragable » (p. 469). Saint Pie X stigmatisait déjà il y a un siècle les exégètes modernistes : « Il semblerait vraiment que nul homme avant eux n’a feuilleté les livres saints, qu’il n’y a pas eu à les fouiller en tous sens une multitude de docteurs infiniment supérieurs à eux en génie, en érudition » (encyclique Pascendi). Les vingt pages de bibliographie à la fin de cet ouvrage sur Jésus sont  éloquentes : 98 % des études citées sont postérieures aux années soixante. En un mot avant le concile Vatican II, il semblerait que la véritable exégèse n’ait pas existé. Des grands noms qui ont illustré, tant dans les universités romaines que dans les instituts catholiques, la défense de l’historicité des évangiles, pas un seul n’est cité, comme par exemple les pères Tromp, de Grandmaison, Renié, l’abbé Fillion etc…

 

Influencé par les études de Xavier Léon-Dufour, Jean-Christian Petitfils manifeste une préférence indéniable pour l’Evangile de Jean (qui, pour notre auteur, n’est pas de saint Jean l’apôtre…) au point d’entreprendre de nous libérer en matière historique de la « Tyrannie du Jésus des Synoptiques » (p. 544). C’est pourquoi, tout au long de son ouvrage, il n’a de cesse de mettre en doute la réalité des événements que les évangiles de Matthieu, Marc et Luc nous rapportent. Un épisode rapporté par ceux-ci viendrait à être absent de l’évangile de Jean, aussitôt la suspicion apparaît quant à sa vérité. Cela n’empêche pas l’auteur de prétendre que Jean lui-même n’est pas forcément toujours fidèle à l’histoire réelle, la part de symbolique ayant son rôle !

 

 

 

Une vision partiale et fausse

 

Quelles vont être les conséquences de l’application par l’auteur d’un tel filtre d’a priori sur l’historicité de nos évangiles ? Donnons quelques exemples tirés de l’ouvrage lui-même. Il ne sera pas alors difficile au lecteur de comprendre que, pour Jean-Christian Petitfils, il y a un fossé entre le Christ de la Foi et le Christ de l’Histoire.

 

Le récit de la tentation du Christ au désert est un « récit fictif illustrant une idée théologique ». (p. 96). Le voir autrement serait faire preuve d’une « lecture fondamentaliste.» (Idem).

 

La prière et l’agonie de Jésus à Gethsemani : « Le récit des synoptiques est une construction élaborée à partir de diverses traditions et phrases hors de leur contexte » (p. 290). « Historiquement il n’est pas simple de dire ce qu’il s’est passé » et l’auteur de renvoyer l’épisode au dimanche de l’entrée triomphale dans Jérusalem en l’assimilant à un tout autre épisode rapporté par l’évangile de Jean.

 

Le baiser de Judas ? « Peut-être une figure littéraire et symbolique soulignant la perfidie extême » (p. 309).

 

La comparution de Jésus devant le Sanhédrin dans la nuit du jeudi au vendredi durant laquelle le Christ se déclarant Fils de Dieu ce qui lui vaut d’être déclaré digne de mort ? Lisez bien : « Jésus n’a jamais comparu devant le Sanhédrin ». « Les évangélistes ont agrégé dans un procès fictif l’ensemble des éléments qui l’opposaient aux autorités juives ». (p. 320).

 

Le procès devant Ponce-Pilate ? Sur le plan historique affirme l’auteur, « il n ‘y a aucune certitude que les événements se sont passés comme Matthieu les rapporte » ; (p. 350). Et bien sûr Jean-Christian Petitfils, pour ne pas aller à l’encontre de la pensée dominante contemporaine, n’hésite pas à déclarer que les paroles des Juifs réclamant sur eux la responsabilité du sang qui va être versé (paroles qui selon lui n’ont probablement pas été prononcées !) « vont nourrir chez les chrétiens un antijudaïsme, une haine des Juifs comme peuple déicide, que rien, absolument rien ne justifie. Elles vont servir de prétexte à des siècles de meurtres, de pogroms et d’incompréhension » (p. 350). Trois fois l’auteur réaffirme cela dans son ouvrage.

 

« Mon Père pourquoi m’avez-vous abandonné ? » Que penser de cette parole de Jésus sur la Croix ? « Ce cri de détresse a-t-il réellement jailli de la bouche de Jésus » se demande l’auteur ? « Certains en ont douté. » Mais on peut « supposer un arrière fond historique ». D’où la question qu’il se pose, sans y répondre : « A partir de quel élément réel les synoptiques ont-ils élaboré leur version ? » Il avance cependant une hypothèse « Jésus aurait simplement soupiré : Mon Dieu, c’est toi » ! (p. 393). Comme on le voit en quelques lignes il ne reste quasiment rien de l’historicité de l’une des paroles les plus sublimes et bouleversantes du Christ méditée par les générations de chrétiens depuis les origines de l’Eglise.

 

Pour les récits de la Résurrection du Christ, il en est de même : « On n’est pas obligé de croire littéralement Matthieu lorsqu’il nous dit que l’Ange s’adresse aux femmes pour leur dire que le Christ est ressuscité » p. 434. Et l’auteur de conclure : « C’est ici au tombeau vide que s’arrête l’Histoire et que commence la Foi. L’historien sans s’engager sur la résurrection de Jésus ne peut à partir de ce moment qu’enregistrer les témoignages, les confronter » (p. 432). Mais permettons-nous d’objecter gravement à l’auteur : si l’historien ne peut me dire si les témoignages sur la résurrection de Jésus sont crédibles, qui pourra m’en donner la certitude pour me permettre de poser mon acte de Foi ?

 

 

 

Les récits de l’enfance

 

Jean-Christian Petitfils n’examine les récits évangéliques de l’enfance de Jésus qu’à partir de la page p. 451 dans son épilogue. Cela en dit déjà long sur l’estime que l’historien qu’il se veut d’être leur porte ! Que dit-il ? « Ces récits n’entretiennent pas le même rapport avec l’Histoire que les récits de la vie publique de Jésus. » (Et nous avons vu auparavant que l’historicité de ces derniers avait déjà beaucoup de lacunes !) « Ils sont le fruit d’une activité rédactionnelle élaborée… dans le dessein spécifique d’exalter l’origine divine de Jésus dans sa conception (p. 454)… Leur théologie prend volontairement la forme du merveilleux.

 

Leur écriture colorée, enjolivée d’anecdotes, fait la joie de la piété populaire. » (p. 455). Et l’auteur de citer le cardinal Ratzinger : « Ces récits débordent radicalement le cadre de la vraisemblance historique ordinaire et nous confrontent avec l’action immédiate de Dieu ». Tout est là, pour Jean-Christian Petitfils et ses inspirateurs : sans la foi, il est impossible de dire ce que fut historiquement l’enfance de Jésus.

 

Concluons. Tout l’ouvrage est sous-tendu par une vision moderniste de l’inspiration des écritures, que le pape saint Pie X a parfaitement stigmatisée et condamnée dans son encyclique Pascendi : « Ils distinguent, dit le Pape, soigneusement l’Histoire de la foi et l’histoire réelle ; à l’histoire de la foi, ils opposent l’histoire réelle, précisément en tant que réelle ; d’où il suit que des deux Christ l’un est réel ; celui de la foi n’a jamais existé dans la réalité ; l’un est venu en un point du temps et de l’espace, l’autre n’a jamais vécu ailleurs que dans les pieuses méditations du croyant ».

 

Jean-Christian Petitfils, en écrivant son « Jésus » ne s’est sans doute pas rendu compte qu’en se mettant à l’école d’exégètes modernistes plutôt que d’agir en véritable historien, il perd toute vision objective de la véritable histoire de Jésus. Pour le non chrétien, cet ouvrage ne pourra l’amener qu’à la conclusion que l’on ne possède guère de sources crédibles sur l’histoire du Christ. La foi du lecteur chrétien, quant à elle, sera ébranlée au point qu’il finira par se demander si le Christ auquel il croit est bien le même que celui qui a vécu parmi nous. Echappé de sa période historique habituelle où il excelle, Jean-Christian Petitfils a fait une téméraire incursion dans l’Antiquité Chrétienne.

 

Ce fut un désastre. Vite, qu’il retourne à son époque de prédilection ; c’est là que nous l’apprécions.

 


 

Abbé Denis PUGA

 

(Le Chardonnet n° 275 de février 2012)

 

 

 

07/12/2011

JACQUES D’ARNOUX

 


jacques d'arnoux,chiré,lecture et traditionJacques d’Arnoux n’est plus... Après une longue vie de souffrance, il vient de s’éteindre à l’âge de 85 ans, rappelé par Celui vers lequel il n’a cessé de se tourner tout au long de son calvaire.
Bien que nous ne connaissions pas son enfance et son adolescence, dont il n’a jamais parlé, nous pouvons supposer qu’il fut un jeune homme turbulent au caractère affirmé. N’a-t-il pas en effet quitté les bancs de son collège au moment de la Première Guerre Mondiale pour aller combattre l’ennemi qui envahissait sa Patrie? C’est ainsi qu’en 1917,
à l’âge de 20 ans, lors d’une reconnaissance aérienne, son avion fut abattu et s’écrasa dans le réseau allemand où il fut laissé pour mort et où, sous une incessante pluie de feu et d’acier, il attendit du secours 26 heures durant, avant d’être ramené derrière les lignes françaises, dans un état désespéré, puisque très grièvement blessé (vertèbres brisées, lésion de la moelle épinière qui entraîna une paralysie des membres inférieurs)
A compter de cette heure, le jeune homme, plein de vie et d’entrain qu’il était (n’oublions pas qu’il avait 20 ans!) doit se résoudre à passer le reste de ses jours pratiquement allongé et constamment alité. Ce furent d’abord 60 mois d’hôpitaux militaires dont il ne sortit qu’en 1922, puis presque soixante ans d’un calvaire physique épouvantable et insupportable pour tout commun des mortels. Mais Jacques d’Arnoux était un homme d’une trempe exceptionnelle. Il a ainsi pu faire cette confidence que la plus grande grâce qu’il reçut après celle de son baptême fut peut-être cette chute d’avion qui lui a permis d’utiliser le reste de sa vie pour la concentrer sur ce qui lui semblait le plus important, pour la consacrer au combat incessant
à mener contre les ennemis de son Dieu et de son Sauveur. Aux caractères de cette force, faut-il donc l’infortune pour leur révéler, comme des abîmes, leur puissance de résistance ?
Car il n’a cessé d’être un combattant. Ne pouvant plus lutter physiquement comme il l’avait d’abord choisi, il le fit par la plume et la pensée en donnant une extraordinaire leçon de courage et de ténacité, en persistant là où quiconque, à sa place, aurait probablement abandonné. Il fut de cette race d’hommes qui forcent l’admiration, mais qui également nous font un peu peur car «
on ne se sent pas de plain-pied avec les héros et les saints. Ils réclament un effort fatigant. Ils nous font vergogne de notre faiblesse, de notre pusillanimité, de notre inertie, de toute notre chair sensuelle ou tremblante, et ce n’est pas agréable » (Henry Bordeaux).
Dès lors, Jacques d’Arnoux engage un combat contre la mort. N’ayant pas connu la victoire sur le terrain, il lui faut sa victoire quotidienne. Peu à peu, il va gagner cette victoire contre la mort qu’il prend au collet pour la secouer chaque jour d’une poigne redoutable, car il veut
agir, il a besoin de parler, il a quelque chose à dire. Ces choses, il va les dire dans des ouvrages qui débordent d’une « énergie surhumaine avec l’amour qu’il porte aux autres et l’amour qu’il porte à Dieu; je ne sais quelle étrange joie l’habite et qui fait partie de sa nature, de  son être, de sa substance » (Michel de Saint-Pierre).
Les ouvrages qu’il va publier sont le fruit d’une réflexion intense, d’une spiritualité parvenue à des sommets que peu d’êtres humains ont atteints. Mais lui-même ne s’en attribuait aucun mérite personnel ; il a toujours pensé qu’il fut privilégié par la Providence qui, par l’entremise de ses infirmités, l’a détourné des chemins faciles, l’a séparé du monde comme de toute politique et lui a permis de mieux se défendre contre l’hypnose d’universel conformisme et d’avoir été préservé de cette folie du XX” siècle où trop de « bien pensants » s’acharnent à vouloir raccommoder les incompatibles et concilier les inconciliables ; d’avoir été gardé «
de cette troublante époque où trop de bergers prudemment détournés de la ligne de faîte, cette ligne de force de la justice, poussaient leurs troupeaux dans les lacets dérobés du moindre mal, du moindre risque ».
Et force nous est bien de constater que les desseins de la Providence sont vraiment impénétrables, car, en fait, que serait-il advenu de Jacques d’Arnoux s’il n’avait pas connu cette épreuve ? Comme il le dit lui-même, « sa vie, sans doute, se fut dispersée, gaspillée, sinon perdue ». Un caractère comme le sien ne se serait jamais contenté de demi-mesures, des faux semblants, de l’hypocrisie, du mensonge qui sont devenus le lot commun dans lequel nous devons aujourd’hui nous débattre sans discontinuer. C’est pourquoi ses livres nous apparaissent comme des sources d’eau claire, comme des oasis de pureté dans les terrains marécageux où nous nous embourbons, dans les déserts matérialistes qui dessèchent nos âmes.
Le premier qu’il publia en 1925 «
Paroles d’un revenant » (1) contient ses notes de guerre et celles qu’il rédigea durant ses 60 mois d’hôpitaux. Ecrites par un garçon de 25 ans, elles nous laissent pantois, tellement elles sont imprégnées de foi, d’espérance et de charité, C’est un de ces livres qui font remonter à la surface ce que nous avons de meilleur en nous. « Leçons de courage magnifique dans l’adversité, de stoïcisme dans la souffrance, méditation sur la vanité des choses de ce monde, tout ceci se retrouve dans « Paroles d’un Revenant » qui est une sorte de synthèse des valeurs chrétiennes vécues à leur plus haut niveau. » (J.P. Roudeau, Lecture et Tradition N’ 71, consacré à Jacques d’Arnoux) Suivit  en 1938 « Les Sept colonnes de l’héroïsme » (2) rempli
d’une telle force explosive et radieuse qu’il ferait soulever au-dessus d’eux-mêmes même les êtres les plus aplatis.

Après la dernière guerre, sont publiés « L’Heure des Héros, (avec ou contre le Christ) » (3) et « Nouvelles Paroles d’un Revenant, (justice pour Dieu) » (4) dans lesquels, infatigable combattant du Christ, Jacques d’Arnoux cherche à mettre ses frères en garde et à les prévenir des maux qui les menacent, de la subversion aux multiples visages qui les assaille, car il est pour lui une urgente nécessité celle de démasquer Satan et d’aller le combattre sur le terrain qu’il s’est donné.
Pour terminer, il nous fit l’honneur de nous confier le manuscrit de son dernier livre «
Les Soifs de l’Homme » que Michel de Saint- Pierre, dans sa préface, qualifie de pièce maîtresse de son oeuvre. Pour notre part, nous dirions la clef de voûte, l’achèvement sur cette terre d’une oeuvre dans laquelle l’auteur n’a cessé de proclamer sa foi avec une conviction et une ardeur lyrique admirables : « sans cet emportement de foi vers la plus Réelle des réalités, cette divine Tendresse cent mille fois révélée et prouvée, l’homme n’est rien, n’a rien, ne peut rien ».
La disparition de Jacques d’Arnoux laisse un vide immense dans le domaine de la littérature authentiquement catholique ; elle nous prive d’un exemple; elle nous enlève un guide en qui nous avions toute confiance pour gravir à sa suite le chemin difficile qui conduit vers la maison du Père Eternel,
Réjouissons-nous de le savoir encore présent auprès de nous par l’intermédiaire de ses écrits animés du plus pur souffle catholique, inspirés de la plus belle charité chrétienne, parcourus du plus grand amour fraternel. Dans l’obscurité et les ténèbres de la subversion qui nous aveuglent, les pages de Jacques d’Arnoux sont un phare qui éclaire notre route, car selon les termes d’Henry Bordeaux «
il y a en lui une telle puissance d’irradiation que la lumière en ruisselle comme d’une torche »,

Jean SECHET

(Lecture et Tradition, n°83, juin-juillet 1980)

(1) 1 ère édition, Librairie Plon - réédité chez Téqui.
(2) Librairie Plon (épuisé)

(3) Editions Ch. Beyaert (Ire édition) - Réédité chez Résiac.
(4) Nouvelles Editions Latines.
(5) Editions de Chiré,

Bibliographie

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  • Paroles d'un revenant, préfacé par Henry Bordeaux, Librairie Plon, 1923, plusieurs réimpressions, puis Téqui, 1977, 232 pages

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  • Les sept colonnes de l'héroïsme, Plon, 1938, puis Éditions de Chiré : 1982 (560 pages), puis 2011 (480 pages)

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  • L'heure des héros, Bayaert, 1946 et 1949, puis Résiac, 1981, 246 pages

jacques d'arnoux,chiré,lecture et tradition

  • Nouvelles paroles d'un revenant (Justice pour Dieu), Nouvelles Editions Latines, 1965, puis 1983

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  • Les soifs de l'homme, préfacé par Michel de Saint-Pierre, Éditions de Chiré, 1978, 207 pages

Dans la revue Lecture et Tradition

  • Interview de Jacques d´Arnoux - Des Soifs de l´Homme aux sources de l´Espérance, par R. Martel - Les Soifs de l´Homme de J. d´Arnoux (par Michel de Saint-Pierre) - Paroles d´un Revenant de J. d´Arnoux (par Jean-Paul Roudeau) - Nouvelles Paroles d´un Revenant de J. d´Arnoux (par Flore Lantana), in n° 71 (juin-juillet 1978)

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  • N° 83 (juin-juillet 1980) : numéro spécial Jacques d´Arnoux (48 pages)

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  • Grands exemples: Jacques d’Arnoux et Robert Brasillach (par Willy-Paul Romain), in n° 103 (septembre-octobre 1983)

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  • Jacques d’Arnoux (par Jean Auguy) - Message de Jacques d’Arnoux, in n° 116 (novembre-décembre 1985)

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  • N° 157-158 (mars-avril 1990) : Il y a 10 ans, Jacques d´Arnoux

Dans les Cahiers de Chiré

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  • Adieu à Jacques d’Arnoux (par Miles), in Cahier n° 6 (année 1991)

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  • Jacques d’Arnoux, la volonté, l’héroïsme et la foi (par Jean Mabire), in Cahier n° 15 (année 2000)

 

Les Ouvrages encore disponibles peuvent être commandés aux Editions de Chiré

28/11/2011

Vie pittoresque et valeureuse d’un cardinal : Anatole de Cabrières (1830-1921)

(Marguerite Puget, Editions Clovis)

Art21.202Small.jpgLe soleil a ses taches”, écrivait François Bluche parlant de Louis XIV. Le cardinal de Cabrières n’échappe pas à la règle : il était orléaniste, il participait au “sacrement de vote”, selon l’expression d'Augustin Cochin.

 

Mais pourquoi commencer à parler d’un cardinal aussi prestigieux que le cardinal de Cabrières par ses défauts ? De tels personnages ne sont pas si courants (surtout à l’époque du ralliement...) que l’on s’attache à mettre en exergue leurs défauts.

 

Si nous avons pensé devoir procéder de cette manière, c’est parce que l’ouvrage, dont nous effectuons la recension, présente ces deux taches comme des qualités, et qu’il nous semblait difficile de laisser passer sans remarque.

 

Marguerite Puget commence ainsi : “Cabrières Anatole, a voté !” “La voix du stentor a retenti dans le bureau de vote montpelliérain”.

 

Il est donc regrettable de commencer la vie d’un homme d’Église aussi riche par cette misère électorale.

 

La proximité des élections municipales (2008) explique probablement cette faiblesse chez ceux qui ne sont pas revenus de “l’illusion démocratique” (au moins en pratique, si ce n’est en théorie).

 

Enfin, l’orléanisme de Mgr de Cabrières, qui était celui de la grande masse des royalistes à l’époque, est présenté comme “tout naturel”(1) ! L’auteur serait-il affecté par la même erreur ? Cette usurpation des Orléans n’avait rien ni de naturel ni de surnaturel, et s’explique sans doute autant par l’éloignement des Bourbons-Anjou que par le sentimentalisme politique général des hommes issus du romantisme (“loin des yeux, loin du coeur...”).

 

Mais, somme toute peu importe : Anatole de Cabrières était cardinal, non pas homme politique. On se contentera donc d’ignorer ces deux “taches” en regrettant simplement le soin mis par l’auteur à les présenter comme des qualités.

 

Que retenir de cette “Vie pittoresque”? Son principal mérite est de présenter en quelques dizaines de pages et dans un langage agréable à lire l’action de celui qui fût une des figures les plus marquantes de l’épiscopat français sous la troisième république.

 

Cette plaquette permet de faire découvrir aux plus jeunes cet homme d’Église exceptionnel, adversaire résolu du ralliement et de toutes les trahisons qui s’y rattachent, de la démocratie chrétienne à l’œcuménisme.

 

Le principal ouvrage biographique consacré à la vie du cardinal était celui du chanoine Bruyère, aux Éditions du Cèdre, très bien écrit mais épuisé. Aussi, l’ouvrage de madame Puget vient à point nous permettre de faire découvrir et entretenir la mémoire de ceux qui nous ont précédés dans le combat “pour Dieu et pour le roi”.

 

Si nous avons mis en exergue les deux “taches” précitées, il demeure que nous conseillons vivement la lecture et la diffusion de cette biographie, bien écrite et facilement accessible même à ceux qui ne connaissent pas particulièrement la période.

 

A offrir aux filleuls et filleules, aux communions et confirmations, à Noël et à Pâques, aux amis et amies, ... , à consommer sans modération.

 

 

 

Gédéon

 

 (La Gazette Royale, n°116, Juillet 2008)

 

(1) “A la mort du comte de Chambord, Mgr de Cabrières reconnut tout naturellement comme héritière la famille d’Orléans dont il devint l’ami.”, page 63.

Disponible aux Editions Clovis

 

27/11/2011

Louis XV

(Paul Del Perugia, Editions de Chiré)

 

 

Louis XV (SOUSCRIPTION 2011)

 

 

 

 
LE livre qui rend justice à Louis XV !  

« Le Bien Aimé apparaît ici comme un homme solitaire et secret. Il fuit la vie publique et se réfugie dans ses ermitages, loin de la Cour. Il ne veut vivre qu’avec ses amis, et sans trop de scrupules, est aussi d’une certaine manière, et si curieux que cela puisse paraître, un catholique dévot : « Le fond de son tempérament, écrit d’Argenson, le porte à la dévotion. » 
« La France sous son règne n’est déjà plus un corps politique organisé, mais une juxtaposition de plusieurs clans très puissants et avides : la très haute noblesse, les parlements, les jésuites, le parti janséniste et la secte des philosophes. Tous se disputent le pouvoir et l’opinion. Louis XV a peine à gouverner. La tâche excède souvent ses forces même son autorité royale. Soucieux de plus de justice et désireux d’établir l’égalité devant l’impôt, il ne peut y parvenir à cause de l’opposition des privilégiés. « De même sur le théâtre européen et mondial, quand il veut, en défenseur de la catholicité, contrecarrer les entreprises de ’Angleterre mercantile et protestante, il connaît souvent l’amertume de l’échec. « Soutenant sans cesse l’intérêt, rempli de détails et de dialogues, très personnel, animé d’une grande sympathie pour son personnage, le Louis XV de Paul Del Perugia est un livre qui fait revivre d’une manière saisissante le drame de la monarchie française à son déclin. »

(Jean de Viguerie, Fideliter, N° 138, novembre-décembre 2000)  
 

« Le lecteur qui aime l’inédit sera servi ; M. Del Perugia a dépouillé une documentation énorme (que d’années il a dû y passer !) et il nous fait de Louis XV un portrait si vivant, si intime, si véridique, que l’on ne peut s’empêcher d’en être touché. (...) On comprend alors les dévouements, peu nombreux certes, mais absolus, que ce monarque a suscités : c’est que ceux-là le connaissaient vraiment. On comprend aussi que Louis XV ait été « le bien-aimé » pendant de si longues années, avant que la propagande philosophique anti-religieuse et antimonarchique ait fait son effet. Le peuple ne se trompait pas alors ; quel dommage que les élites du pays n’aient pas eu cette clairvoyance, car c’est d’elles qu’est venue cette vague de calomnies qui, à la longue, a tout emporté. On se prend aussi à plaindre ce roi qui dans le privé ne fut pas un homme heureux : orphelin à trois ans, roi à cinq ans ! Pauvre petit roi si timide, au milieu de la foule chamarrée des courtisans, sans père ni mère, songez-y bien, et qui avait si grand peur de mal jouer son rôle dans les interminables cérémonies de Versailles ! Marié trop tôt et mal marié, très vite il verra sa confiance et même sa présence repoussées ; ses enfants seront écartés de lui... par quelle obscure coterie, M. Del Perugia le dit aussi. Mais la révélation la plus étonnante du livre, c’est celle de l’âme chrétienne et de la profonde vie religieuse du roi. Personne, à ma connaissance, n’avait encore exposé cela. (...) En attendant, lisez-le dès qu’il sera paru ; rarement ouvrage a autant mérité d’être complimenté et recommandé. »

(Christian Lagrave, Lecture et Tradition, N° 57, décembre 1975) 
 

« Louis XV, fort averti des dangers qui montaient, a montré une grande lucidité et a travaillé personnellement avec beaucoup de constance. Il a dû mener presque seul, souvent en secret, la politique du royaume, tant son entourage et ses ministres étaient gangrenés. Louis XV avait une vision très moderne de la société qu’il voulait réformer, notamment en établissant l’égalité devant l’impôt. C’est lui aussi qui a pris, malgré de gros risques, la décision qui aurait pu sauver la France : la suppression des parlements obsolètes et séditieux. Malheureusement, son trop faible successeur les rétablira. »

(Renaissance Catholique, N° 63, juillet-octobre 2000)
 


Actuellement en souscription aux Editions de Chiré

31/08/2011

JEAN GUIRAUD

 

(1866-1953)

Nous poursuivons ici notre redécouverte d’écrivains catholiques oubliés, en présentant aujourd’hui Jean Guiraud. Cet article est paru initialement en 1955 dans le tome 67 des Mélanges d’archéologie et d’histoire.

 

Lorsque Jean Guiraud arriva au Palais Farnèse en 1889, les traits essentiels de son caractère étaient déjà fixés. Le sens, la portée qu'il entendait donner à sa vie et à son action étaient déterminés. Catholique fervent, il admirait l'Église sans réserve, il admirait son histoire, ses institutions, toutes ses œuvres. Il combattait et il voulait combattre tous ses adversaires, tous ses ennemis. Le contact qu'il prit alors avec Rome, avec le Vatican, avec de nombreuses personnalités ecclésiastiques ne put que fortifier ses sentiments, diriger et encourager son activité. Il exprimait ses convictions avec une sincérité, une ardeur que ne pouvait calmer ni même atténuer aucun souci d'intérêt personnel. Le lutteur, l'apôtre qu'il devait être plus tard, il l'était déjà au moment où il vint à Rome pour la première fois.

Né à Quillan, dans l'Aude, Jean Guiraud, après de fortes études au lycée de Carcassonne, puis à Paris au lycée Louis-le-Grand, fut admis à l'École normale en 1885. A l'exemple de son frère aîné, Paul Guiraud, il se destinait à l’enseignement de l'histoire. Agrégé en 1888, désigné pour l'École de Rome, il ne partit pas immédiatement. Pendant un an, il demeura rue d'Ulm, comme archiviste. C'était là une innovation dans la section littéraire de l'École, innovation qui permettait au futur Farnésien de choisir et de préparer dans une certaine mesure les travaux qu'il avait l'intention d'approfondir.

Installé au Palais Farnèse en novembre 1889, Guiraud y retrouva Gsell et Jordan ; il y fut rejoint par Romain Rolland, Gay, Courbaud et moi-même. Outre ses anciens camarades de Normale, il y connut Audollent, André Baudrillart, Enlart, Dorez, Sœhnée. Ce fut tout naturellement vers les incomparables collections de documents, que constituent les Archives et la Bibliothèque du Vatican, que se tourna son activité laborieuse. Il étudia les Registres du pape Urbain IV (1251-1264), dont trois tomes ne devaient être publiés qu'en 1917; il s'occupa aussi de ceux de Grégoire X et de Jean XXI. En même temps, il recherchait les lieux saints de Rome ; dans les deux Rapports qu'il rédigea en 1891 et 1892, il s'efforça de montrer l'intérêt qu'ils pouvaient présenter. Lorsqu'il rentra en France, il rapportait de Rome une riche moisson d'études et de notes précieuses.

Ce fut pendant son séjour à Rome qu’il entra en relations avec des prélats et des savants italiens, qu’il noua de solides amitiés avec plusieurs ecclésiastiques français de la Procure de Saint-Sulpice. Plus tard, il eut souvent l’occasion de rencontrer Mgr Duchesne et de discuter avec lui. Plus que jamais sur les bords du Tibre s’affirmait sa vocation de catholique militant, vocation de plus en plus puissante, à mesure qu’il pénétrait plus profondément dans l’histoire de l’Eglise.
Professeur au lycée de Sens en 1892, puis au lycée de Marseille en 1894, il conquit, en 1896, le titre de docteur ès lettres, avec une thèse française sur L’État pontifical après le Grand Schisme et une thèse latine (elle existait encore !) : De Prulianensi monasterio. Deux ans plus tard, il entre dans l’Enseignement supérieur : d’abord chargé de cours à la Faculté des lettres de Besançon, il y devient, quelques années plus tard, titulaire de la chaire d’Histoire et de Géographie de l’Antiquité et du Moyen Age.
Tout en se consacrant avec un brillant succès à son enseignement et à ses étudiants, Jean Guiraud entreprit alors de lutter énergiquement par la parole, par la plume, par l’action personnelle contre les courants qui, dans une partie de l’opinion publique, aux environs de 1900, se montraient de plus en plus hostiles à l’Église et qui devaient aboutir à la loi sur les Congrégations (1901- 1902), puis à la Séparation des Églises et de l’État (1903).


Dans cette lutte, Jean Guiraud se plaça résolument sur le terrain universitaire, sans cependant renoncer à une action purement politique. Il créa les Associations catholiques des chefs de familles, groupant les parents des élèves de l’enseignement libre, et chargées de veiller à l’observation de la neutralité scolaire dans les écoles publiques. Ces Associations furent bientôt assez nombreuses pour se fédérer. L’Union des Associations catholiques des chefs de famille fut alors créée. Guiraud la présida. Il multiplia les conférences, donna à la propagande qui lui était chère un élan sans répit. Il fut traduit devant le Conseil supérieur de l’Instruction publique, qui lui infligea, en 1913, une réprimande. En vain ses meilleurs amis, ses anciens camarades lui conseillaient la prudence et la modération. Ses convictions étaient trop ardentes, son tempérament de lutteur trop puissant pour qu’il renonçât à poursuivre son action. En 1917, il obtint un congé; quatre ans plus tard, ce congé fut transformé en retraite. Jean Guiraud quitta l’Université pour occuper les fonctions de rédacteur en chef du journal la Croix, fonctions qu’il exerça pendant plus de vingt ans, jusqu’en
1940. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer et d'apprécier la place qu'il tint alors dans la presse française.

Ce qu'il convient surtout de mettre en lumière, c'est que, pendant cette période de sa vie, Guiraud sut mener de front son activité de polémiste et ses travaux d'érudition. En même temps que rédacteur en chef de la Croix, il fut longtemps directeur de la Revue des Questions historiques. Il publia de nombreux ouvrages.

Sans, vouloir épuiser la liste de ses publications, il importe de signaler parmi ses travaux : en 1902, L'Église romaine et les origines de la Renaissance ; en 1906, Questions d'histoire et d'archéologie chrétienne ; en 1907, le Cartulaire de Notre-Dame de Prouille ; en 1913, Saint Dominique.

Il n'avait pas moins à coeur de dénoncer les inexactitudes, de réfuter les erreurs commises d'après lui, en ce qui concerne l'histoire et le rôle de l'Église, dans beaucoup d'ouvrages d'enseignement , particulier dans les manuels scolaires destinés à l'enseignement primaire et à l'enseignement secondaire. De 1911 à 1914, sous le titre fort significatif : Histoire partiale, Histoire vraie, il composa trois volumes, où il réalisa ce qu'il considérait comme le redressement nécessaire de la vérité historique. Puis il prit la direction d'une Collection de manuels scolaires d'histoire (1925-1935).

Ainsi, de 1917 à 1940, au prix d'un labeur incessant, grâce à de nombreux voyages, à des tournées fréquentes de conférences, il tint dans la presse catholique une place de tout premier rang ; son influence et son autorité y furent incontestables.

En 1940, âgé de soixante-quatorze ans, il jugea le moment venu de donner tout son temps et toutes ses forces aux travaux historiques.

Parmi les péripéties de l'histoire de l'Église au Moyen Age, il avait déjà abordé l'étude de l'Inquisition. Dès 1929, il avait rédigé un premier travail : L’Inquisition médiévale, puis il avait commencé d'écrire une Histoire de L'Inquisition au Moyen Age, dans tout son détail, d'après le dépouillement de tous les documents, et en s'inspirant de la méthode scientifique. Deux volumes de cette œuvre considérable avaient été imprimés en 1935 et en 1938 ; mais l'oeuvre était loin d'être achevée. Il s'y donna tout entier après 1940, sans pouvoir cependant la terminer.

Jean Guiraud est décédé le 11 décembre 1953. Il avait épousé Mlle M. Petit de Julleville ; par ce mariage, il était devenu le beau-frère du cardinal Petit de Julleville, archevêque de Rouen, et d'Auguste Audollent, qui fut doyen de la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand. Des deuils de famille très cruels l'avaient frappé, sans cependant diminuer sa puissance de travail ni refroidir l'ardeur de ses sentiments.

Ses camarades, ses collègues, ses confrères gardent de lui le souvenir d'une physionomie très originale, d'un caractère des plus sympathiques.

Jules Toutain

 

Ouvrages réédités :

Histoire partiale, histoire vraie, Editions Saint-Rémi

 

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11/08/2010

OBSÈQUES DE M. LECOY DE LA MARCHE

 

Le fascicule où nous annoncions la mort de l'un de nos doyens, M. de Mas Latrie, venait de paraître, lorsqu'un nouveau deuil a frappé notre Société. Le 22 février 1897, quelques heures après avoir quitté les Archives nationales, où il exerçait les fonctions de sous-chef de la Section historique, un autre de nos confrères, âgé de cinquante-sept ans à peine, M. Lecoy de la Marche, succombait tout à coup au mal implacable qui l'avait déjà terrassé il y a plus d'un an. Après cette première atteinte, nous l'avions vu mettre à reprendre son service ce courage et cette persévérance dont il a fait preuve aussi bien dans ses travaux que dans toutes les circonstances de sa vie. On va lire les discours où le garde général des Archives nationales et les présidents de la Société de l'École des chartes et de la Société des Antiquaires de France ont apprécié les mérites de l'érudit et du fonctionnaire. Nous regrettons profondément de ne pouvoir y joindre les paroles, d'autant plus émues et d'autant plus émouvantes qu'elles n'étaient pas préparées, dans lesquelles l'ami de tous les jours, le témoin constant de sa vie, celui qui, la veille même de la mort de notre confrère, lui prêtait encore le soutien de son bras pour regagner sa demeure, M. Léon Gautier, a rendu aux qualités de l'homme la justice qui leur était due.

DISCOURS DE M. SERVOIS, GARDE GÉNÉRAL DES ARCHIVES.

« Messieurs,

« II y a peu de jours encore, M. Lecoy de la Marche était au milieu de nous, luttant contre le mal qui, depuis plus d'une année, l'étrei- gnait si durement, et réunissant ce qui lui restait de forces pour ajouter quelques pages à l'inventaire qu'il venait d'entreprendre. Samedi dernier, il nous quittait vaincu, mais ne voulant pas cependant désespérer de lui-même et parlant encore de l'avenir à l'ami, le plus bienveillant des chefs et le plus dévoué des confrères, qui, dans sa sollicitude, l'accompagnait jusqu'au seuil de sa maison.

« II s'éteignit doucement deux jours après. La mort lui a été clémente ; mais il était de ceux qui savent l'envisager sans crainte : déjà, il y a seize mois, il l'avait sentie s'approcher de lui et n'avait pas faibli, puisant dans la foi qui inspira une partie de ses écrits autant de résignation qu'en permettaient ses préoccupations de père de famille, menacé qu'il était d'être séparé des siens avant d'avoir pu assurer et même préparer la destinée de chacun d'eux.

« Peu d'érudits auront publié un plus grand nombre d'ouvrages. Il est réservé à d'autres de vous parler de ceux qui ont presque popularisé son nom, des récompenses académiques qu'ils lui ont values, des mérites divers qui avaient recommandé, comme éditeur, notre savant et laborieux confrère au choix de la Société de l'histoire de France, de la Société des anciens textes, de la Société de l'École des chartes. Sans même rappeler les œuvres qu'il a tirées de l'étude de nos documents, je me bornerai à citer les travaux dont le soin lui fut confié par l'administration des Archives.

« Albert Lecoy de la Marche, que nous perdons à l'âge de cinquante- sept ans, appartenait depuis plus de trente-cinq années au service des archives, soit départementales, soit nationales. En 1861, quatre mois après la soutenance, à l'Ecole des chartes, d'une thèse qui eut quelque retentissement et qui suscita d'assez vives polémiques, il reçut la mission d'organiser et de compléter, en provoquant les réintégrations nécessaires, les archives du département de la Haute-Savoie, récemment annexé à la France. Trois ans plus tard, M. de Laborde l'appelait à Paris. A la section administrative, l'une de ses occupations fut la rédaction de l'inventaire des titres de la maison d'Anjou, que nous nous apprêtions, peu de jours avant sa mort, à mettre à la disposition du public.

" En 1871, il reçut de la direction générale des Archives une haute marque de confiance : il fut le continuateur, désigné par elle, de la publication de l'inventaire des Titres de la maison ducale de Bourbon, qu'avait interrompue la mort de Huillard-Bréholles. Le tome II, qui parut en 1874 et qui est presque entièrement l'œuvre de Lecoy, tient une place honorable dans la collection d'inventaires imprimés sous l'administration de MM. de Laborde et Maury.

« Plus intéressante encore eût été la publication du premier volume de l'inventaire du Supplément du Trésor des chartes, s'il lui eût été donné de l'achever.

« Entré en 1882 dans la section historique, — dont il est devenu le sous-chef en 1892, après avoir été, pendant de longues années, le doyen des archivistes, — Lecoy de la Marche avait analysé le fonds de l'abbaye de Savigny et dressé le répertoire numérique d'une série importante, quand, sur la proposition de son chef, il fut chargé de dépouiller le Supplément du Trésor. Il en poursuivit l'étude et l'analyse pendant deux ans; mais, à son vif regret, la maladie l'avait contraint, il y a quelques mois, de consacrer désormais ses efforts à une tâche moins ardue.

« Telles sont, rapidement énurnérées, les principales des œuvres que Lecoy de la Marche accomplit ou commença pour les Archives nationales. Mais, plus encore peut-être que les très utiles inventaires qu'il nous a laissés, le souvenir de trente-deux années de communs labeurs dans l'hôtel Soubise y préservera sa mémoire de l'oubli ou de l'indifférence.

« Une existence qu'a remplie un travail incessant et qu'ennoblissait, en quelque sorte, la fermeté stoïque et silencieuse avec laquelle il acceptait, sans une plainte, les plus cruelles épreuves, méritait de notre part un suprême hommage, et je le rends tristement au nom de mes collègues. »

DISCOURS DE M. BABELON, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DE l'ÉCOLE DES CHARTES.

« Messieurs,

« Depuis quelques mois, la mort frappe à coups redoublés dans les rangs de la Société de l'École des chartes, et rarement le pieux et touchant devoir d'accompagner un confrère à sa dernière demeure nous a été imposé avec une fréquence aussi douloureuse. Il y a peu de semaines, c'était l'un de nos doyens, Louis de Mas Latrie, à qui j'adressais l'adieu suprême; peu auparavant, c'était Louis Gourajod, l'ami et le contemporain d'Albert Lecoy de la Marche, l'un et l'autre emportés à peu près au même âge, dans la maturité du talent, au milieu d'une carrière scientifique des plus fécondes et qui se trouve prématurément fermée.

« Gomme celle de Louis Gourajod, la carrière administrative et honorifique d'Albert Lecoy de la Marche se résume en peu de mots : elle a la modestie qui, la plupart du temps, accompagne le mérite scientifique; après avoir obtenu le diplôme d'archiviste -paléographe le 28 janvier 1861, notre regretté confrère fut nommé archiviste du département de la Haute-Savoie, d'où il passa, trois ans plus tard, aux Archives de l'Empire : c'est dans ce vaste dépôt que la mort est venue l'atteindre comme sous-chef de la section historique.

« Après sa thèse, qui eut quelque retentissement, sur l'autorité de l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, Lecoy de la Marche débuta dans l'érudition, en 1863 {Bibliothèque de l'École des chartes), par une étude sur le testament d'Amédée III, comte de Genevois (en 1371), dans laquelle se manifeste nettement déjà l'une des tendances de l'esprit distingué de l'auteur : la recherche et l'interprétation des documents relatifs à l'histoire des arts en France. Et en effet, Lecoy de la Marche laisse, dans cet ordre d'idées, plusieurs publications solides et durables. C'est d'abord le recueil important qui a pour titre : Extraits des comptes et mémoriaux du roi René pour servir à l'histoire des arts au XVe siècle (1872, in-8°), utile complément des travaux du marquis de Laborde dans le même champ de recherches. Je citerai ensuite le volume intitulé : l'Académie de France à Rome (1874, in-8°), étude qui a pour base la correspondance des directeurs de ce séminaire des arts, fondé par Colbert et qui, depuis deux siècles, a donné à la France tant de grands artistes; le petit volume sur les Sceaux (1889, in-8°), intéressant résumé des travaux modernes relatifs à la sigillographie du moyen âge. Enfin, les Manuscrits et la miniature (1884, in-8°); l'Art d'enluminer (1890, in-8°); la Peinture religieuse (1892, in-4°); le XIIIe siècle artistique (1889, in-4°) sont des essais qui, dans la pensée de l'auteur, devaient concourir à la composition d'un ouvrage considérable sur les mêmes matières.

« A côté de l'histoire des arts, la critique historique proprement dite attira aussi l'ardente activité de Lecoy de la Marche. Il édita et annota avec intelligence et avec un soin scrupuleux les Coutumes et péages de Sens, texte français du commencement du xrae siècle (1866, in-8°); le Mystère de saint Bernard de Menthon (1888, in-8°) dans la collection publiée parles soins de la Société des anciens textes français; les Œuvres complètes de Suger et les Anecdotes historiques d'Etienne de Bourbon, dans la collection de la Société de l'histoire de France. En même temps, comme une voix autorisée le rappelait tout à l'heure, ses fonctions administratives l'amenaient à terminer la grande publication de Huil- lard-Bréholles sur les Titres de la maison ducale de Bourbon. On lui doit aussi un texte, rapproché du français moderne, de la Vie de J.-C. composée au XVe siècle d'après Ludolphe le Chartreux (1870, in-4°).

« Dès 1868, Lecoy de la Marche s'était révélé, comme historien curieux et original, par la publication de son beau livre sur la Chaire française au moyen âge, qui fut couronné par l'Académie des inscriptions et belles-lettres et qui restera comme son œuvre la plus étudiée, la mieux condensée, la plus complète. Il acheva de mettre le sceau à sa notoriété par ses deux volumes sur le Roi René, sa vie, son administration, ses travaux artistiques et littéraires (1875) ; notre confrère obtint le grand prix G-obert à l'Académie des inscriptions et belles-lettres pour cet ouvrage considérable où il a su, avec talent, mettre en relief la vie intime et le rôle public d'un prince qui fut le Mécène de son temps et dont le souvenir est resté populaire et environné d'une sorte d'auréole légendaire.

« Dans son Saint Martin (1881, in-8°), Lecoy de la Marche entreprend, comme dom Pitra l'avait fait, non sans succès, pour saint Léger, de donner à l'hagiographie une place plus grande que celle qu'elle occupe aujourd'hui dans les préoccupations des historiens. L'idée est éminemment louable et doit être féconde, mais l'exécution était particulièrement ardue, car l'histoire de saint Martin n'est pas seulement celle d'un des patrons de l'ancienne France ; il faut y voir avant tout, comme le dit l'auteur, l'histoire « de la substitution du christianisme à « l'idolâtrie, dans la contrée qui est devenue la France, et spéciale- ce ment dans les campagnes gauloises. » Vaste et difficile sujet que notre confrère n'a pu épuiser dans un volume écrit avec une chaleur communicative qui ne nuit point à son érudition, et qu'on lit avec autant d'agrément que de profit.

« Les deux volumes consacrés aux Relations politiques de la France avec le royaume de Majorque (1892) contiennent, comme commentaire à de nombreux documents inédits rassemblés à grand'peine en France et en Espagne, un récit vivant et coloré des vicissitudes, peu connues jusque-là, de l'histoire des îles Baléares au moyen âge. Dans ce dernier des plus importants travaux scientifiques de notre confrère, on retrouve les qualités qui font l'originalité et l'attrait de son érudition : comme il en exprime l'ambition en quelqu'une de ses préfaces, il a su ici, aussi bien que dans ses autres ouvrages, tirer des documents un récit suivi, et « faire, dit-il, une gerbe agréable et solide, plutôt qu'une « masse informe et sans cohésion, un livre à lire plutôt qu'une com- « pilation à consulter. »

« Érudit de profession, Lecoy de la Marche voulut viser le grand public; il eut le talent de l'atteindre et de mettre à sa portée des découvertes scientifiques, qui seraient vaines et inutiles si elles devaient rester l'apanage des savants qui les ont faites. Il écrit pour ainsi dire d'abondance, d'une plume alerte et avec une facilité rare; on a prétendu même que cette facilité, qui est un don naturel des plus enviables, a pu parfois nuire à la sévérité de sa critique. Toujours est-il qu'elle ne le dispensa point du travail, je dirai d'un travail opiniâtre, incessant. La vie de Lecoy de la Marche a été une vie de lutte par le travail. D'un tempérament plutôt impétueux, mais qui savait se maîtriser, il avait les dehors d'un homme calme et énergique, austère et réservé, peu expansif ; il n'était pas de ceux qui, au milieu des joies et des difficultés de la vie, passent tour à tour de l'exaltation au découragement. Il cheminait gravement, en philosophe soutenu par des convictions religieuses aussi inébranlables et intransigeantes qu'il était infatigablement laborieux. Polémiste à ses heures, il mit avec bonne foi et sans arrière-pensée son érudition et son réel talent littéraire au service de ses convictions, et plusieurs de ses écrits, — il s'en faisait gloire, — ont un caractère nettement apologétique. Si ses opinions n'eurent pas le don de plaire à tous, du moins, ne saurait-on lui refuser le rare mérite de ne les avoir jamais cachées, au risque même de se trouver, à certains moments, en conflit avec ce qu'on appelle les idées du jour.

« II y a dix-huit mois, cet homme de caractère et vraiment courageux, épuisé par le labeur quotidien que lui imposaient les nécessités de l'existence, est tombé comme un soldat sur le champ de bataille, frappé soudain par un mal implacable. Nous le vîmes essayer de se relever ; il se ressaisit comme un vaillant qu'il était, et stoïquement, sans proférer une plainte, il voulut se remettre à ses travaux, reprendre sa plume, retourner à son bureau des Archives nationales. Mais il n'était plus, hélas, que l'ombre de lui-même, ses forces physiques trahissaient son énergie morale, et en le contemplant avec tristesse, nous nous disions qu'il ne jouissait que d'un répit momentané. La mort, même lorsqu'elle est attendue, surprend toujours; nous espérions, malgré tout et contre toutes les apparences, un relèvement relatif, lorsque nous avons appris que notre confrère avait subitement cessé de vivre. Il descend dans la tombe, trop tôt, hélas, pour les siens ; trop tôt aussi pour les travaux que nous promettaient son activité et son expérience. Du moins, je puis dire que, s'il n'a pas donné toute sa mesure, les œuvres nombreuses qu'il nous laisse honorent grandement sa mémoire, qui sera toujours chère à ses confrères et à ses amis. »

DISCOURS DE M. l'aBBÉ H. THÉDENAT, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE FRANCE.

« Messieurs,

« Albert Lecoy de la Marche entra tardivement dans la Société des Antiquaires de France. En effet, à la séance du 6 mai 1885 seulement, il fut élu membre résidant à la place de M. Michelant, promu à l'ho- norariat.

« C'est vous dire que notre nouveau confrère, au moment où il fut admis dans notre Compagnie, avait déjà derrière lui un long passé d'une vie laborieuse.

« Sorti le second de l'École des chartes, en I860, il avait choisi comme sujet de thèse : De l'autorité historique de Grégoire de Tours. Il cherchait à démontrer, non sans une part d'exagération, — il avait alors vingt ans, — que, à défaut de sources historiques écrites, l'historien des Gaules puisa dans les épopées et dans les légendes. Cette théorie, toute nouvelle alors, souleva de vives protestations. Il est, de nos jours, des savants qui la reprennent. Quoi qu'il en soit, cette première œuvre montra que le jeune archiviste, à ses débuts, était doué d'un esprit indépendant, apte à concevoir des idées personnelles, capable de chercher sa voie en dehors des chemins battus.

« Après un séjour de quelques années à Annecy, où il fut envoyé comme premier archiviste de la Haute- Savoie, récemment annexée à la France, il revint, en 4 863, à Paris, aux Archives nationales. Pendant les années qui suivirent il publia, dans la collection de la Société de l'histoire de France, une édition des œuvres complètes de Suger.

a En 1868, parut un de ses meilleurs travaux, une étude sur la Chaire française au moyen âge, spécialement au XIIIe siècle. De longues et patientes recherches, une étude approfondie des documents, des déductions sagement tirées ont permis à l'auteur de traiter largement son sujet. Les prédicateurs du moyen âge ne craignaient pas de dérider, par des anecdotes piquantes, la gravité de la chaire chrétienne ; la peinture des mœurs contemporaines et les personnalités ne les effrayaient guère. Aussi l'étude consciencieuse de notre confrère a pour objet, non seulement les prédicateurs, mais toute la société : gens d'église et moines, nobles et vilains, bourgeois et soldats, femmes de toute condition, écoliers et professeurs, savants et artistes, tous sont pris sur le vif; c'est un tableau animé et plein d'intérêt de la vie à cette époque.

« L'Académie des inscriptions et belles-lettres, qui avait mis le sujet au concours, en jugea ainsi; car elle donna le prix à M. Lecoy de la Marche. Le public fut du même avis que l'Académie, et, chose rare pour une œuvre d'érudition, ce livre eut l'honneur d'une seconde édition.

« Après les désastres de la guerre de 1870 et de la Commune, la Société de l'École des chartes décida qu'elle publierait, pour que leur perte, en cas de nouveaux malheurs, ne fût pas irrémédiable, les documents d'archives les plus importants pour notre histoire. Le premier volume de cette série, contenant les Extraits des comptes et mémoriaux du roi René pour servir à l'histoire des arts au XVe siècle, fut édité par M. Lecoy de la Marche. Édifices d'Angers, bâtiments et domaines de l'Anjou, édifices de Provence, travaux divers, objets d'art, meubles et ustensiles, sous ces rubriques, l'éditeur classe et annote une longue série de documents, jetant ainsi la plus vive lumière sur la vie intérieure à la fin du moyen âge, sur l'histoire des arts et du mobilier,sur l'influence qu'exerça dans tous ses Etats le roi René, ami et protecteur des arts. Plus tard, se transportant dans tous les pays où vécut ce prince éclairé, en Provence, à Naples, à Gênes, à Milan, M. Lecoy de la Marche recueillit dans les archives locales de nouveaux documents. De ces longues recherches, de la mise en œuvre de ces matériaux patiemment réunis, sortit le livre intitulé : le Roi René. C'est une étude complète et documentée de la vie politique de ce prince fidèle et peu récompensé par le roi de France, de son administration, de ses travaux artistiques et littéraires. L'Académie des inscriptions et belles- lettres décerna à l'auteur la récompense la plus haute et la plus enviée, le prix Gobert.

« Les Anecdotes tirées d'Etienne de Bourbon, le Saint Martin, dont la partie archéologique et géographique offre un réel intérêt et dont l'illustration est au-dessus de tout éloge, et enfin l'histoire des relations diplomatiques de la France avec l'île de Majorque terminent la série des travaux de longue haleine publiés par notre confrère. Je ne puis que faire allusion à ses œuvres moins considérables : volumes de la Bibliothèque de l'enseignement des beaux-arts , articles épars dans les revues les plus diverses : Bibliothèque de l'École des chartes, Revue des Questions historiques, Gazette des beaux-arts, Bulletin monumental, Cor- res'pondant, Nouvelle Revue, chroniques d'histoire et d'archéologie dans plusieurs journaux..., la simple enumeration de ces travaux formerait une liste bibliographique considérable.

« Et là ne fut pas toute son œuvre. Professeur pendant plusieurs années à l'Institut catholique et conférencier très suivi, il avait groupé autour de lui un nombreux auditoire.

« Au Bulletin de notre Société, notre regretté confrère a donné diverses communications et aux volumes de nos Mémoires un traité italien du xive siècle de l'Art d'enluminer et une curieuse étude sur le Bagage d'un étudiant en 13Í1 . Le 6 novembre de cette année 1347, on trouva, sur le bord de la route et en vue de Ghâteau-Landon, le cadavre d'un jeune boursier de Sorbonně, qui, ses vacances terminées, retournait à cheval de Nevers, sa patrie, à Paris. Sur l'ordre du bailli de Courtenai et par le ministère du tabellion de Ghâteau-Landon, en présence d'un bourgeois de la localité, de trois sergents de la reine et de quatre témoins requis, il fut dressé un inventaire complet des effets trouvés dans les bagages et sur la personne du jeune étudiant. Cette pièce, jusque-là inconnue, nous montre, dans les plus minutieux détails, comment voyageaient les étudiants aisés du xtve siècle, quelles étaient leurs habitudes, quels livres et quels objets ils emportaient avec eux. C'est une page inédite des plus curieuses, abondant en renseignements nouveaux et dont M. Lecoy de la Marche a tiré le meilleur parti.

« Depuis plus d'un an, notre confrère ne paraissait pas à nos séances. Une attaque soudaine, tout en respectant la lucidité de son intelligence, avait gravement atteint son corps. Ce premier et sévère avertissement de la mort, qui semblait devoir l'inviter au repos, ne triompha pas de son activité. Dès que ses forces mal affermies le lui permirent, il revint, bien péniblement, à son bureau des Archives; à ce coup douloureux il opposait, comme aux autres épreuves qui avaient traversé sa vie, la résignation d'un fervent chrétien et la patience d'un sage. Jamais ses amis, même les plus intimes, ne reçurent la confidence de ses plaintes. Là fut le côté vraiment grand de son caractère et qui mit, dans sa vie morale, une remarquable unité. Ceux qui l'ont connu pendant les années pleines d'espérances de la jeunesse, dans l'âge mûr et jusqu'à la mort, l'ont toujours vu le même : immuable dans ses croyances, courageux et doux à la fois devant les difficultés, infatigable à travailler. « II fut frappé la nuit, pendant son sommeil. Sans doute, il ne vit pas la mort venir. Elle ne l'aurait pas effrayé ; il l'attendait. Pendant cette cruelle et dernière année, il l'avait plus d'une fois appelée, comme la grande libératrice, comme l'amie suprême qui devait couronner ses hautes espérances. A celui qui, jusqu'à la fin, fut pour lui le plus fidèle et le plus chaud des amis, il disait souvent : « J'aurais « dû mourir après ma première attaque; j'étais si bien préparé! J'ai « manqué le coche. » « Non, cher confrère, vous n'avez pas manqué le coche ; une année de souffrance et de résignation compte pour l'éternité ! »

(Bibliothèque de l'école des Chartes, 1897, Volume 58)

Bibliographie

  • De l'autorité de Grégoire de Tours (1861)
  • Saint Martin, 1868
  • Le roi René, sa vie, son administration (1873)
  • L'Académie de France à Rome (1874)
  • La Société au XIIIe siècle (1880)
  • Saint Martin (1881)
  • Les manuscrits et la miniature (1884)
  • La chaire française au Moyen Âge (1886)
  • Le treizième siècle littéraire et scientifique (1887)
  • Saint Louis son gouvernement et sa politique (1887)
  • L'esprit de nos aïeux. Anecdotes et bons mots tirés des manuscrits du XIIIe siècle (1888)
  • Le mystère de S. Bernard de Menthon (1888)
  • La Vérité dans l'histoire, études critiques (1897)
  • Le Passé de la France, études historiques (1897)
  • Les relations politiques de la France avec le royaume de Majorque (1892)
  • La France sous Saint-Louis et sous Philippe le Hardi (1893)

Ouvrages actuellement réédités:

- La France sous Saint Louis et sous Philippe Le Hardi, Editions Saint-Rémi

- Le treizième siècle historique et littéraire, Editions Saint-Rémi


30/07/2010

Gustave Gautherot

gautherot_gustave1274r3.jpgGustave Gautherot, né en 1880 et mort en 1948, fut professeur d'histoire à l'Institut catholique. Il consacra l'essentiel de ses travaux à la Révolution française, à une époque où l'école radicale, menée par Alphonse Aulard, exerçait son monopole à l'Université.

En 1908, l'Académie française couronne son ouvrage La Démocratie révolutionnaire, mais cela ne suffit pas à lui permettre de sortir d'une certaine marginalité.

Après la Première Guerre mondiale, il devient le correspondant français de l'Entente internationale contre la IIIe Internationale (Internationale communiste). Il publie La Revue antibolchévique, puis La Vague rouge, cette dernière financée par Ernest Mercier, fondateur du Redressement français. À partir d'une documentation puisée dans la presse et les revues communistes, Gautherot élabore toute une série d'ouvrages visant à fournir des informations fiables sur l'idéologie, la stratégie et les méthodes communistes.

En 1922 il publie la biographie du député catholique Emile Keller avec le sous-titre 1828 - 1909 un demi-siècle de défense nationale et religieuse. Il s'engage aussi sur le terrain électoral et sera élu sénateur.

Le 8 avril 1927, il survola Paris en avion pour lancer un tract anticommuniste : « L'araignée bolchéviste tisse à travers le monde ses toiles perfides. [...] En Russie [...], elle a massacré des millions d'ouvriers et de paysans ; elle a réduit un vaste empire à la misère et au plus brutal des esclavages. »

Après la Seconde Guerre mondiale, il est un des rares à s'intéresser au sort réservé aux pays tombés sous la domination soviétique, publiant à compte d'auteur, Derrière le rideau de fer. La vague rouge déferle sur l'Europe (1946).

Source: Wikipedia
Ouvrages disponibles:
  • Septembre 1792, histoire politique des massacres, Bibliothèque Saint-Libère (Version pdf uniquement)