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27/02/2013

J’ai choisi l’unité

 

 

(Marie Carré, Editions de Chiré)

 

 

 

I-Miniature-3859-j-ai-choisi-l-unite.net.jpgUne jeune calviniste cherchant à approfondir sa foi est amenée à se demander la raison de l’existence de nombreuses « Eglises » concurrentes, qui toutes se réclament du Christ.

 

Elle va donc décider d’étudier les écrits des premiers chrétiens pour pouvoir les comparer aux doctrines défendues par les différents « christianismes » existants de nos jours, et vérifier ainsi lequel de ces courants se rapproche le plus de l’Eglise primitive.

 

Et là, de découverte en découverte, elle va finalement en conclure que le seul véritable Christianisme est l’Eglise catholique romaine.

 

Cela va l’amener par conséquent à étudier les raisons et l’histoire de la Réforme.

 

En découvrant ainsi le véritable visage de Luther, Calvin et des principaux doctrinaires protestants,  Marie Carré n’aura plus que du dégoût pour le Protestantisme, et finira par se convertir au Catholicisme, la seule vraie religion.

 

Une remarquable apologie du Catholicisme.

Jean de Saint-Herbot


Disponible aux Editions de Chiré

 

21/02/2013

Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme de l'abbé Augustin BARRUEL

(2 volumes)
Réédition d'après celle de 2005. Introduction sur la vie et l'œuvre de l'auteur et index des noms cités. 
Ces Mémoires font de l´auteur, le père de "l'antimaçonnisme" français et le premier adversaire sérieux de la maçonnerie. Son livre fournit une masse de documents irréfutables qui prouvent que les Francs-Maçons ont fomenté tous les complots anti-catholiques et anti-monarchiques dans l´Europe du XVIIIe siècle et qui montrent par quels mécanismes, ces complots ont abouti à la Révolution de 1789.
(parution prévue pour les Journées chouannes 2013)

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Doctrines philosophiques et Systèmes politiques de Louis JUGNET



Nouvelle édition revue et recomposée. Préface de Jean de Viguerie. Postface de Louis Millet.
Bibliographie et index des noms cités.
De Platon à Charles Maurras, en passant par les philosophes de la Contrerévolution, ce cours est "une ouverture destinée à éveiller l'esprit, obligeant le lecteur à développer les notions sommaires qu'il peut avoir de la philosophie politique, et, par un effort personnel de recherche, à mieux connaître les grands doctrinaires politiques dont la pensée a toujours un soubassement philosophique". "C'est seulement sur une philosophie vraie que peut être établie une bonne politique". "Le désarroi et la confusion des esprits n'ont jamais été si grands qu'aujourd'hui. Le cours de Louis Jugnet peut contribuer à y remédier."
COMMANDEZ CE LIVRE DÈS MAINTENANT ! (parution début mars).

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20/02/2013

Le renne

 
Ce texte est tiré de l'ouvrage « Les Animaux chez eux » illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882. Nous le publions à titre de curiosité littéraire.


Si Buffon a été le plus éloquent des naturalistes, il est loin d’en avoir été le plus juste.

Quant il a affirmé que le Cheval est la plus belle conquête de l’homme sur les animaux, il ne parlait sans doute que des pays tempérés qu’il connaissait, mais l’Éléphant, en Asie, le Chameau, en Afrique, le Renne chez les populations du Nord, ne sont pas pourtant des conquêtes qu’il faille dédaigner.

Les services réunis que rendent chez nous le Cheval, l’Ane, le Mulet, le Boeuf, la Vache, la Chèvre et la Brebis, le Renne les rend aux malheureuses populations qui vivent en Laponie et dans tout le nord de la Sibérie. Ajoutons que partout où il vit à l’état sauvage, il constitue un gibier précieux et un aliment de haut goût.

Tous les hardis navigateurs qui ont affronté les froids intenses des régions polaires, tous les vaillants explorateurs qui n’ont pas craint de s’engager dans ces contrées déshéritées, incultes, presque partout désertes, où le froid règne en maître pendant les trois quarts de l’année, où les nuits d’hiver durent trois mois, sans qu’un rayon de soleil vienne se montrer à l’horizon, ont rapporté un souvenir attendri de ce bel animal, qui semble avoir enfermé dans son regard si doux une partie de la tristesse des paysages au milieu desquels il est appelé à vivre.

Le Renne est fait pour les régions polaires : le froid est son élément et quand un caprice humain le fait changer de climat, il s’étiole et meurt sans pouvoir jamais se reproduire.

Les Lapons, les Samoyèdes et les Tschoutsches qui vivent au nord de la Sibérie, ont utilisé les Rennes, s’en sont fait des amis, et ont trouvé en eux les plus utiles des auxiliaires. Par une anomalie inexplicable, les Esquimaux, qui semblent être de la même race et qui habitent les mêmes régions glacées dans le Groënland ou dans le nord du nouveau continent, n’ont jamais vu en eux qu’une proie désirable et les poursuivent ardemment sans songer à les domestiquer. C’est ainsi que dans les contrées tropicales on voit l’Éléphant soumis à l’homme, en Cochinchine, à Siam, à Ceylan, dans les Indes, tandis qu’il ne vit qu’à l’état sauvage dans tout le vaste continent africain.

Qu’il se trouve à l’état domestique, ou qu’il paisse à l’état sauvage dans les arides steppes qui s’étendent au-delà du cercle polaire, le Renne constitue pour les populations déshéritées de ces régions maudites la plus précieuse des captures. Tout chez lui est utilement employé : ses bois superbes que terminent de larges empaumures, ses durs sabots, sa chaude fourrure doublée d’un épais duvet, sa peau, ses nerfs, ses os, sa chair qui constitue un aliment substantiel.

Mais c’est surtout à l’état domestique et comme animal de trait qu’il rend les plus éminents services. Le Renne apprivoisé est attelé à ces naïfs traîneaux que les Lapons appellent des pulka. Rien de plus pittoresque et de plus primitif que ces véhicules sur lesquels le maître s’aventure à d’énormes distances sur les glaces de l’Océan ou dans les plaines couvertes de neige durcie.

Qu’on se figure une sorte de léger canot d’environ deux mètres de long, qu’on recouvre parfois de peaux de Renne ou d’Ours blanc, afin de garantir le voyageur contre les rigueurs des hivers polaires. La quille de ce singulier équipage est posée sur deux billes de bois poli, façonnées en forme de patins. C’est là que s’assied le maître du véhicule quand son Renne a été attelé et c’est ainsi qu’il franchira en une journée des espaces que ne pourrait parcourir le meilleur cheval.

L’attelage n’est pas plus compliqué que le traîneau. Un seul Renne le compose : une mince bande de cuir lui sert de collier et lui prend les épaules ; une courroie attachée à un petit plastron posé sur la poitrine passe entre les jambes de l’animal et se relie à un anneau fixé à l’avant du traîneau. Quant aux guides, elles sont remplacées par une lanière de peau de phoque nouée à l’andouiller de gauche du bois de la bête. C’est avec cela et à l’aide de la voix que le voyageur guidera son Renne, hâtera ou ralentira sa course.

Voilà le Lapon parti : il sera peut-être plusieurs jours en route et il emporte avec lui sa maigre pitance. Le Renne dévore l’espace, le traîneau glisse silencieux sur la surface polie de la plaine glacée ; on n’entend que le bruit cadencé des sabots qui frappent le sol et s’entrechoquent.

Tout à coup on s’arrête, l’homme saute à terre, il renverse son léger pulka dont les patins dépolis commencent à glisser moins aisément ; il verse dessus de l’eau qu’il a eu soin de conserver de façon à prévenir sa congélation ; quelques minutes d’exposition en plein air suffisent pour la durcir et l’équipage repart au galop et glisse de plus belle sur ses patins restaurés.

Plus loin, nouvel incident. Le Renne a pris un caprice, il refuse d’avancer, cesse d’être docile, se retourne contre son conducteur et le menace de ses andouillers. L’homme n’a pas perdu de temps ; il saute à terre et son traîneau va lui servir de bouclier contre l’aggression de son coursier révolté jusqu’à ce qu’enfin le Renne se soumette et reprenne de bonne volonté sa course rapide.

Ailleurs un obstacle renverse le frêle véhicule que son conducteur relève sans se préoccuper davantage de ce mince incident.

Les Lapons, les Samoyèdes et les Tschoutsches que M. Nordenskiöld, le glorieux voyageur suédois, est allé récemment étudier chez eux, au nord du continent asiatique, ont à peu près la même existence.

Pauvres et déshérités, ils vivent de leur pêche et des produits de leurs troupeaux de Rennes.

Le lait des femelles les aide à élever les enfants nouveaux-nés. C’est un mets substantiel et agréable. Pendant la belle saison on en prépare même des conserves pour l’hiver où il sera moins abondant et où l’inaction forcée de la longue nuit polaire en rendra l’usage plus précieux. Ces provisions de lait prennent le nom de lait glacé et rien de plus simple que leur préparation. Une jatte de lait est posée en plein air hors des tentes ; elle gèle ; ainsi durci, le lait se conservera indéfiniment tant qu’il ne sera pas soumis au dégel. Il deviendra même un article de commerce que le Lapon ira échanger sur les marchés lointains.

Ce lait d’ailleurs peut se transformer en bons fromages ; on en tire du beurre excellent ; grâce à lui les aliments rudimentaires deviendront presque mangeables.

C’est une véritable gourmandise pour ces hommes qui vivent presque uniquement de poisson et boivent à longs traits l’huile de phoque, comme nos paysans boivent le vin, le cidre et la bière.

Là, comme partout où l’homme a réussi à domestiquer les animaux, le Renne viendra lui donner un supplément de ressources culinaires. De temps en temps le maître d’un troupeau ira choisir une victime, et, armé de son couteau, il en plantera la lame en pleine jugulaire.

Le sang s’échappe à flots et tombe en fumant dans le récipient où on le recueille précieusement ; le pauvre animal, stupéfait et terrifié, reste immobile, voit sa vie s’échapper avec la liqueur de ses veines ; bientôt il tremble sur ses jambes, s’affaisse et tombe pour ne plus se relever.

Le rouge liquide est versé dans des outres de peau de phoque et devient pour l’hivernage une précieuse réserve, qu’on mangera les jours de fête.

Nous avons dit que tout dans l’animal mort était utilisé par son maître. La corne de son bois et celle de ses durs sabots sont converties en manches de couteaux et d’outils divers : ses os font des aiguilles, des pointes de flèches et se transforment en harpons pour transpercer le Phoque et même la Baleine ; les nerfs et les intestins servent de cordages pour rattacher entre elles les pièces qui forment les traîneaux et les embarcations ; ils servent aussi de fil pour coudre les vêtements et pour relier les unes aux autres les peaux de Rennes dont ont fait les tentes, ou les peaux de Phoque qui servent d’enveloppe aux légers kayaks. Les excréments eux-mêmes chez les Lapons sont séchés et servent à fabriquer des mottes dont on se chauffera pendant la rude saison.

Ici trouve naturellement sa place une anecdote rapportée par le célèbre professeur Nordenskiöld à son retour du glorieux voyage pendant lequel il a découvert le passage du Nord-Est qui met en communication directe, par la mer Arctique, l’Océan Atlantique et le Pacifique.

Les Tschoutsches, qui habitent les rives de l’Océan glacial au nord de la Sibérie, ne se piquent ni de délicatesse ni d’une extrême propreté. Leurs tentes, fabriquées de peaux de Rennes et formées de deux enceintes concentriques, abritent la famille dans la partie intérieure que chauffent une ou deux lampes puantes garnies d’huile de phoque ; dans la partie extérieure vivent les chiens, parfois même les Rennes, quand ils sont en assez petit nombre pour y retrouver leur place : là aussi, la maîtresse de la maison se livre aux soins du ménage, prépare la cuisine et fabrique les conserves, viande de Renne fumée, chair de Phoque ou d’Ours blanc, maigres légumes consistant en des branches d’angélique ou en des feuilles hachées d’un arbrisseau du genre saule.

Dans l’enceinte intérieure, comme dans l’autre, règnent une malpropreté sordide et une puanteur insupportable pour un odorat européen.

Un jour, le lieutenant de vaisseau Nordqwist, un des officiers du Véga, chargé plus spécialement, pendant les haltes du navire, des études ethnographiques, pénétra dans un village et se présenta à l’entrée d’une de ces tentes. Le visiteur fut reçu avec la plus grande cordialité ; on lui offrit tout ce que l’on supposa pouvoir lui être agréable : un verre plein d’huile de poisson, un foie de Phoque saignant, des tranches de viande séchée au feu.

A ce moment les Tschoutsches jouissaient d’une grande abondance de nourriture ; on allait entrer dans la saison d’hiver et l’on préparait les provisions qui devaient mettre ces pauvres gens à même de traverser sans mourir de faim la longue nuit polaire. Dans la tente extérieure, devant un feu de bois, cuisait de la viande de Renne dans une grande marmite en fonte de fer ; une jeune femme offrit une tasse de ce bouillon à l’officier qui consentit à y porter les lèvres : hélas, ce breuvage sans sel était d’une écoeurante fadeur, M. Nordqwist ne put l’avaler, malgré le désir qu’il avait de se montrer gracieux avec son hôtesse.

Il fut bientôt frappé par un spectacle qui attira toute son attention. Dans un autre coin de la tente, deux hommes dépeçaient un Renne nouvellement tué et en sortaient les entrailles. Près d’eux, une vieille femme accroupie retirait avec soin des intestins de l’animal les matières vertes assez semblables à des épinards qu’ils contenaient et en remplissait un sac de peau de veau marin dans le but de les conserver comme légumes pendant l’hiver.

Le lieutenant suédois ne fut qu’à moitié surpris de cette dégoûtante pratique ; il savait en effet depuis longtemps que les Esquimaux du Groënland considèrent aussi les matières renfermées dans l’estomac du Renne comme une délicatesse gastronomique.

Dans toute la partie des régions polaires où le Renne n’a pas été domestiqué, le Chien le remplace comme animal de trait ; les Esquimaux en élèvent de grandes quantités qu’ils nourrissent tant bien que mal avec les débris de leur pêche ou de leur chasse. De nos jours où l’attention publique s’est tant portée vers les voyages de découvertes au pôle nord, l’expérience a démontré que nulle tentative sérieuse d’aborder ce point mystérieux du globe terrestre ne pourrait avoir lieu sans le secours des traîneaux.

Chaque expédition qui se dirige vers ces redoutables parages se munit de petites barques auxquelles on peut à volonté adapter des roues ou des patins pour les transformer en engins de commotion terrestre.

Bien que le Renne soit un animal appartenant exclusivement aux régions glacées qui s’étendent du cercle polaire arctique jusqu’au pôle, ce sublime instinct dont la nature a doué chaque race dans l’intérêt de sa conservation l’a rendu migrateur. A l’approche des hivers exceptionnels qui doivent rendre incassable la couche glacée qui recouvre les neiges, il s’enfuit vers le sud, comme s’il pouvait prévoir que ses sabots deviendront insuffisants pour mettre à découvert sa maigre pitance.

Une autre précaution hygiénique force les Rennes à ne point passer l’été dans les mêmes lieux où ils ont trouvé leur nourriture pendant l’hiver. Durant la rude saison, ils vont volontiers s’abriter dans les vallées où le froid est moins intense, et où ils trouvent sous la neige la mousse qui constitue leur principale nourriture. Sitôt que les rayons du soleil viendront faire fondre l’enveloppe glacée et que le sol se couvrira d’une robe verdoyante, malgré la perspective des gras pâturages et des plantureuses prairies, le Renne prendra sans hésiter la route des hauts sommets où il aura encore à supporter les rigueurs de la température.

Il sait qu’avec le printemps vont naître des mouches meurtrières.

Ces mouches déposent dans leurs narines leurs oeufs d’où naîtront bientôt des larves dont la présence entraînerait la mort du pauvre animal.

Les Lapons connaissent de temps immémorial ces habitudes de leurs troupeaux ; comme les Rennes, ils se résignent à lever le camp à chaque changement de saison ; la tente dans laquelle ils ont passé l’hiver au fond des vallées abritées, est transportée avec leur pauvre mobilier sur le dos des animaux migrateurs et ils vont l’installer pendant l’été, sur les montagnes où les neiges sont éternelles.

Le Renne est donc utilisé tantôt comme bête de trait, tantôt comme bête de somme. Son maître, qui sait apprécier les services rendus, l’aime et le protège. Pourquoi faut-il que parfois la faim l’oblige à immoler ce précieux et fidèle compagnon ?

A cette cause de destruction, d’autres viennent encore s’ajouter qui prennent naissance dans les superstitions religieuses dont si peu de peuples sont affranchis.

Les Lapons, les Samoyèdes et même quelques Tschoutsches sont nominativement chrétiens.

Les explorateurs ont trouvé au cou de certains d’entre eux des médailles de saints ou des croix affectant la forme adoptée par l’Église grecque.

Mais quel singulier christianisme ils professent ! Ils adorent en même temps que Dieu, le soleil et la lune, croient aux sorciers, aux génies bons ou mauvais, ont des idoles et des grisgris et parfois ils offrent à ces divinités de second ordre, des sacrifices sanglants où le Renne sert de victime.

Le 17 mai 1879, le lieutenant Palander, commandant du navire le Véga, partit accompagné du docteur Kjellman, avec un traîneau, quatre Européens et un indigène guide, pour aller visiter un campement de Tschoutsches et essayer de leur acheter de la viande de Renne fraîche.

Sur une hauteur située à quelques centaines de mètres de distance, on voyait paître un troupeau composé d’une cinquantaine de ces animaux ; le lieutenant Palander et ses compagnons, espérant que les Tschoutsches arriveraient à composition, acceptèrent l’hospitalité qui leur était offerte, ils soupèrent avec leurs hôtes et couchèrent comme eux sur des peaux de Rennes dans la tente intérieure.

Après une nuit passée à peu près sans sommeil, ils se levèrent à l’aurore, et, quand ils sortirent de la tente, tous les Rennes arrivèrent en troupe serrée. En tête, marchait un vieux mâle dont la tête inclinée sous le poids de son vaste bois, semblait succomber sous les honneurs. Il s’approcha de son maître qui lui-même avait fait quelques pas pour aller à la rencontre du troupeau. L’animal lui témoigna à sa façon son amour et sa reconnaissance en frottant son nez contre ses mains. Les autres Rennes se tenaient en ligne pendant ce temps comme l’équipage d’un navire de guerre qui va se faire passer en revue par son commandant. Le propriétaire se présenta ensuite devant chaque animal, lui permettant de frotter le nez contre ses mains. Lui, de son côté, prenait le Renne par les cornes et l’examinait soigneusement. Cette revue terminée, le troupeau entier fit un demi-tour au signal de son maître et retourna, en rang serré, le vieux Renne en tête, au pâturage de la veille.

Ce spectacle fit sur les explorateurs une excellente impression. Ils constatèrent avec joie que, malgré sa grossièreté et son ignorance, cet homme n’était pas le sauvage cruel et barbare qui abuse de sa force, et montre avec rudesse son pouvoir sur les animaux. C’était le bon maître, bienveillant envers ses bêtes et ayant une parole d’amitié pour chacune.

M. Palander renouvela vainement sa demande d’achat d’un Renne par échange, il fallut se résigner à rentrer à bord les mains vides.

A quelques jours de là le lieutenant Nordqwist fut plus heureux ; il obtint du chef d’un autre village un Renne en échange de deux bouteilles de rhum. Il eut de plus l’occasion de voir comment les Tschoutsches  prennent et tuent les animaux. Deux hommes pénètrent au milieu du troupeau. Dès qu’ils eurent trouvé le Renne qu’ils voulaient sacrifier, ils lancèrent à une distance de sept à huit mètres une corde à noeud coulant qui enveloppa les cornes de la malheureuse bête. Celle-ci se jeta en vain de tous côtés pour prendre la fuite, entraînant pendant quelques instants l’homme qui tenait la corde. Pendant ce temps, l’autre ne restait pas inactif ; il se jeta sur le Renne, le saisit par les andouillers, le renversa et le tua d’un seul coup de couteau derrière le garot.

Telles sont les moeurs de ces populations encore peu connues et qui traînent une existence pénible dans les contrées les plus inhospitalières du globe. Ces hommes condamnés à vivre de leur pêche et de leur chasse périraient bien vite si la nature ne leur avait pas donné ce précieux compagnon. Quel que soit l’état arriéré de leur civilisation, ils sont supérieurs à l’Esquimau et au Groënlandais qui n’ont jusqu’ici vu dans le Renne qu’un gibier précieux qu’ils poursuivent avec ardeur et dont ils utilisent les dépouilles. Espérons et souhaitons que les persistantes investigations que les peuples du Nord, Anglais, Suédois, Américains, poursuivent sans cesse à travers cet inconnu géographique, auront pour premier résultat heureux d’enseigner aux peuples qui habitent le nord du nouveau continent à domestiquer le Renne, et à s’en faire un fidèle et précieux allié, comme ont su le faire les habitants de l’ancien monde.                 

JULES GROS. .

19/02/2013

Le lion

 
Ce texte est tiré de l'ouvrage « Les Animaux chez eux » illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882.


L’une des merveilles de la création parmi les animaux, c’est le Lion, dont la royauté est fort dûment établie, bien que nombre de naturalistes aient entrepris de la lui discuter. Ce fauve a reçu en partage la force et la beauté. Rien de plus majestueux que sa démarche, rien de plus absolument beau que sa forme, rien de plus terrible que son rugissement.....

Les naturalistes ont classé le Lion parmi les onguiculés, ordre des carnassiers, famille des félins.

Les Lions étaient autrefois plus répandus qu’ils ne le sont aujourd’hui. On en trouvait d’une très grande taille dans les contrées qui sont actuellement connues sous le nom de Turquie d’Europe et ils étaient fort communs dans l’Asie Mineure. On n’en rencontre plus guère que dans quelques parties de la Perse et de l’Inde et dans l’Arabie.

Leur véritable patrie est aujourd’hui l’Afrique. Ils y sont abondamment répandus depuis l’Atlas jusqu’au cap de Bonne-Espérance, et depuis le Sénégal et la Guinée jusqu’aux côtes de l’Abyssinie et du Mozambique.

Les différences que l’on a cru reconnaître dans les Lions des diverses contrées ont fait admettre plusieurs races ou variétés locales dont le Lion de Barbarie serait la souche.

Le Lion de Barbarie a la taille forte et ramassée, la poitrine large et les reins faibles. Sa grosse tête, presque carrée, s’allonge en un museau large et camus ; il a les oreilles rondes, les yeux de grosseur moyenne, mais vifs et étincelants ; la queue longue et terminée par une pointe courte, entourée d’un gros flocon de poils ; des membres trapus d’une force extraordinaire et des pattes plus grandes que celles des autres animaux, même comparativement aux membres.

La tête et le cou sont entourés d’une crinière longue et touffue, composée de longs poils tombant par tresses jusque sur les pattes de devant et se prolongeant jusqu’à moitié du dos et des flancs. La partie inférieure du corps sur toute sa longueur, les coudes et la partie antérieure des cuisses sont aussi garnis de touffes de poils.

On le rencontre encore en Algérie et au Maroc, et il n’est pas rare dans la régence de Tunis et dans le Fezzan. En Algérie, il est beaucoup moins commun depuis nos guerres avec les Arabes, et nos chasseurs de Lions, Jules Gérard en tête, ont considérablement contribué à en diminuer le nombre. C’est cette race à crinière crépue que les anciens représentaient de préférence dans leurs statues et leurs bas-reliefs, qu’on peut voir au musée du Louvre.

Parmi les variétés issues de cette souche, on distingue : le Lion du Sénégal, dont la crinière est épaisse et de teinte claire ; le Lion du Cap, dont la crinière est très forte et foncée en couleur ; le Lion de Perse, à taille plus petite et à crinière mélangée de poils bruns et noirs, et enfin le Lion du Guzerat, dont la crinière, faiblement indiquée, mérite à peine d’être mentionnée ; aussi l’a-t-on nommé quelquefois Lion sans crinière. C’est sans doute de cette espèce que parlent Solin et Oppien, qui croyaient que cet animal provenait de l’accouplement du Lion et du Léopard.

La taille du Lion du Guzerat est un peu moins grande que celle du Lion d’Afrique, et sa couleur est uniformément d’un jaune roux fauve sur tout le corps ; la touffe épaisse qui termine la queue est seule blanche.

A l’extrémité de la queue du Lion se trouve dissimulé par une touffe de poils qui termine cet organe, un ongle corné déjà observé par Aristote, mais dont beaucoup de naturalistes ont nié l’existence. La découverte de cette particularité était réservée à Didyme, d’Alexandrie. Il trouva, à l’extrémité de la queue et caché au milieu des poils, un ergot corné, une sorte d’ongle pointu, et il supposa que c’était là l’organe qui, lorsque le Lion, au moment du danger, agitait violemment sa queue, lui piquait les flancs à la manière d’un éperon et l’excitait à se jeter sur ses ennemis.

Cette observation fut traitée avec le plus profond mépris par les naturalistes modernes et ils ne la jugèrent même pas digne d’une réfutation. Personne n’y songeait plus, lorsque Blumembach fut conduit, par hasard, à reconnaître l’exactitude de ce fait. A une époque postérieure, M. Deshayes a retrouvé l’ergot sur un Lion et une Lionne, morts tous deux à la ménagerie du Muséum de Paris. Cet ongle est fort petit, ayant à peine 3 lignes de hauteur ; il est adhérent seulement à la peau, et il s’en détache sans beaucoup d’efforts ; aussi on ne le trouve pas d’ordinaire sur les Lions empaillés que l’on conserve dans les Muséums.

Un des traits caractéristiques du Lion est la manière dont il porte la tête ; il la tient généralement élevée ; ce qui donne à sa physionomie quelque chose d’ouvert, de franc, qu’on ne remarque point sur la physionomie des autres chats. Mais ce port de tête particulier n’a pas d’autre cause que l’épaisse crinière de son cou. La femelle, qui a le cou nu, tient la tête presque au niveau de son dos, et le jeune Lion ressemble en ce point tout à fait à sa mère.

Les anciens parlent de Lions noirs et de Lions de plusieurs couleurs....

Selon Elien, il y aurait eu des Lions noirs aux Indes ; en Syrie, selon Pline ; en Éthiopie, selon Oppien.... « Il nous paraît, dit Lacépède, qu’il y a dans tous les pays des Lions beaucoup plus bruns les uns que les autres, et dont plusieurs peuvent tirer sur le noirâtre.... »

Le nombre des Lions est supérieur à celui des Lionnes. Cela tient à ce que beaucoup de femelles périssent pendant la dentition, période critique que supportent mieux les jeunes mâles. Lacépède croit que le Lion vit en monogamie. C’est au printemps que Lion et Lionne s’accouplent. Plusieurs mâles recherchent à la fois la même femelle et se livrent entre eux de formidables combats. D’après le commandant Garnier, le résultat de ces combats serait que, contrairement à ce que nous disons plus haut, le nombre des lionnes est supérieur à celui des Lions. Quand la femelle a choisi son mâle, les autres s’éloignent et désormais le couple vit fidèlement uni.

Lorsque les Lionceaux viennent au monde après une gestation de cent huit à cent dix jours, leur taille est celle d’un chat qui aurait atteint la moitié de son développement. Seuls de tous les carnassiers, les Lions naissent les yeux ouverts. Comme la Lionne pendant l’allaitement ne quitte guère ses petits, si ce n’est pour aller se désaltérer, elle établit son repaire près d’une source ou d’une rivière. Elle s’assure ainsi une proie abondante et facile lorsque les animaux de la contrée sont attirés par le besoin de l’eau.

Après les fortes chaleurs du jour, aux premières fraîcheurs de la nuit, l’Antilope et la Girafe, le Zèbre et le Buffle recherchent les sources.... Le guide de la troupe d’Antilopes s’avance lentement, en flairant et en écoutant sans cesse ; il cherche à percer de ses yeux les ténèbres de la nuit. Après chaque pas, il s’assure que tout est calme et silencieux. Les Antilopes sont assez intelligentes pour avancer contre le vent, et presque toujours le guide du troupeau perçoit à temps le danger. Il s’arrête, écoute, regarde, flaire, et aussitôt, rebroussant chemin, se livre à une fuite rapide, qui entraîne toute la troupe et la dérobe au danger.

Le Zèbre s’approche avec la même prudence ainsi que la Girafe, mais soudain le Lion fait un bond, saute sur le cou de sa victime et lui enfonce les dents dans la nuque.

C’est cette façon de chasser indigne du grand carnassier qui a fait dire à Barrow : « Cet animal est traître, il est rare qu’il attaque ouvertement, il s’embusque jusqu’à ce qu’il puisse sauter sur sa proie. » Nous lisons dans le Dictionnaire pittoresque d’histoire naturelle ce détail que nous n’avons trouvé reproduit nulle part : on croit que pour cette chasse où sa force est le plus souvent inutile, mais où la ruse devient nécessaire, le Lion sait s’associer le Caracal, petit Lynx qui, d’une taille plus semblable à la leur, peut facilement approcher ses victimes sans leur inspirer d’épouvante et sans déterminer leur fuite. On dit qu’il s’en sert comme d’un pourvoyeur et qu’il partage ensuite avec lui sa proie. Il est peut-être plus probable que si le Caracal suit le Lion, c’est afin de profiter des restes de ce puissant carnassier. Il ne serait cependant pas impossible qu’il y eût du vrai dans ce récit.

Lorsque les animaux se sont accouplés, le pays qu’ils habitent est dans la désolation. Le Lion consomme énormément ; on en jugera par ces chiffres donnés par Jules Gérard. En 1855, dit-il, les trente Lions qui se trouvaient dans la province de Constantine coûtaient annuellement 180000 francs.

« Dans les contrées où je chasse d’habitude, écrit-il, l’Arabe qui paye 5 francs d’impôt à l’État paye 50 francs au Lion. Un seul Lion tue ou consomme une valeur annuelle de 6000 francs en chevaux, mulets, boeufs, chameaux et moutons ; en prenant la moyenne de sa vie, qui est de trente-cinq ans, chaque Lion coûte donc aux Arabes 210000 francs. »

De 1856 à 1857, toujours d’après Jules Gérard, 60 Lions ont enlevé dans la seule province de Bône 10000 pièces de bétail, grandes et petites.... En captivité le Lion absorbe par jour, en moyenne, de 6 à 7 kilos de viande.

En général, le Lion ne mange que des animaux tués par lui ; ce n’est que si la faim le presse qu’il se contente des cadavres qu’il rencontre ; encore choisit-il le plus souvent la proie que repu l’animal a délaissée la veille. Il préfère les grands animaux aux petits ; cependant il ne dédaigne pas ceux-ci lorsqu’ils se présentent sur son passage. On affirme que parfois même il se contente de sauterelles ; mais ce fait est douteux.

La force du Lion est telle que lorsque sa proie est abattue, il peut sans effort l’emporter dans sa gueule et sauter sans inconvénient un fossé de 2m,60 et 3m,25 de hauteur.

Le Lion n’est pas toujours le plus fort si l’on en croit Livingstone. Dans son Voyage dans l’Afrique australe, le célèbre explorateur dit qu’il a vu « un troupeau de Buffles se défendre contre un certain nombre de Lions en leur présentant les cornes. Les mâles étaient en avant, les femelles et les jeunes formaient l’arrière-garde ».

« Je tiens de bonne source, dit Sparrmann, qu’un Lion a été heurté, blessé et foulé aux pieds jusqu’à la mort par un troupeau de bétail que, pressé par la faim, il avait osé attaquer en plein jour. »

La vie du Lion est nocturne ; pendant le jour il ne quitte son repaire que s’il est forcé par les chasseurs.

Quand le Lion rugit, tous les animaux de la création frissonnent.

Le rugissement du Lion est le cri le plus puissant qui jaillisse de la poitrine d’un animal. C’est d’abord un roulement sourd, entrecoupé. Il ressemble à un tonnerre lointain dont le ton s’élève, s’enfle, roule et arrive à un éclat formidable ; voix menaçante et solennelle qui impose le respect, fait courir des frissons sous la peau des plus braves et sème la terreur dans l’espace. Le Lion rugit ordinairement au lever de l’aurore, après avoir mangé et lorsque le temps est à l’orage.

On ne peut se faire une idée de la tendresse de la Lionne pour ses petits. Elle passe ses journées à les caresser, à les lécher ; elle se prête à leurs jeux, joue même avec eux et ne les quitte jamais sans les laisser sous la garde du mâle qui lutte au besoin pour eux jusqu’à la mort.

Très maladroits, très lourds dans leurs mouvements, les Lionceaux ne marchent guère que le deuxième mois ; après quoi ils commencent à suivre leurs parents à la chasse. Le sixième mois la Lionne les sèvre, et vers le dixième mois ils sont presque de la taille d’un petit âne.

Jusqu’à quinze à dix-huit mois, Lion et Lionne se distinguent peu par leur forme extérieure. Alors qu’ils ont atteint cet âge, les formes du mâle s’affirment, deviennent plus fortes et plus puissantes et la crinière apparaît.

Ces animaux n’atteignent leur complet développement que vers la septième année. Nous avons vu plus haut que Jules Gérard écrit que la moyenne ordinaire de la vie des Lions est de trente-cinq ans. Il doit être dans le vrai, bien que Buffon pense que cet animal ne peut vivre plus de vingt-cinq ans. D’autres fixent le terme de sa vie à quarante ou cinquante ans, et Shaw parle de deux Lions qui auraient vécu à la Tour de Londres, l’un soixante-trois et l’autre soixante-dix ans, ce qui absolument est invraisemblable, surtout puisqu’il s’agit de Lions en captivité.

Le Lion, dit Scheitlin, s’apprivoise comme le chien, dont il a la mémoire. Après de longues années, il reconnaît instantanément son ancien gardien ; s’il a perdu le souvenir de sa physionomie, il reconnaît toujours le son de sa voix aimée, de même que l’homme reconnaît plus longtemps les personnes par leur voix que par leurs traits. Sa mémoire conserve précieusement le souvenir des bienfaits. L’histoire d’Androclès et de son Lion, que raconte Célius, n’a rien d’invraisemblable, quoi qu’on en ait dit.

C’est surtout lorsqu’ils sont pris jeunes que les Lions s’apprivoisent parfaitement à l’aide de bons soins. Ils reconnaissent dans l’homme leur bienfaiteur, et l’aiment d’autant plus qu’il s’occupe davantage d’eux. Il est impossible de se figurer rien de plus aimable qu’un Lion ainsi dompté et qui, au bout de quelque temps a oublié sa liberté, et presque sa nature de Lion, pour se donner corps et âme à son maître. « J’ai soigné pendant deux ans une lionne, dit Brehm. Bachida avait autrefois appartenu à Latif-Pacha, gouverneur égyptien de la partie orientale du Soudan, et avait été donnée en présent à l’un de mes amis. Elle s’habitua rapidement à notre ferme, où on la laissa circuler librement. Bientôt elle me suivit comme un chien, me caressa à chaque occasion et se rendit même importune, parce que l’envie lui prenait parfois de me rechercher la nuit jusque dans mon lit et de me réveiller par ses cajoleries. Au bout de peu de semaines elle s’était arrogé un droit absolu sur tout ce qui vivait dans la ferme ; néanmoins c’était plutôt pour jouer avec les animaux que pour leur faire du mal. Sa façon d’agir à notre égard était toujours aimable et loyale. La fausseté lui était inconnue ; même après une correction, je l’ai vue revenir quelques minutes après et me caresser avec la même confiance que par le passé. Sa colère s’en allait instantanément et la moindre cajolerie suffisait pour l’adoucir. Pendant le voyage de Charthum au Caire, que nous fîmes en descendant le Nil, on la tenait enfermée dans une cage aussi longtemps que le bateau était en mouvement ; mais dès que nous jetions l’ancre on lui donnait sa liberté. C’étaient alors des gambades à n’en pas finir ; elle en profitait chaque fois pour satisfaire ses besoins, car elle aimait tellement la propreté que pendant tout le trajet elle n’a jamais sali sa cage.... On la conduisit à Berlin et je ne la revis plus pendant deux ans. Lorsque j’allai la visiter elle me reconnut immédiatement. »

Un de nos amis nous contait le fait suivant, qui est une preuve nouvelle à l’appui de tout ce que racontent divers écrivains, au sujet de la mémoire du Lion et de sa reconnaissance.

Des spahis en garnison au Sénégal avaient apprivoisé un jeune Lion qu’ils nommaient Pataud.... Pataud se promenait en liberté dans les cours et dans les écuries, voire dans la campagne. Jamais le Lion n’avait fait de mal à aucun des animaux qui foisonnaient dans la caserne, chevaux, mulets, ânes, bêtes à cornes, etc. Au contraire, il les connaissait tous, et, très connu d’eux, il circulait librement partout et jouait même avec quelques-uns de ces animaux.

Dans les écuries, les chevaux accoutumés à le voir, ne ressentaient pas ce sentiment d’effroi que tous les animaux éprouvent en présence du Lion. Un jour, le colonel ayant acheté un cheval qu’il avait fait mettre à l’écurie, Pataud, surpris de voir une nouvelle bête, s’approche pour faire connaissance avec elle ; mais le cheval, fou de terreur, se cabre, son oeil étincelle, ses poils se hérissent, il hennit de frayeur, et comme Pataud s’avançait plus près, le cheval lui envoie une ruade qui atteint le Lion en plein mufle. Pataud n’hésite pas, il bondit sur la bête et l’étrangle net...

Le colonel prit alors la résolution d’envoyer Pataud à Paris, au Jardin des Plantes. Un spahis, vieux grognard, fut chargé de conduire la bête. Pendant la traversée, le spahis et Pataud faisaient très bon ménage. Le spahis avait toujours en poche quelque friandise pour le Lion, il lui prodiguait des caresses, le Lion y répondait. Bref, en arrivant à Paris, homme et bête étaient les meilleurs amis du monde.

Pataud fut mis en cage, le spahis regagna le Sénégal. Ce fut un grand chagrin pour ces deux camarades.

Deux ans après, le Lion dans sa cage reposait, son gardien causait avec notre ami devant la loge du fauve. Tout à coup l’animal s’éveilla, se leva, secoua sa crinière, rugit, fit mille bonds et se dressa sur ses pattes contre les barreaux. Que se passait-il donc ?

Soudain un homme arriva comme un fou devant la cage, et passa ses deux bras à travers les barreaux, et le Lion le léchait, ronronnait, se dressait et bondissait de plus belle.

C’était le spahis. De retour en France, sa première visite avait été pour son ami, pour Pataud.

Et ce n’est pas seulement à l’homme que le Lion s’attache avec constance. Toscan nous cite ce cas d’un Lion du Muséum, qui s’était si bien habitué à un jeune chien vivant dans cage, qu’il parut souffrir beaucoup lorsque son compagnon mourut.

Lacépède, Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire ont été témoins de l’affection d’une Lionne pour un chien. « Elle se plaît à ses jeux, disent-ils, s’amuse de ses caprices, est sensible à ses caresses, attentive à ses besoins, satisfaite quand elle le voit auprès d’elle, triste lorsqu’on le lui ôte pendant quelques moments ; c’est bien plus au sentiment mutuel que les deux prisonniers se sont inspiré qu’à sa douceur particulière qu’elle doit la tranquillité avec laquelle elle supporte la perte de son indépendance. »

Élien parle, d’après Eudemius, d’une amitié semblable entre Lion et Chien. « Un Lion, dit-il, un Chien et un Ours vivaient ensemble dans l’union la plus intime, chez un homme qui apprivoisait des animaux. Les deux premiers surtout avaient l’un pour l’autre l’attachement le plus tendre ; mais le Chien ayant blessé l’Ours en jouant, celui-ci reprit subitement son naturel féroce et déchira son faible compagnon. Le Lion irrité se hâta de venger son ami, et fit périr l’Ours par des blessures semblables à celles qu’avaient reçues le Chien. »

Aujourd’hui encore, on peut voir à la ménagerie du Muséum, un Chien vivant dans la cage d’une Lionne, et les gardiens affirment que si l’on retirait ce Chien, la Lionne en éprouverait un véritable chagrin.

On a de très fréquents exemples de reproduction de Lion en captivité et sous des climats différents. Des produits ont été obtenus à Naples, à Grenoble, à Paris, à Florence, en Angleterre. Brehm dit que ce n’est qu’exceptionnellement qu’on a pu élever de jeunes lionceaux nés en captivité, car ils meurent généralement à l’époque de la dentition. Nous avons pu nous convaincre du contraire. Presque dans toutes les ménageries ambulantes, les dompteurs exhibent des lions nés en captivité.

Plusieurs individus, tant Européens qu’indigènes, se sont fait une réputation comme chasseurs de Lions. Nous citerons Ahmed-Ben-Amar de Song Ahras (subdivision de Bone). Ce mulâtre musulman, surnommé le Nègre, aurait tué trente-neuf Lions en chassant seul d’abord et ensuite avec son kif-kif (en français, son semblable), Beglas-Ben-Kassem, appelé d’ordinaire Bel-Kassem tout court.

Nous citerons aussi Chassaing, qui aurait tué trente Lions, et Jules Gérard, vingt-cinq ; puis l’Écossais Gordon Cumming, qui a chassé le Lion pendant cinq ans, dans le sud de l’Afrique.

Dans l’Atlas, on chasse le Lion de différentes manières, soit à l’affût, sur un arbre, soit en creusant des fosses ou trappes sur le chemin que parcourt ordinairement l’animal. Les Arabes se réunissent parfois en troupes pour poursuivre un Lion qui a jeté la désolation dans la contrée.

Les Cafres des frontières de la colonie du cap de Bonne-Espérance, vulgairement nommés Kaal-Kaffers (Cafres chauves), ont, d’après Delegorgue, une singulière manière d’attaquer le Lion, qu’ils chassent. « L’un d’eux, dit-il, porteur d’un vaste bouclier de buffle épais et dur, auquel a été donnée une forme concave, s’approche le premier de l’animal, et lui lance une assagaye. Le Lion bondit vers son agresseur ; mais l’homme s’est laissé tomber à plat sur la terre, et son bouclier le recouvre, de même que les cônes marins (patelles) qui adhèrent aux rochers. L’animal essaye alors ses griffes et ses dents sur la partie supérieure du bouclier, qui les voit glisser sans effet produit. Il redouble ; mais bientôt, cerné par la bande d’hommes armés, son corps est tour à tour percé de vingt, de cent coups d’assagaye qu’il s’imagine recevoir de l’homme qu’il tient sous lui. »

Nous extrayons du Voyage en Abyssinie exécuté pendant les années 1839, 1840, 1841, 1842, 1843, par MM. Théophile Lefebvre, lieutenant de vaisseau, H. Petit et Quantin Dellon, docteurs-médecins, naturalistes du Muséum, et Vignaud, dessinateur, le passage suivant, relatif à la chasse au Lion et qui semble débarrassé des exagérations ordinairement entassées dans leurs récits par des chasseurs moins sérieux.

« Lorsque le Lion est attaqué, il a pour habitude constante de s’élancer d’abord sur celui qui l’a touché le premier, soit avec le fusil, soit avec la lance.

 » Aussi considère-t-on comme l’ayant tué le chasseur qui l’a le premier tiré, quoique plusieurs autres l’aient ensuite abattu, parce que le premier il a eu le courage de s’exposer à sa fureur. Après avoir déchiré le premier assaillant, il passe au second, et ainsi de suite, avec une espèce d’instinct et de mémoire très remarquable. Si l’un des chasseurs, par ses gestes, sa contenance, son visage, laisse apercevoir la moindre frayeur, sa mort est sûre, car le Lion le reconnaît et s’élance aussitôt sur lui.

» Il s’avance vers les combattants en remuant la tête et la queue et en ouvrant la gueule d’une manière effroyable. Il ne fait qu’un bond de trente à trente-cinq pieds, puis se dresse à portée, et généralement brise, en se laissant tomber de son propre poids, l’épine dorsale de celui qu’il a choisi pour victime, en même temps qu’il lui déchire le corps avec ses griffes et lui broie la tête dans sa gueule.

» Il est surtout terrible quand, étant tombé, il semble presque mort. Généralement son agonie coûte la vie à un homme ; car quoique sans mouvement apparent depuis assez longtemps, si l’on ne prend pas de grandes précautions pour l’approcher, il recueille tout ce qui lui reste de force pour achever ceux qui sont tombés près de lui ou celui qui vient lui porter un dernier coup. »

Une question a souvent été posée : Le Lion attaque-t-il l’homme ? et résolue négativement.

Ben-Amar affirme que jamais, sinon dans le cas de légitime défense, le Lion n’attaque l’homme.

Henri Béchade, d’accord avec les récits de Vernet, Bombonnel et Chassaing, se prononce en ces termes : « Sur le caractère du Lion on a émis les opinions les plus contradictoires. Les uns en ont fait un animal clément et magnanime ; les autres, une bête cruelle sans nécessité et possédée de la rage de la destruction. Pour réduire à leur juste valeur ces assertions exagérées, il suffit de se rappeler que le Lion, malgré sa royauté, n’est qu’un animal qui obéit comme les autres à ses instincts. S’il dédaigne une proie facile, ce n’est pas qu’il soit clément ; c’est qu’il n’a plus faim. S’il se jette sur l’homme, ce n’est pas que la destruction soit pour lui la condition de son existence ; le plus souvent, c’est qu’il se défend lui-même contre une agression. Je définis ainsi le Lion : un animal puissant, terrible quand on l’attaque ; mais qui, le jour comme la nuit, ne se jettera sur l’homme inoffensif et résolu qu’autant que la faim l’aura rendu fou de rage et que les autres proies lui manqueront. Et Dieu sait si les proies manquent à ce roi de l’Atlas ! »

Chassaing et le docteur Livingstone admettent qu’un Lion hors d’âge, devenu incapable de bondir, pourrait bien s’adonner à la chasse à l’homme, la trouvant plus facile que celle au quadrupède ; mais cela ne durerait guère, et l’animal sera bientôt tué ; et puis, en définitive, on ne devrait voir là qu’une exception à ce qui se passe d’ordinaire.

Une autre question a été posée également, mais elle n’est pas résolue encore : Le Lion peut-il grimper aux arbres ? Le commandant Garnier soutient que non, à cause de la grande pesanteur du corps de ce fauve. Lacépède croit que les Lions peuvent monter sur des tiges élevées, au moins aussi facilement que le Tigre et autres grands carnassiers.

Malgré les réfutations constantes des savants, une multitude de légendes plus ou moins extraordinaires courent le monde à propos de ce roi des mammifères. Des récits fabuleux ou tout au moins exagérés se sont répandus dans la foule. La science et le bon sens allié au raisonnement ont détruit bon nombre de ces contes. Cependant certaines croyances se sont si bien perpétuées à travers les âges, qu’elles subsistent toujours. Il se trouve encore des gens dont la conviction est que la Lionne ne met bas qu’un petit dans toute son existence ; car, disent-ils, de même que les petits de la Vipère, le Lionceau détruit l’organe qui le porte.

La vérité est que le nombre des petits mis bas à chaque portée par la Lionne varie entre deux et six. Si parfois les félins ne font qu’un petit, c’est un cas tout à fait isolé.

Certains naturalistes nous énoncent plusieurs de ces récits fabuleux qui se sont accrédités un peu partout à propos du Lion. Cet animal, dit-on, serait toujours dominé par la fièvre ; il dort les yeux ouverts ; telle ou telle partie de son corps a des vertus merveilleuses en médecine ; ses os sont tellement durs qu’ils donnent des étincelles au choc, etc.

Les Arabes, dont la nature est essentiellement incline à la superstition la plus exagérée, n’ont pas peu contribué à répandre ces croyances. Ils prétendent que, vers le milieu du jour, le Lion souffre horriblement de la fièvre froide, ce qui le rend paresseux ; ils allèguent encore que, si on veut le mettre en mouvement, il faut l’exciter à coups de pierre, car il ne se déplace pas de lui-même. En réalité, il n’en est pas tout à fait ainsi, quoiqu’on ne puisse nier qu’il soit très paresseux tant que le soleil est au-dessus de l’horizon. Dans mon dernier voyage en Abyssinie, dit Brehm, j’ai pu m’assurer qu’il se glisse quelquefois, pendant le jour, dans le fourré ou se tient tranquillement sur un point culminant pour observer les animaux du canton qu’il habite. Ainsi, l’un de mes domestiques a vu un Lion assis en plein midi, dans la vallée qui conduit de Mensa à Aïn-Saba. Ce Lion regarda avec beaucoup d’intérêt le chameau et son maître, mais les laissa tranquillement passer. On a considéré comme fausses les assertions de Le Vaillant et d’autres naturalistes, sur l’habitude qu’a le Lion d’examiner ainsi tout son domaine ; cependant j’ai eu occasion de vérifier le fait par moi-même. Nous avons vu un lion couché sur une colline aride et rocheuse, où il ne pouvait évidemment être qu’en explorateur, afin de s’assurer dans quelle partie des environs il trouverait le plus facilement du gibier, la nuit venue.

C’est en vain que, si loin que l’on puisse remonter, Aristote avait reconnu l’absurdité de ces fables ; qu’il en avait même expressément réfuté une partie ; le merveilleux a tellement de charmes pour l’esprit humain, qu’on ne peut se décider à abandonner la fantaisie pour la réalité ; les contes populaires étaient toujours acceptés et finissaient, à force d’être répétés, par se glisser non seulement dans les livres des poètes, mais même dans ceux des naturalistes.

Le nombre des fables, légendes et récits merveilleux, auxquels le Lion s’est trouvé mêlé est considérable. Tout le monde connaît l’histoire du Lion d’Androclès, dont nous avons déjà parlé plus haut. Cette anecdote est attribuée presque dans les mêmes termes à Mentor de Syracuse, à Helpis de Samos, à l’abbé Sérasimos, à saint Gérôme et (avec cette variante qu’il s’agit d’un Lion aveugle à qui la vue a été rendue) à Macaire le confesseur. L’épine dans la patte du Lion est une forme zoologique, dit Angelo de Gubernatis (1) correspondant au héros vulnérable par les pieds.

On affirme que le roi des animaux est d’une galanterie à désespérer un petit maître : car s’il se montre cruel envers les hommes, il se garde bien, assure-t-on, de faire du mal aux femmes ; pas plus d’ailleurs qu’aux petits enfants, ce qui démontre suffisamment, disent les bonnes gens, sa générosité.

Nous nous souvenons d’avoir lu dans un ouvrage ancien qu’une captive ayant été attaquée par des Lions, elle les apaisa en leur tenant le discours suivant : « O Lions, vous qui êtes beaux, nobles et forts, vous ne me ferez pas de mal quand vous saurez ce que je suis : une pauvre femme bien chétive et bien faible, une mère après laquelle attend son enfant. Ayez pitié de moi, ô Lions ; n’abusez pas de votre force contre moi... », etc. etc.

Et l’auteur de cette fable, que retiennent facilement et répètent les amis du merveilleux, ajoute que les Lions, vraisemblablement touchés par de si belles paroles, laissèrent partir sans lui faire de mal, cette femme si humble et si éplorée.

Dans le sixième des contes siciliens publiés par Mme Gonzenbach, le petit Giuseppe arrache une épine de la patte d’un Lion ; le Lion reconnaissant lui donne un de ses poils ; à l’aide de ce poil, le jeune homme peut, en cas de nécessité, devenir un Lion terrible, et sous cette forme il dévore la tête du roi des dragons.

Et c’est en partant de l’idée du Lion monstrueux que les anciens ont été unanimes à croire qu’entre tous les animaux, le Lion craint le Coq et particulièrement sa crête d’un rouge ardent. Dans une fable d’Achille Tatius, le Lion se plaint que Prométhée ait permis au Coq de l’effrayer ; mais il se console bientôt en apprenant que l’Éléphant est tourmenté par le Moucheron qui lui bourdonne dans les oreilles.

Les anciens attribuaient au Lion une antipathie particulière pour les odeurs fortes. Mais cette opinion doit être rangée avec celle qui considère la Lionne comme stérile.

Quand les femmes de l’antiquité rencontraient une Lionne, elles regardaient cette circonstance comme un présage de stérilité.

Dans la fable d’Ésope, les Renards se vantent de leur fécondité devant la Lionne, qu’ils tournent en ridicule parce qu’elle ne donne naissance qu’à un seul petit. « Oui, répond-elle ; mais c’est un lion. » Sous le signe du Lion, la terre aussi devient aride et par conséquent inféconde. Quand le soleil entre dans le signe du Lion, il atteint le maximum de sa puissance, et la couronne d’or que les Florentins déposaient le jour de la Saint-Jean sur le Lion érigé au milieu de la place publique était un symbole de l’approche de la saison qu’ils désignent sous un nom composé de deux mots sol lione, réunis en un seul.

La vue du Lion en songe était également un présage heureux chez les anciens ; quand Agariste et Philippe virent un Lion en rêve, ce rêve fut considéré comme un avertissement, pour le premier, de la naissance de Périclès, et pour le second, de celle d’Alexandre le Grand.

Le mythe du Lion et du Tigre est essentiellement asiatique ; néanmoins une grande partie de ce mythe se développa en Grèce, où le Lion et le Tigre finirent par être connus et durent inspirer, comme dans l’Inde, un sentiment analogue à la terreur religieuse causée par les rois orientaux.

Le narasinha de l’Inde fut appelé, au moyen âge, le roi par excellence ; de même, dans la Grèce, le roi reçut aussi le nom de Léôn.

Héraclès, Hector, Achille, parmi les héros grecs ; Wolfdieterich, et plusieurs autres héros de la tradition germanique, avaient l’usage du Lion pour signe distinctif ; le coursier du héros Hildebrand est un Lion.

On voit, par toutes ces légendes, combien le Lion était respecté dans l’antiquité. Le nombre de ces carnassiers devait être jadis considérable, si l’on en juge par l’incroyable consommation que les Romains faisaient jadis de ces animaux, pour leurs jeux.

D’après Pline, l’édile Quintus Scævola fut le premier qui en montra plusieurs ensemble dans un cirque. Sylla, pendant sa préture, fit combattre à la fois cent mâles qui lui avaient été envoyés, nous dit Sénèque, par Bocchus, roi de Mauritanie. Pompée ouvrit le cirque à six cents, dont trois cent quinze mâles, et Jules César à quatre cents. Adrien sacrifiait souvent jusqu’à cent Lions à la fois dans les jeux du cirque, et Marc-Aurèle en fit tuer un pareil nombre à coups de flèche, lorsqu’il triompha des Marcomans.

Plus récemment, presque de nos jours, au dernier siècle, on put voir des Lions combattant dans certaines fêtes asiatiques. Nous trouvons le récit suivant dans le Voyage de M. le chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l’Orient, publié en 1711, chez Jean Louis de Lorme, à Amsterdam.

« Encore aujourd’hui, dans les fêtes et dans les spectacles des Persans, on donne des combats au peuple. On met un jeune Taureau au milieu du cirque. On l’effarouche pour le mettre en fureur, et puis on lui détache le Lion ; mais parce que le Lion est l’emblème de la monarchie persane, en qualité de roi et du plus noble des animaux, le peuple, fort superstitieux et attaché aux présages, croirait que ce serait une chose de mauvais augure pour leur pays, si le Lion ne déchirait pas le Taureau : c’est pourquoi ils lâchent toujours le Lion lorsque le Taureau a le dos tourné et qu’il ne court pas. Le maître du Lion, le tenant par le collier, lui tourne la tête vers le Taureau, jusqu’à ce qu’il ait les yeux dessus. Dès que le Lion l’aperçoit, il fait un cri, et s’élance par sauts de huit à dix pas avec tant de vitesse, que l’oeil a de la peine à le suivre. Il se jette sur le dos du Taureau qu’il abat d’ordinaire ; et si, par hasard, il le manque au septième ou huitième saut, il s’arrête et se rebute, et alors on retient le Taureau. On ramène le Lion à sa vue, et, à cause de l’augure dont j’ai parlé, on fait toujours en sorte que le Lion remporte la victoire et qu’il renverse le Taureau, qu’on égorge sous lui afin qu’il en boive le sang. »

Le Lion est sans contredit l’un des plus beaux animaux de la création, et tout le monde est d’accord pour lui laisser son ancienne appellation de roi, qui lui sied si merveilleusement. C’est pour cette raison que nous nous sommes occupé d’abord de lui : à tout seigneur tout honneur.

HENRI DEMESSE.
NOTE :
(1) Traduction de Paul Regnaud.

L’orang-outang

 
Après le buffle et le tigre, nous publions ici un autre texte tiré de l'ouvrage « Les Animaux chez eux » illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882.


Jadis dans l’ordre des Primates, mot qui veut dire premiers ou primats des animaux, Linné, inventeur de cette dénomination, plaçait, avec l’homme, non seulement les Singes et les Makis, dont l’organisation se rapproche plus ou moins de celle qui distingue notre espèce ; mais aussi les Chauves-souris et les Paresseux, qui ont dû en être séparés, lorsqu’il a été permis d’apprécier plus exactement les particularités organiques qui les distinguent.

 Wagler, répétant l’expression dont se servent tous les peuples qui ont vécu ou qui vivent dans le voisinage des Singes, les appelle des hommes transformés. Brehm commence ainsi son ouvrage : Le premier ordre des Mammifères nous fait connaître l’homme ; le second..., ses caricatures. En effet, le corps des Singes ne ressemble que très superficiellement à celui de l’homme, leur intelligence a tous les défauts de la nôtre, sans en avoir les bonnes qualités. Dans les différentes parties du corps de l’homme règne la plus belle harmonie ; chez le Singe, presque tout nous paraît grotesque.

On pourrait croire que les quatre mains du Singe lui constituent sur nous une supériorité, il n’en est rien, ainsi que le démontre Owen. Ce n’est pas la répétition des mêmes organes, mais le nombre d’organes différents qu’il faut considérer ; c’est la diversité et non le nombre qui constitue la perfection. Le Singe avec ses quatre mains ne peut faire qu’une seule et même chose : se maintenir et grimper ; il ne peut même pas se servir de ses membres antérieurs comme de véritables bras, parce que ses membres postérieurs ne peuvent pas, comme chez l’homme, supporter tout le poids du corps. Les singes ressemblent à l’homme par tous ses défauts. Ils sont méchants, perfides, voleurs et indécents ; ils apprennent une foule de tours plaisants, mais ils n’obéissent pas et gâtent souvent le jeu par quelque balourdise comme un arlequin grossier. On ne saurait attribuer une vertu quelconque aux Singes et moins encore les croire capables de rendre service à l’homme. Ils peuvent rester en faction, servir à table, chercher divers objets, mais ils ne le font que par intermittence et tant que leur folle humeur ne reprend pas le dessus. Au point de vue physique, comme au point de vue moral, ils ne représentent que le mauvais côté de l’homme. A propos des quatre mains du Singe, empruntons la note suivante à Giebel, elle sera reproduite ici avec opportunité : « La simple comparaison des mains prouve qu’il est complètement impossible de faire dériver l’homme du Singe, et nous montre que celui-ci ne peut être civilisé, quoiqu’on ait pu le dresser à exécuter toute sorte de travaux domestiques à l’aide des mains. »

Dans la famille des Singes, l’espèce qui ressemble le plus à l’homme, c’est celle de l’Orang-outang. Tout récemment et par deux fois, à une année de date, grâce à M. Geoffroy Saint-Hilaire, tous les Parisiens ont pu voir des Orangs au Jardin d’acclimatation, et étudier leurs moeurs en captivité.

C’est par erreur qu’on a signalé l’existence des Orangs sur le continent Indien et même à Java. Il n’en existe ni dans cette île, ni en Cochinchine, où Cuvier en indique. On ne trouve ces Singes qu’à Sumatra et à Bornéo exclusivement. Les Malais des côtes leur ont donné le nom d’Orang-Outang, ou Houtan, qui signifie homme des bois ; à Bornéo, les Daiaks Béjadjou les nomment Kahico et ceux de la rivière Doussou, Kéou. Sur la côte occidentale de Sumatra, les Malais donnent à l’Orang-Outang le nom de Marré, et ceux d’Indrapourra et de Bencoulen le nomment Orang-Panda ou Pandekh, qui veut dire homme noir.

Pendant longtemps, on ne fut pas éloigné d’admettre deux, trois et même jusqu’à quatre espèces d’Orangs-Outangs dont chacun aurait habité une île particulière. Aujourd’hui, grâce aux recherches patientes des voyageurs et des savants, on a pu constater que les divers Orangs de l’Asie qu’on avait pris pour des espèces distinctes, n’étaient que des individus d’une seule et même espèce, mais d’un âge différent. L’Orang-Outang mâle, dit Brehm, atteint quatre pieds de hauteur ; la femelle est plus petite d’environ un demi-pied. Le corps est très large dans la région des reins et se distingue par un ventre saillant ; le cou est court et forme des plis sur le devant, parce que cet animal possède un gros larynx, à parois flasques, qu’il peut gonfler ; ses membres sont terminés par de larges mains et de longs doigts. Les ongles sont toujours aplatis, ils manquent presque constamment aux pouces des mains de derrière. La face est tout à fait caractéristique : les canines font saillie au milieu de ses puissantes dents ; la mâchoire inférieure est plus longue que la mâchoire supérieure. Les lèvres sont ridées et fortement gonflées ; le nez est tout à fait aplati, et la cloison nasale se prolonge au-delà des ailes du nez ; les yeux et les oreilles sont petits, mais de la même forme que ceux de l’homme ; ses poils, rares sur le dos et sur la poitrine, sont longs et plus fourrés sur les parties latérales du corps ; ceux de la figure forme barbe. Sur les lèvres et sur le menton, sur le crâne et sur les avant-bras, les poils sont dirigés de bas en haut, partout ailleurs de haut en bas. La face et la paume de la main sont nues ; les joues et la partie supérieure des doigts le sont presque. La couleur du pelage est ordinairement d’un rouge de rouille, passant quelquefois au rouge brun, les poils de la barbe sont d’une nuance plus claire que ceux du dos et de la poitrine. Les parties nues paraissent bleuâtre ou gris d’ardoise. Les vieux mâles se distinguent des femelles non seulement par leur taille, mais encore par leur poil plus long et plus touffu, par leur barbe et par des callosités particulières qui couvrent les joues, les yeux jusqu’aux oreilles et jusqu’à la mâchoire supérieure ; les callosités ont la forme des croissants et enlaidissent singulièrement leur visage. Les jeunes Orangs n’ont pas de barbe ; mais les diverses parties de leurs corps sont couvertes d’un poil plus épais et plus foncé.

Nulle part ces singuliers animaux ne sont communs, et on ne les trouve que dans les lieux où s’étendent d’immenses terres basses, humides et couvertes de vastes et sombres forêts souvent submergées et peu accessibles à l’homme. Leur apparition dans les lieux montagneux n’est qu’accidentelle. A Sumatra, où les vastes forêts marécageuses n’existent que sur les côtes orientale et septentrionale, l’Orang se trouve relégué dans les royaumes de Siak et d’Atgen. Des individus isolés semblent pénétrer par les grandes vallées de l’intérieur vers la côte occidentale ; mais ces cas sont extraordinairement rares. Les Orangs sont bien plus répandus à Bornéo, où on les observe dans toutes les parties basses et boisées qui sont peu habitées par les indigènes. Ils habitent les grandes forêts solitaires et marécageuses du sud et de l’ouest, ils recherchent les vallées du Kahayan, du Sampit, du Mandawej, du Kotaringin, et les bords des autres fleuves de l’île ; mais partout où ils habitent il n’a guère été possible de les observer malgré toutes les tentatives qui ont été faites, de sorte que l’on ne sait encore que peu de chose sur leur façon de vivre chez eux à l’état libre.

Cependant quelques voyageurs, d’après leurs observations personnelles, ont rapporté des détails assez intéressants qu’ils ont pu donner d’une façon plus complète grâce aux dires des indigènes ; jamais on ne trouve les Orangs en bande nombreuse. Les vieux mâles vivent seuls, et même ceux qu’un âge très avancé a rendus faibles traînent sur le sol une vie misérable. Les troupes que l’on rencontre ne sont composées que de femelles et de singes fort jeunes.

L’Orang-outang vit sur les arbres, où il trouve tout ce qu’il lui faut pour manger : des fruits, des bourgeons, des fleurs, des feuilles, des graines, des écorces, des insectes, des oeufs et des oiseaux. La nuit, il choisit comme lieu de repos les cimes les plus touffues afin d’être protégé par le feuillage le plus épais contre la pluie et le froid qu’il redoute. Il se construit à sept ou huit mètres du sol une sorte de nid qui ressemble à l’aire des grands oiseaux de proie et se compose de branches épaisses cassées en morceaux ou simplement courbées, de petits rameaux garnis de feuilles desséchées et d’herbes. Rarement il descend de ce repaire pour attaquer l’homme qui le poursuit. On cite pourtant des exemples de naturels terrassés, tués même par ces animaux qui sont d’une force prodigieuse.

Les Orangs, vers le déclin du jour, se retirent dans leur nid et dorment, dit-on, couchés sur le dos ou sur le côté. L’un de leur bras est étendu sous leur tête qui repose dans leur main. L’Orang-outang est un animal très doux et très paisible. Il n’est pas timide et ne fuit pas devant l’homme, qu’il regarde au contraire avec beaucoup de calme.

Comme la nourriture des Orangs consiste essentiellement en fruits, il s’ensuit que les lieux que ces animaux choisissent pour demeure sont ceux où ils trouvent une subsistance plus abondante et plus facile. Il en résulte aussi pour eux des habitudes plus ou moins nomades suivant les saisons. C’est ainsi qu’ils se montrent dans les parties méridionales de l’intérieur de Bornéo, et qu’ils font leur apparition sur la rive droite du Doussou pendant les mois d’avril et de mai, époque de la maturité du Ficus infectoria dont eux et quelques autres Singes sont très friands. Passé cette époque, on ne les voit plus dans ces localités.

D’après le récit d’un voyageur qui séjourna longtemps dans le pays où l’on rencontre le plus d’Orangs-outangs, un naturaliste raconte que les Malais les chassent habituellement avec des flèches empoisonnées. Ils les poursuivent ainsi jusqu’à ce que ces animaux saisis de convulsions par la force du poison se laissent tomber à terre, alors on les achève avec de longues piques. Plusieurs peuplades de Bornéo sont très friandes de leur chair et leur font pour s’en procurer une chasse assidue. Lorsqu’un Orang a été abattu au moyen de flèches empoisonnées, les gens de Bornéo enlèvent immédiatement une partie des chairs placées autour des blessures : puis, ils découpent l’animal, le partagent en morceaux et mettent soigneusement de côté la graisse qu’ils emploient pour préparer leurs aliments. Ils font rôtir la chair sur des brasiers, ou la coupent par tranches qu’ils font sécher au soleil et qu’ils désignent alors sous le nom de ding-ding. La peau leur sert à faire des jaquettes ou des bonnets de forme grotesque dont ils s’affublent les jours de fêtes ou pour se donner à l’occasion un air redoutable. Lorsque l’Orang craint quelque danger, lorsqu’il est vivement poursuivi, il monte incontinent sur la cime de l’arbre sur lequel il se trouvait, ou lorsque cet arbre n’est pas assez élevé, il passe sur un autre qui puisse mieux le mettre à l’abri des armes. Il ne se livre pas à cette ascension nécessaire avec la rapidité impétueuse déployée en pareille occasion par d’autres espèces de Singes ; mais avec réflexion et avec une prudence calculée, car il grimpe lourdement, malgré le secours de ses longs bras, à peu près comme l’ours, saisissant une branche à l’aide des mains de devant et faisant suivre difficilement son corps. Lorsqu’il est atteint par les chasseurs, par une flèche empoisonnée ou par une balle, il casse les branches et les rameaux qu’il peut saisir et les lance sur ses adversaires, pour les effrayer et faire cesser la poursuite. C’est probablement de ce fait que vient le récit profondément erroné, rapporté par des voyageurs qui le tenaient des indigènes, que lorsqu’on l’attaque l’Orang casse une grosse branche dont il se sert comme d’une massue pour assommer les assaillants. Quand cet animal est blessé il fait entendre sa voix mugissante qui ressemble à celle de la panthère. Lorsque les chasseurs le serrent de trop près, il sait très bien se défendre, et les assaillants doivent prendre mille précautions pour se garder de ses attaques, car ses bras sont extraordinairement vigoureux et ses dents redoutables. Il casse facilement le bras d’un homme et fait d’affreuses morsures. Cependant même dans ses plus violentes colères, ses mouvements sont tellement lents qu’il est facile de l’atteindre. Toutefois il est tout à fait impossible de s’emparer d’un vieil Orang-outang vivant. Jeune, on le capture plus facilement. On raconte, dit Brehm, que pour s’en emparer, les chasseurs abattent les arbres qui entourent celui sur lequel il a cherché un refuge, et lui enlèvent ainsi tout moyen de retraite. Inutile de dire que c’est là une nouvelle fable ajoutée à tant d’autres. Schouter nous apprend qu’on capture les jeunes Singes avec des lacets.

Le nombre des études faites sur des Orangs en captivité est très considérable, toutes dépeignent ces animaux comme de bonnes créatures, un peu lentes et lourdes. C’est à un Hollandais nommé Bosmaern qu’on doit les premières observations sur l’Orang en captivité. Depuis, John Jeffries, le docteur Abel, naturaliste de l’ambassade de lord Amherst, le capitaine Schmith, Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire père et fils, ont pu étudier ces animaux et nous ont communiqué le résultat de leurs études.

L’Orang-outang, que Cuvier étudia à Paris, était âgé de dix à onze mois à son arrivée en France, où il vécut encore près d’un mois. Nous citerons du récit de l’illustre naturaliste le passage le plus propre à compléter notre notice : « Lorsqu’il voulait (1) se transporter sur terre d’un lieu à un autre, il appuyait ses deux mains fermées sur le sol, se soulevait sur ses longs bras et portait son train de derrière en avant, en faisant passer ses pieds entre ses bras et en le portant au-delà des mains... Ce n’était qu’en étant soutenu par la main qu’il marchait sur ses pieds, encore, dans ce cas, s’aidait-il de son autre bras... Quand il se couchait, il aimait à être couvert, et pour cet effet, il prenait toutes les étoffes, tous les linges qui se trouvaient près de lui. Cet animal employait ses mains comme nous employons généralement les nôtres, et l’on voyait qu’il ne lui manquait que de l’expérience pour en faire l’usage que nous en faisons dans un très grand nombre de cas particuliers. Il portait le plus souvent ses aliments à sa bouche avec ses doigts ; mais quelquefois aussi il les saisissait avec ses longues lèvres, et c’était en humant qu’il buvait, comme le font tous les animaux dont les lèvres peuvent s’allonger. Il se servait de son odorat pour juger de la nature des aliments qu’on lui présentait et qu’il ne connaissait pas, et il paraissait consulter ce sens avec beaucoup de soin. Il mangeait presque indistinctement des fruits, des légumes, des oeufs, du lait, de la viande ; il aimait beaucoup le pain, le café et les oranges ; et une fois il vida, sans en être incommodé, un encrier qui tomba sous sa main. Il ne mettait aucun ordre dans ses repas et pouvait manger à toute heure, comme les enfants. On a eu la curiosité de voir quelle impression ferait sur lui notre musique et, comme on aurait dû s’y attendre, elle n’en a fait aucune. Pour se défendre notre Orang mordait et frappait de la main ; mais ce n’était qu’envers les enfants qu’il montrait quelque méchanceté, et c’était toujours par impatience plutôt que par colère. En général, il était doux et affectueux et il éprouvait un besoin naturel de vivre en société. Il aimait à être caressé et donnait de véritables baisers. Son cri était guttural et aigu ; il ne le faisait entendre que lorsqu’il désirait vivement quelque chose. Alors tous ses signes étaient expressifs ; il secouait sa tête en avant pour montrer la désapprobation, boudait lorsqu’on ne lui obéissait pas, et, quand il était en colère, il criait très fort et en se roulant par terre. Alors son cou se gonfle singulièrement... Souvent il se trouva fatigué des nombreuses visites qu’il recevait ; alors il se cachait entièrement dans sa couverture et n’en sortait que lorsque les curieux s’étaient retirés ; jamais il n’agissait ainsi quand il n’était entouré que des personnes qu’il connaissait... Presque tous les animaux ont besoin de se garantir du froid, et il est bien vraisemblable que les Orangs-outangs sont dans ce cas, surtout dans la saison des pluies. J’ignore quels sont les moyens que ces animaux emploient dans leur état de nature pour se préserver de l’intempérie des saisons. Notre animal avait été habitué à s’envelopper dans ses couvertures, et il en avait presque un besoin continuel. Dans le vaisseau qui l’avait porté, il prenait, pour se coucher, tout ce qui lui paraissait convenable ; aussi, lorsqu’un matelot avait perdu quelques hardes, il était presque toujours sûr de le retrouver dans le lit de l’Orang-outang. »

Tels sont les détails curieux relatés par Cuvier et que le savant et habile directeur du Jardin d’acclimatation, M. Geoffroy Saint-Hilaire, a pu constater récemment de nouveau.

Les légendes, récits erronés, fables, inventions merveilleuses, relatifs à l’Orang-outang sont aussi curieux et intéressants que nombreux, car cet animal est connu depuis la plus haute antiquité. Nous en citerons quelques-uns : Pline raconte déjà qu’on trouve sur les montagnes de l’Inde, des satyres, « animaux très méchants, à face humaine, marchant tantôt debout, tantôt sur les quatre pattes, et que la grande rapidité de leur course empêche d’être pris autrement que quand ils sont malades ou très vieux ».

Naturellement ce récit a été amplifié et embelli par tous les écrivains qui se sont succédé, de telle sorte que un peu plus on aurait vu des hommes sauvages dans ces Singes, tant les exagérations accumulées avaient faussé la vérité du récit de Pline.

Tulpius, dans son livre, Observationes medicæ, dit que l’animal Satyrus indicus qu’il a vu, et que les Indiens nomment Orang-outang ou homme sauvage, et les Africains Quoias morrou, était aussi grand qu’un enfant de trois ans, aussi fort qu’un enfant de six ans et que son dos était couvert de poils noirs.

Bontius, dans son livre De medicina Indorum dit qu’il a vu plusieurs fois des Orangs mâles et femelles marchant debout et se démenant comme des hommes. Une femelle, dit-il, se distinguait d’une manière particulière : Elle était honteuse devant les hommes qu’elle ne connaissait pas et se cachait alors la face ; elle soupirait, pleurait et imitait toutes les actions de l’homme, au point que la parole seule lui manquait pour être une créature humaine. Les Javanais prétendaient que ces Singes pourraient bien parler ; mais qu’ils ne le veulent pas pour ne pas être forcés de travailler. Ils admettent comme chose certaine que les Orangs sont un produit du mélange de Singes ordinaires et de femmes indiennes.

Il est dit dans le Pauca Tantra que les Singes possèdent la faculté de guérir les blessures des chevaux qui ont été échaudés ou brûlés, comme le soleil du matin a le pouvoir de dissiper les ténèbres. D’après une autre version de ce conte, contenue dans le Justi-Namé, la morsure d’un Singe ne peut être guérie que par le sang même du Singe qui l’a faite.

Les proverbes helléniques et latins regardent généralement le Singe comme un animal très rusé, de sorte qu’Hercule et le Singe représentent l’alliance de la force et de la ruse. D’après Cordan, un Singe vu en rêve est un présage de tromperie. Selon Lucien, quand on rencontre un Singe dès le matin, c’est un signe que la journée sera funeste. Les Spartiates considérèrent comme un augure des plus funestes que le Singe du roi des Molosses eut renversé leur urne tandis qu’ils étaient allés consulter l’oracle. Au témoignage de Suétone, quand Néron crut voir son cheval s’enfuir en ayant les parties postérieures de la forme de celles d’un Singe, il considéra ce fait comme un pronostic de mort. Le Singe était donc regardé en Grèce et à Rome comme un animal rusé et démoniaque.

Le Singe est dépeint parfois dans les anciennes fables de l’Europe méridionale comme un animal d’une intelligence très bornée. En Italie, il existe un proverbe qui dit que chaque Singe trouve beaux ses petits. Cette idée se rapporte à l’apologue du Singe qui pense que ses petits sont les plus jolis animaux du monde, parce que Jupiter ne put s’empêcher de rire en les voyant gambader.

Les Romains entretenaient des Singes et étudiaient d’après eux la structure interne de l’homme. Les Singes les amusaient par leur penchant à tout imiter, quelquefois même ils les forçaient à se battre contre des bêtes féroces ; mais ils ne virent jamais en eux que des animaux. Les Arabes, au contraire, regardent les Singes comme des réprouvés, punis par Allah, transformés d’hommes abominables en bêtes, offrant dans un singulier mélange, l’image du diable et l’image du fils d’Adam.

On pourrait multiplier ces curieuses citations à l’infini, nous avons recueilli les plus intéressantes et nous les avons présentées en regard de la vérité pour les faire mieux apprécier et ressortir davantage. La science qui chaque jour fait un pas en avant éclairera bientôt peut-être l’histoire naturelle de l’Orang, nous avons résumé dans cette notice tous les faits observés jusqu’à ce jour en nous préoccupant de les débarrasser de toutes les fables et de tous les mensonges qui ont cours encore aujourd’hui. En effet d’innombrables erreurs subsistent toujours malgré les dires des savants naturalistes qui, surtout lorsqu’il s’agit de l’Orang dont on s’est efforcé de démontrer la grande ressemblance avec l’homme, n’ont voulu rien affirmer que ce qu’ils avaient vu..... 

MAURICE DEHERS.
NOTE :
(1) E. Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier, Histoire naturelle des Mammifères.

Le tigre


Nous poursuivons ici la publication de textes tirés de l'ouvrage "Les Animaux chez eux" illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882. Ce texte est présenté ici dans son intégralité malgré quelques tournures de phrases et usages de mots pouvant paraître désuets aujourd'hui.
 

Il n’y a peut-être pas dans la création de plus bel animal que le Tigre.

Le Tigre est un grand calomnié.

Autant sa renommée est terrible et sa légende odieuse, autant sa force est extraordinaire et sa beauté admirable. Sa souplesse, son agilité tiennent du prodige.

Rien n’égale la puissance et la grâce, le charme terrifiant et superbe de ce grand chat de neuf pieds !

Un classement puéril a fait du Tigre comme un vice-roi des animaux, ayant pour sultan le Lion.

Le Tigre ne relève que du Tigre et ne partage avec personne sa couronne ensanglantée.

C’est tout simplement le monarque de l’Asie, comme le Lion est le roi de l’Afrique. L’un règne en souverain sur les rives du Gange ; l’autre a pour trône l’Atlas !

Tous les deux sont des souverains terribles en même temps que de misérables bohémiens, sans cesse aiguillonnés par la faim, tourmentés par le jeûne, exposés à la mort, toujours à la recherche d’un dîner chimérique dans les jungles ou le désert.

Potentats errants et affamés, ils logent éternellement à la belle étoile ; ils y couchent, ils y soupent ou n’y soupent pas et se campent contre un arbre ou un rocher, drapés dans leur maigreur majestueuse comme un mendiant espagnol dans son orgueilleuse pauvreté.

Indomptable et indompté, intraitable et cruel, hypocrite, ingrat, sans cesse altéré de sang, repu et jamais assouvi, implacable autant qu’irrésistible, égorgeant pour égorger, immolant pour son plaisir la victime qu’il ne saurait dévorer et se vautrant avec délices dans le sang qu’il ne peut plus boire, tel est le Tigre de la légende.

Celui-ci, on ne le trouve ni aux Indes, ni en Chine, ni dans aucun pays. Il n’existe que dans le domaine de l’ignorance et de la fantaisie.

L’imagination entoura le Tigre d’une auréole de carnage et il a passé, dans l’histoire naturelle, le muffle souillé de taches de sang que toutes les eaux du Gange ne sauraient laver.

Le Tigre n’a point la douceur de l’agneau : la nature lui infligea d’autres goûts et lui imposa surtout un appétit plus grave...

Le grand carnassier de l’Inde est assurément moins féroce que la Taupe ou la Belette, et nous écrasons, sous chacun de nos pas, des insectes plus cruels que le Tigre !

Le Tigre s’apprivoise peut-être mieux que le Lion, et se familiarise bientôt avec le gardien qui le traite avec douceur.

Non seulement il apprend à connaître et à respecter la main qui le nourrit ; mais, friand de caresses autant qu’un chat domestique, il ronronne en voûtant son dos gigantesque sous le doigt souverain de l’homme.

Quand le Tigre n’est pas absolument affamé et qu’on ne l’effraye point, il reste calme, prend des airs dédaigneux ou distraits.

En léchant avec une grâce adorable ses larges pattes de velours, il semble dire à l’homme : « Merci, je viens d’en prendre ; tu n’as qu’à repasser demain. »

Vous voyez bien qu’il n’est pas si sanguinaire ! Et, d’ailleurs pourriez-vous bien me dire quel est le plus cruel du Tigre, qui boit carrément du sang, ou de la Vipère, qui se délecte dans le lait ?

Le tigre est répandu sur la plus grande surface de l’Asie. C’est un montagnard qui s’en va volontiers dîner dans la plaine. La chaleur lui plaît, mais son manteau royal brave les frimas.

Le Bengale et la Mongolie, le royaume de Siam, le Tonkin, la Chine, la Birmanie, voilà les domaines du Tigre.

Il se promène dans le Thibet et il a un pied à terre dans l’île de Sumatra.

Tout le monde connaît le Tigre. Ce noble étranger est aussi populaire que le Lion. Sa beauté est sans rivale. Rien d’éclatant, d’original, de délicat, de mathématique et de fini comme la peau du Tigre.

Ce n’est pas un manteau, c’est un dessin ; ce n’est pas un pelage, c’est un éblouissement, un vertige, une harmonie : de fines et élégantes bandes noires, colliers et bracelets qui se détachent sur un fond d’or, se suivent, s’écartent, se soudent, s’élargissent, se recourbent, s’amincissent, se fuient, se retrouvent, se confondent ; et tout cela s’harmonise, se complète et se tient. C’est une figure, c’est un tableau. Un géomètre a tracé ces lignes ; un peintre a dessiné ces bandes ; n’y touchez point, vous effaceriez ces couleurs.

Au repos, il semble peut-être lourd sur ses pattes trapues ; masse indolente et superbe, majesté pesante et terrible, il a l’air de sommeiller ; mais que le péril l’excite ou que la faim l’aiguillonne, il se lève, bondit, frappe, attaque et tue presque à la fois. – C’est un trait qui passe, un cri qui part, la foudre qui éclate.

Sous sa griffe, un râteau, sous sa patte, une massue, sa victime, daim, loup, sanglier, homme ou cheval, tombe la nuque brisée, le ventre ouvert...

Vingt dogues ne sauraient le faire reculer. Celui que sa patte atteint n’est plus qu’un invalide ou un mort. Acculé contre un arbre ou un rocher, la gueule sanglante et le poil hérissé, la face ridée, l’oeil en feu, il agite sa patte formidable comme s’il jonglait ! Ce qu’il touche tombe, et ce qui tombe ne se relève plus. Il n’y a pas d’animal à qui la nature ait plus largement dispensé les qualités physiques, la grâce, la vigueur, l’agilité. D’un bond, il saute dans un enclos, par-dessus de hautes palissades, et d’un bond il en sort, chargé d’un buffle qu’il emporte comme un chat ferait d’une souris. Il dort toute la journée, se couchant là où l’aurore l’a surpris, se réveillant le soir, dans les hautes herbes impénétrables où il a passé le jour. Ce qu’il aime, c’est la nuit, où ses grands yeux errants étincellent d’un feu sauvage, où sa belle robe mouchetée s’allonge, se replie, s’étale, rampe, ondule comme un tapis vivant.

Antithèse curieuse, le Bengale a donné son nom à la plus délicate des fleurs, comme au plus terrible des carnassiers.

Si l’on excepte l’Éléphant, cette forteresse, aucun animal ne peut résister au Tigre. Il a pourtant un adversaire terrible et souvent heureux dans le Buffle sauvage, son ennemi mortel.

A la vue du Tigre, il s’avance avec une majesté sauvage, défiant son adversaire en faisant voler la poussière sous son sabot furieux.

Au mugissement de l’un, répond le mugissement de l’autre, et tandis que le Tigre s’aplatit comme un Chat prêt à bondir, le Buffle se précipite sur son adversaire, opposant aux griffes du fauve ses cornes, deux épieux, et son front, un maillet. Un nuage de poussière voile les combattants ; c’est à peine si l’on aperçoit deux masses qui roulent, des chairs qui pendent, du sang qui coule. Enfin la poussière tombe et le silence règne dans les jungles. Quel est le vainqueur du Tigre ou du Buffle ? Tous les deux sont morts.

Le plus souvent, le Tigre, dans un bond vertigineux, saute au cou du Buffle aveuglé par la rage, l’étrangle, l’égorge et en quelques coups de crocs formidables met ses tripes au vent. Quelquefois, aussi, le Buffle, dans un élan furieux, prévient son adversaire, le jette en l’air de ses cornes terribles, et le foule à ses pieds, palpitant, les os fracassés, s’en va, puis revient, implacable, acharné, pour broyer un cadavre.

Quand le Tigre aperçoit l’homme pour la première fois sur la limite des forêts, il paraît qu’il ne l’attaque jamais. Il le considère avec un mélange de surprise et de dédain : « Quel est donc ce pygmée ? »

Ce pygmée est le maître du Monde et le dompteur de la Création.

Les Annamites ont eu l’ingénieuse idée de se débarrasser de Monseigneur le Tigre, comme ils l’appellent respectueusement, en lui donnant un concert : ce n’est meurtrier que pour les oreilles.

Armés de tams-tams, de gongs, de tambours, de trompes et de crécelles, les assaillants, je n’ose dire les musiciens, forment un vaste cercle autour du bois où les Tigres font la sieste.

Surpris dans leur sommeil, étourdis par un tintamarre extravagant qui éclate comme une bombe au sein des forêts, les Tigres sont pris d’une terreur folle, restent sur place, hésitants, tremblants, l’oreille basse, comme paralysés, ne songeant ni à fuir ni à se défendre. On peut alors s’approcher d’eux et les tuer impunément à coups de fusil, à coups de lance.

Si, par extraordinaire, l’un d’eux parvient à vaincre sa surprise et à s’échapper, il s’enfuit dans les montagnes de toute la vitesse de ses jambes, comme s’il avait un orchestre dans la tête. Il n’ira plus au concert.

Les Annamites font au Tigre une autre chasse qui n’est pas moins pittoresque : ils sèment autour de son repaire de larges feuilles de figuier, arrosées d’un liquide gluant. Le Tigre sort de son gîte royal et s’avance fièrement sur ce tapis trompeur. Une feuille s’attache à sa patte, puis une autre, puis cinq, puis dix. Il s’étonne, il s’irrite, ne comprend rien à cette détestable plaisanterie. De sa gueule, déjà frémissante de colère, il essaye de débarrasser ses pattes de ces guêtres étranges et maudites. Mais bientôt son muffle, son cou, son poitrail se couvrent de feuilles inséparables. Furieux, il se roule dans l’herbe, rugissant, mordant le sol, bondissant, retombant, partagé entre la stupéfaction et la rage ; et plus il veut se débarrasser de ce feuillage qui s’attache à ses flancs, se colle sur son dos, s’entasse sur sa tête, plus il s’empêtre dans cette robe de Nessus qui ne le brûle pas, mais l’entrave, le suffoque, l’étouffe.

Ce n’est plus un Tigre, mais une masse informe, étrange, roulante et bondissante de feuilles qui semblent animées. – On dirait un soldat de Brunehaut.

Enfin, palpitant, exténué, à bout de force et de souffle, il tombe pour ne plus se relever. Ce n’est plus un adversaire, c’est un bloc. Les chasseurs arrivent et assassinent le grand assassin de troupeaux.

Fatigué de servir d’entre-côte au roi des jungles, l’homme fait au Tigre une guerre acharnée. Aussi, le plus beau des fauves devient plus rare de jour en jour et l’on peut prévoir l’époque où son trône, barbouillé de sang, sera mis aux enchères.

Il existe bien des espèces de tigres, toutes imposantes et gracieuses, drapées d’un manteau magnifique, ornement et terreur des contrées où éclatent leurs rugissements. D’un bond que ne saurait faire le Tigre royal, passons de l’Asie en Amérique et arrêtons-nous devant le Jaguar, ce tyran des prairies qui commande aux plaines du Nouveau-Monde comme le Lion en Afrique et le Tigre sur les bords du Gange.

C’est un franc bohémien des steppes, galvaudant sa couronne ensanglantée de forêt en forêt, de montagne en montagne, dans le carnage des belles nuits étoilées, sans gîte ni tanière, sans famille, sans foyer, s’en allant toujours seul, fuyant la société, à la recherche éternelle d’une proie.

C’est un vrai Tigre, le Tigre américain.

Et Humboldt a vu des Jaguars traverser à la nage des fleuves d’une lieue, traînant à leur gueule un Cerf ou un Cheval. Il égorge tout ce qu’il rencontre et l’on assure qu’il attaque le puissant alligator lui-même, qu’il va défier au sein des rivières. C’est toujours un duel à mort : ou le Jaguar étrangle le Caïman ou le Caïman l’entraîne et le noye au fond des eaux. Le prince de Wied a rencontré des Jaguars aussi grands que le Tigre royal. Reugger et d’Azara comparent sa force prodigieuse à celle du Lion.

Son cri est terrible, et tout tremble dans les forêts quand son formidable hou-hou fait retentir les échos à deux lieues à la ronde. C’est bien là la voix d’un maître !

Le Tigre américain a un goût particulier pour le nègre, dont les fortes exhalaisons l’attirent de très loin. Pour lui, le blanc n’est qu’une viande de seconde catégorie. Mais, faute d’un mulâtre ou d’un Indien, le Jaguar se contente d’un Espagnol.

Quand un nègre et un blanc voyagent ensemble, le nègre est toujours le préféré, et, comme une seule victime suffit au Tigre américain, le blanc continue paisiblement sa route en remerciant le Seigneur de l’avoir fait descendre non de Cham, mais de Japhet.

On chasse le Jaguar à la lance, à la fourche, au couteau, à la massue, à la flèche, au lacet. Ces deux dernières chasses sont les plus sûres et les plus curieuses. Dans le premier cas, le puissant animal est empoisonné ; dans le second, il est étranglé.

L’Indien se fabrique une barbacane avec un bambou et de toutes petites flèches avec des épines qu’il trempe dans le terrible poison appelé curare.

Poursuivi par une meute de dogues, le Tigre d’Amérique grimpe sur un arbre d’où il nargue ses adversaires hurlants. C’est alors que le chasseur lui envoie ses flèches empoisonnées, qui pénètrent plus profondément que la balle de la meilleure carabine. C’en est fait : le Jaguar se raidit, tremble et tombe, ébauche un rugissement, expire dans une convulsion horrible. Une épine a vaincu le roi des pampas.

Dans le Paraguay, quand le Jaguar a grimpé sur un arbre, on lui lance, avec une adresse merveilleuse, un lacet autour du cou. Il a été vu ; il est pris. Un chasseur attache aussitôt un bout de la corde à l’anneau de sa selle et lance son cheval au galop, traînant en rase campagne le fauve rugissant de colère et de douleur.

Si le Tigre, disloqué, meurtri, sanglant, oppose une dernière résistance, un autre chasseur lui passe un second lacet aux jambes de derrière, et les cavaliers, galopant à toute bride en sens opposé, n’ont bientôt plus qu’un cadavre entre eux. Une corde a suffi pour étrangler le tyran des forêts.

Il n’est pas rare de voir de petits Jaguars apprivoisés dans un village américain. Après avoir empoisonné ou étranglé ses parents, l’Indien l’emporte dans sa cabane, lui passe une corde au cou et l’attache devant la porte, à la branche d’un palmier.

Le petit Jaguar s’apprivoise, il oublie tout ; on lui donne de la viande cuite, du lait et des boules pour jouer ; il s’amuse avec les chiens, ces ennemis mortels de sa race, et fraternise avec les chats, ces pygmées !

Il est captif, il est vaincu. Mais, un jour, il regarde d’un air étrange ses compagnons de jeux et, d’une patte dédaigneuse, il repousse les boules comme s’il venait de comprendre qu’un jouet ne vaut pas la liberté.

Il s’étend comme une couleuvre à l’ombre du palmier et semble prêter l’oreille au bruit des forêts lointaines son oeil brille, sa queue frissonne, son flanc bat : n’entend-il pas le terrible hou-hou du grand carnassier des pampas, du formidable Tigre américain ?

D’un coup d’épaule, il brise sa chaîne ; d’un bond, il gagne la forêt. Il est libre, et, comme s’il voulait venger les siens, là où sa mère fut tuée, il tue !

La jungle l’emporte sur la niche, la liberté sur la chaîne : le prisonnier, l’orphelin, l’enfant se fait homme, se fait Tigre. Tout tombe sous sa griffe ou meurt sous sa dent. C’est une vaste hécatombe de fauves, de reptiles et d’oiseaux.

Le petit joueur de boules n’appartient plus qu’aux forêts. Né dans l’esclavage, on peut se faire à la chaîne et oublier la liberté. Mais si, secouant le joug, on retourne une bonne fois à la liberté, on finit par l’aimer tant qu’on ne peut plus s’en séparer.

D’un bond nouveau retombons du Paraguay au Bengale et revenons au Tigre d’Asie.

Je vous le présente non plus en manteau royal, mais en robe de chambre.

Les amours du Tigre ne durent que deux ou trois semaines. Mais quelles amours !

Ce sont des combats épouvantables et de monstrueuses caresses mêlées de cris terrifiants comme en peuvent faire entendre des Chats de neuf pieds !

Le Tigre est un papa gâteau plein de bonhomie et de tendresse pour ses gracieux bébés.

Pour jouer avec sa joyeuse famille, il néglige les troupeaux du voisinage et oublie l’humanité.

C’est plaisir de voir ce grand buveur de sang ronronner comme un chat en léchant ses petits, faire le gros dos, étaler ses crocs indulgents dans un bâillement bourgeois, se rouler dans l’herbe avec ses enfants, leur donner de petites tapes sur la joue avec sa large main gantée de velours, enlacer sa petite famille avec sa longue queue chargée de bracelets, comme on passe le bras autour du cou d’un ami.

Et, si quelque fauve des steppes vient à passer, s’arrête surpris, au lieu de bondir et de le dévorer, le papa Tigre, le regardant d’un oeil calme, semble lui dire : « Pardon, ne seriez-vous pas aussi père de famille ? »

Mais c’est surtout la mère qui est chargée de l’éducation des enfants. C’est elle qui leur apprend la chasse, la pêche et la guerre.

Tapie sur les bords d’un marais, elle prend le reptile au passage et l’oiseau au vol.

- Voilà, mes enfants, comment on chasse.

Blottie, comme une grande chatte, le long des torrents et des rivières, elle étend doucement la patte et fait sauter sur la rive le poisson qui sera le plat du jour.

- Voilà comment on pêche, mes enfants.

Cachée dans les hautes herbes, tandis que ses petits font le guet, elle bondit sur le cheval sauvage et l’égorge. Ne faut-il pas que tout le monde vive ?

- Voilà comment on tue, mes fils.

Mise en face du chasseur, elle a brisé trois lances et broyé une massue ; une balle l’a frappée au coeur ; elle tombe enfin, se traîne, se débat, se meurt ; et son dernier rugissement, mêlé de fureur et d’amour, semble dire aux siens :

- Voilà comment un Tigre doit mourir !

Si, au contraire, un chasseur lui a ravi ses petits et les emporte au galop de son cheval, elle les suit durant trois lieues en bondissant à travers les torrents et les buissons ; puis, elle tombe épuisée de fatigue et de rage, et dans un cri désespéré, rugissement suprême de tristesse et d’amour, elle a l’air de dire :

- Voyez, mes enfants, comme je vous aimais !

Alors, étendue sur l’herbe, qu’elle mord avec frénésie, elle semble morte au monde des forêts.

Qu’un beau Tigre s’avance en faisant miroiter les ors de son manteau royal, elle ne le voit pas ; qu’il fasse entendre un rugissement adouci et provocateur, elle ne l’entend pas.

Ce n’est pas un époux qu’elle cherche, ce sont ses enfants qu’elle demande ; ce sont ses petits qu’elle appelle, qu’elle pleure, et  elle ne veut pas être consolée.

FULBERT DUMONTEIL.

Le buffle


Ce texte est tiré de l'ouvrage "Les Animaux chez eux" illustré par Auguste Lançon (1836-1887) paru chez L. Baschet à Paris en 1882. Nous le publions ici à titre de curiosité littéraire.

Je dois au lecteur un aveu pénible mais loyal : je n’ai jamais vu d’autres Buffles que ceux du Jardin des plantes et du Jardin d’acclimatation. J’ajouterai, pour achever ma confession, que l’étude sur place de ces animaux a suffi largement à mon bonheur et ne m’a pas inspiré la moindre velléité d’aller, un jour, faire avec eux plus ample connaissance en Roumanie, en Égypte, en Perse, aux Indes ou au Cap de Bonne-Espérance. Pure question de goût. Ce n’est point ma faute si je n’ai pas l’humeur vagabonde et si je considère comme une calamité un simple déplacement de Paris à Carcassonne ou à Quimper-Corentin.

Je ne me vante ni ne m’excuse de cette horreur des pérégrinations lointaines ; je me borne à constater, non sans une satisfaction secrète, que j’ai, du moins, cela de commun avec d’illustres naturalistes, voire même de fameux auteurs de récits de voyages, qui n’ont, de la vie, quitté leur cabinet. Il n’a jamais manqué, et, à notre époque surtout, il ne manque pas d’explorateurs infatigables, d’audacieux chercheurs d’inconnu, pour aller recueillir, dans les régions les plus inaccessibles de l’ancien et du nouveau monde, toutes les données, tous les renseignements propres à combler les lacunes de la science. Je m’incline respectueusement devant ces modestes et intrépides approvisionneurs de MM. les savants en chambre ; cependant ma déférence et mon admiration ne vont pas jusqu’à suivre leur exemple. Si la fatalité voulait que j’eusse à opter entre les deux destinées, je préfèrerais, à coup sûr, le rôle sédentaire ; il exige moins d’héroïsme et conduit plus rapidement à l’Institut.

Mais revenons au Buffle.

J’ai lu et noté ce qui a été écrit, que je sache, sur ce ruminant ; je me suis passé la fantaisie, bien inoffensive, de compulser, à son sujet, la Bible, les classiques grecs et latins, Aristote, Pline, etc., les « bestiaires » du moyen âge, les encyclopédies d’Albert le Grand, de Vincent de Beauvais, etc., l’interminable série des voyageurs, des naturalistes et des compilateurs des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, les grands ouvrages de Buffon, Cuvier, Flourens, d’Orbigny, etc., et, enfin, tous les travaux récents de zoologie. Eh bien ! je n’ai guère été, après, plus instruit qu’avant, et l’on ne me reprendra certainement pas à une pareille débauche de bouquins. Que de fables, que d’incertitudes, que de contradictions, que de desiderata, non seulement chez les écrivains de l’antiquité, du moyen âge et de la renaissance – ce qui s’explique de reste – mais aussi – et cela m’a enlevé une chère illusion – chez les plus célèbres naturalistes modernes et contemporains. Il m’a fallu une foi robuste pour ne pas douter de la science et désespérer du progrès.

On n’attend pas de moi, d’ailleurs, un de ces longs et doctes mémoires que peut seul se permettre un membre de l’Académie des sciences ou un professeur au Muséum ; ma tâche, heureusement, est plus modeste : les Animaux chez eux ne sont ni une revue d’érudition ni un traité complet d’histoire naturelle, et, pour ne parler que du Buffle et de ce qui me concerne, les superbes dessins de M. Lançon se passeraient fort bien de toute espèce de texte ; ma vile prose n’a pas d’autre but que de servir de repoussoir aux planches. Le lecteur, si lecteur il y a, est prévenu : il n’aura pas à me reprocher sa déception.

Quelques notions historiques vont me servir d’entrée en matière. Qu’on se tranquillise, je ne remonterai pas tout à fait au déluge.

L’antiquité grecque et romaine ne paraît pas avoir connu le Buffle ; un savant prélat italien, correspondant de Buffon, monsignor Caëtani, a signalé, il est vrai, un fragment de sculpture représentant la tête de cet animal, découvert, au siècle dernier, dans des fouilles archéologiques faites à Rome ; mais on n’en citerait pas, je crois, d’autres spécimens, à supposer encore que celui-ci ne donnât pas lieu à contestation. Quoi qu’il en soit, rien de plus incertain si le bubalus de la Bible, le boubalos ou le bonassos d’Aristote, le bubalus de Pline et de Martial, désigne le Buffle ou l’Aurochs, le Bison ou la Vache de Barbarie, le Zèbre ou l’Antilope, etc. : on n’a que l’embarras du choix. L’identification du bubalus et du bugle des auteurs du moyen âge n’est pas non plus rigoureusement déterminée. L’origine asiatique de ce bovidé prête moins à la controverse : il provient de la zône torride de l’ancien continent, des régions chaudes et marécageuses de l’Inde. Son apparition en Europe date, selon l’opinion admise, de la fin du sixième siècle, époque à laquelle, d’après le chroniqueur Paul Diacre, il fut introduit en Italie ; toutefois, il est probable que son acclimatation sur le littoral du Danube est bien antérieure. Plusieurs siècles auparavant, on le trouve déjà en Perse, en Syrie et en Égypte. Aujourd’hui, il existe à l’état sauvage en Asie (principalement aux Indes) et en Afrique (Cafrerie, le Cap, Congo, pays du centre) ; à l’état domestique, en Asie (Chine, Indes, Afghanistan, Perse, Arménie, Syrie, Palestine, bords de la mer Caspienne et de la mer Noire), en Afrique (Égypte) et en Europe (moyen et bas Danube, Turquie, Grèce et Italie) ; à l’état sauvage et à l’état domestique dans les îles de la Sonde, à Ceylan, Bornéo, Sumatra, Java, Timor, aux Moluques, aux Philippines, aux Mariannes, etc. Constatons enfin qu’au commencement du siècle, Napoléon essaya de le naturaliser dans les Landes, et que le Buffalo d’Amérique, malgré la ressemblance des noms, n’est autre que le Bison.

Le Jardin des plantes possède actuellement deux Buffles du Cap, le mâle et la femelle ; le Jardin d’acclimatation, une famille complète de Buffles d’Europe, le père, la mère et un tout jeune Buffletin. Il est donc facile, même avec les goûts les plus sédentaires, d’acquérir de visu une idée exacte des deux espèces caractéristiques de cet intéressant animal.

Intéressant, je ne retire pas le mot. Le moyen, en effet, de ne point ressentir malgré soi, un peu de pitié pour ces pauvres captifs, à la morne mélancolie, qui vous adressent, comme un reproche, un long regard résigné, et, parfois, lèvent au ciel des yeux suppliants, où on lit le regret des forêts vierges de l’Afrique ou des immenses steppes du littoral danubien ? Ému par ce regard, j’oublie que le Buffle à l’état sauvage n’inspire pas du tout le même intérêt ; si je le plains, prisonnier, libre, je ne serais nullement curieux de le rencontrer sur mon chemin.

De mon excursion à ces

                            frileux jardins
                Qui montrent sans dangers aux pâles citadins
                Les fils des chauds soleils et des gorges sauvages
                Usant leur instinct libre aux barreaux de leurs cages.

je ne me suis pas borné à rapporter une impression, un souvenir : j’ai bel et bien, séance tenante, rédigé d’après nature une description aussi consciencieuse que pittoresque du Buffle du Cap et du Buffle d’Europe. Par malheur, je n’avais pas encore vu les planches destinées à accompagner le texte. Dès que les dessins de M. Lançon m’eurent passé sous les yeux, mon devoir me fut tout tracé : je jetai mes feuillets au panier. Sacrifice douloureux. Mais devant ce terrible crayon, le plus sage pour moi est de confesser humblement l’infériorité de ma littérature ; la lutte me serait trop désavantageuse, mon amour-propre aurait trop à souffrir de la comparaison. Il ne me reste que la ressource d’appeler à mon aide un auxiliaire dont personne ne niera l’autorité. Buffon, immortel Buffon, à la rescousse !

« Le Buffle est d’un naturel plus dur et moins traitable que le boeuf ; il obéit plus difficilement, il est plus violent, il a des fantaisies plus brusques et plus fréquentes : toutes ses habitudes sont grossières et brutes ; il est, après le cochon, le plus sale des animaux domestiques, par la difficulté qu’il met à se laisser nettoyer et panser. Sa figure est grosse et repoussante, son regard stupidement farouche ; il avance ignoblement son cou, et porte mal sa tête, presque toujours penchée vers la terre ; sa voix est un mugissement épouvantable, d’un ton beaucoup plus fort et plus grave que celui d’un taureau ; il a les membres maigres et la queue nue, la mine obscure, la physionomie noire, comme le poil et la peau : il diffère principale du boeuf à l’extérieur par cette couleur de la peau qu’on aperçoit aisément sous le poil, qui n’est que peu fourni. Il a le corps plus gros et plus court que le boeuf, les jambes plus hautes, la tête proportionnellement beaucoup plus petite, les cornes moins rondes, noires et en partie comprimées, un toupet de poil crépu sur le front : il a aussi la peau plus épaisse et plus dure que le Boeuf ; sa chair, noire et dure, est non seulement désagréable au goût, mais répugnante à l’odorat. Le lait de la femelle Buffle n’est pas si loin que celui de la Vache ; elle en fournit cependant en plus grande quantité », etc., etc.

Comment trouvez-vous le morceau ? Entre nous, il n’est pas éminemment remarquable : je dirai même tout bas, qu’il ne suffirait point à illustrer son auteur ; l’exactitude, la précision, la couleur, le brillant de la forme y laissent tant soit peu à désirer. Dût-on m’accuser de fatuité, je regrette mon essai descriptif.

Écoutons une autre sommité de la science.

« Le Buffle a les membres gros et courts, le corps massif, la tête grande, le front bombé, le chanfrein droit et étroit, le mufle très large. Ses cornes, bas placées, sont triangulaires et marquées à intervalles réguliers d’empreintes peu profondes ; elles se dirigent d’abord obliquement en dehors et en arrière, puis se relèvent vers la pointe. Elles sont de couleur noire, et cette couleur est aussi celle des sabots, des ergots, des poils et de la peau. Les poils sont rares sur le corps et assez épais sur le front où ils forment une sorte de touffe ; les genoux sont aussi d’ordinaire assez velus et le bas des jambes même est quelquefois garni de poils longs et frisés. A la partie inférieure du cou et antérieure de la poitrine, la peau forme un fanon de grandeur variable suivant les races et même suivant les individus. Le port du Buffle est lourd et ses allures sont gauches ; en courant, il allonge le cou et tend le museau comme pour flairer ; il semble en effet se guider principalement par le sens de l’odorat. Malgré la lenteur de sa marche, il est précieux comme bête de trait, car sa force est très grande, comparativement même à celle du boeuf. »

Tenez-vous à être renseigné par un autre écrivain non moins compétent ?

« Le Buffle ordinaire a le corps un peu allongé, arrondi, le cou court et épais, lissé, mais sans fanons ; la tête plus courte et plus large que celle du boeuf ; le front grand, le museau court, les jambes de moyenne longueur, fortes, vigoureuses ; la queue assez longue ; le garrot presque élevé en forme de bosse, le dos incliné ; la croupe haute et retombante ; la poitrine assez mince, le ventre gros, les flancs rentrés ; les yeux petits, à expression sauvage et méchante, les oreilles longues et larges, les cornes.... »

Mais il me semble qu’insister là-dessus serait scabreux : je saute, à regret, la dissertation relative aux cornes.

« Les sabots sont bombés, grands, larges. Les poils sont rares, roides, presque soyeux ; ceux des épaules, de la partie antérieure du cou, du front, de la touffe terminale de la queue sont allongés. L’arrière-train, la croupe, la poitrine, le ventre, les cuisses et la plus grande partie des jambes sont presque entièrement nus. L’animal est d’un gris noir foncé ou noir ; les flancs sont roux, le fond de la peau est noir ; les poils tirent tantôt sur le gris bleu, tantôt sur le brun ou le roux, » etc., etc.

Abrégeons. A moins d’épuiser tout le stock scientifique sur la matière, voilà, je pense, assez de citations pour contenter les exigences les plus difficiles. Il est présumable, du reste, que ni vous ni moi ne nous préoccupons outre mesure de savoir si le Buffle a une côte de plus ou de moins que le boeuf, si sa langue est lisse ou rugueuse, s’il a ou non l’haleine fétide, s’il justifie l’observation qu’a fait Aristote à propos des ruminants : Nullum cornutum animal pedere ; s’il plonge à dix ou douze pieds de profondeur pour arracher avec ses cornes des plantes aquatiques qu’il mange en continuant à nager ; si les trayons de la femelle sont transversaux ou parallèles, s’il est vrai que son lait serve à fabriquer le fromage parmesan, et toutes autres questions de ce genre, fort importantes, je suis le premier à le reconnaître, et longuement traitées dans les ouvrages spéciaux, mais par contre, dénuées de charme et manquant d’intérêt aux yeux de pauvres ignorants de notre sorte. En attendant que MM. les naturalistes aient pu résoudre ces graves problèmes, dormons tranquilles, et surtout, selon le recommandable précepte de maître François Rabelais, « beuvons frais ».

Le lecteur me saura gré de ne pas m’arrêter non plus aux divisions, subdivisions et variétés de l’espèce Buffle, depuis le bos bubalus vulgaris et le Buffle de la Cafrerie ou du Cap jusqu’au Buffle Arni, au Buffle Kérabau, au Buffle Bhain, au Buffle brachycère et au Buffle des Célèbes, qui tient le milieu entre le Buffle et l’Antilope. Les zoologues ne sont pas encore parvenus à se mettre parfaitement d’accord à propos de la nomenclature et du classement des divers types connus. Ne soyons pas plus royalistes que les rois de l’Académie des sciences et du Muséum, et bornons-nous à quelques détails inédits sur le Buffle des rives danubiennes. C’est cette variété, comprenant le Buffle commun et le Buffle blanc, que M. Lançon a représentée en majeure partie dans ses admirables dessins. C’est à lui que nous sommes redevable des renseignements qui suivent. Ayant vécu pendant plusieurs mois en Roumanie, en Valachie, etc., il a pu étudier à l’aise ces animaux et les croquer, sous de multiples aspects, avec l’exactitude, la fougue et la vive couleur locale qui lui sont familières.

Dans toute la basse région danubienne, le Buffle vit sur les bords du fleuve, au milieu des pacages et des steppes, moitié domestique, moitié sauvage, presque en liberté, à la façon des taureaux et des chevaux de la Camargue. Sa rusticité s’y approprie à merveille à la nonchalance orientale de ses maîtres. Lent, lourd, capricieux parfois, mais fort, robuste, dur à la peine et d’une sobriété sans pareille, il est utilement employé aux travaux de culture et de transport. La manière de l’atteler est des plus primitives : en guise de joug, on lui introduit la tête entre deux barres de bois parallèles, reliées verticalement l’une à l’autre et rattachées au timon par de longues chevilles qui complètent ainsi le collier, ou, pour mieux dire, le carcan. Impossible de pousser plus loin la simplicité et l’économie. Mais le Buffle n’a pas l’habitude d’être gâté et se trouve très bien, paraît-il, de ce rude harnais.

Il n’est ferré que des pieds de devant. Excellente bête de somme, il charrie les plus lourds fardeaux ; une seule paire enlève facilement une grosse pièce d’artillerie, que huit chevaux ou six boeufs auraient peine à traîner. Aussi un attelage de Buffles est-il considéré comme une richesse et entouré de tous les soins dont sont capables ses indolents et flegmatiques propriétaires.

Son pelage peu fourni et laissant presque la peau à nu lui fait redouter surtout les ardeurs du soleil. L’eau semble être son élément. En toute saison, sauf au coeur de l’hiver, on l’y voit nageant, s’ébattant par bandes ou, plus souvent encore, enfoncé jusqu’au cou dans les flaques marécageuses où il barbote, broute et s’endort tranquillement, la tête seule hors de l’eau. Quand on l’attelle, pendant les chaleurs, on le couvre d’une épaisse couche de boue qu’on tâche de renouveler ou d’arroser dès que l’argile est devenue sèche. Arrivé au relai, il va se jeter dans la vase avant même d’apaiser sa soif à l’auge du puits.

Au pâturage, il vit en bonne intelligence avec les Boeufs, les Anes et les Chevaux. Pour ami, il a l’oiseau des Buffles, le textor erythrorhyncos - traduction littérale : le tisserand à bec rouge – qui, perché sur son dos, le débarrasse de la vermine ; pour ennemi, une espèce de mouche venimeuse, au nom aussi imagé, probablement, qui, les soirs d’été, s’attaque à la plupart des animaux domestiques, les affole par ses piqûres au mufle et cause quelquefois leur mort. Afin de préserver leurs troupeaux, les gens du pays allument de distance en distance, dans le pacage et la steppe, de grands feux de fumier qui durent toute la nuit. Les bêtes sont accoutumées à recourir elles-mêmes au remède : aussitôt qu’un Buffle ou un Cheval se sent piqué, il se dirige à toute vitesse, aiguillonné par la douleur, vers le feu le plus rapproché, expose à cette fumée âcre la partie du naseau où s’est attaché l’insecte et lui fait ainsi lâcher prise, en prévenant par une sorte de cautérisation l’effet du virus. On se figure le tableau. Le charme des claires nuits d’Orient, l’ampleur confuse de l’horizon, les oppositions d’ombres et de lumières, les silhouettes désordonnées des animaux réfugiés autour de la fournaise, la tête dans le feu, râlant, bondissant, en furie, tout donne à cette scène nocturne un caractère saisissant, vraiment fantastique ; on peut en croire sur parole M. Lançon : il s’y connaît.

Un autre spectacle curieux, dans un genre différent, est celui d’une troupe de Buffles quand elle traverse à la nage les bras du Danube, les plus vieux portant, assis sur leur front et les mains appuyées aux cornes, deux ou trois marmots qui trouvent ce véhicule très commode pour passer l’eau sans mouiller leurs guenilles. Quel joli pendant réaliste à la légende d’Arion, sans la lyre, et à la fable du Singe et du Dauphin, sans la mésaventure finale !

Malgré leur air rébarbatif, les Buffles danubiens ne sont guère farouches. De petits bambins à moitié nus, et munis d’une simple gaule, vont les chercher au pâturage ou dans les mares, les arrachent au repos, les rassemblent et les conduisent à la ferme ou au travail, avec autant d’aisance et de sécurité que s’il s’agissait des plus inoffensifs quadrupèdes.

Les indigènes vantent généralement son instinct, sa mémoire, sa finesse d’ouïe et d’odorat. Il dépasse en longévité le Boeuf, le Cheval, et atteint, dit-on, jusqu’à quarante ans. Sa chair a bien un fumet un peu prononcé, mais au demeurant, à ce que m’assure M. Lançon, elle n’est point désagréable ; sèche, on la conserve longtemps : elle se mange crue, découpée en longues lanières qui rappellent vaguement le saucisson d’Arles. On estime sa graisse à l’égal de celle du Cochon ; le lait de la femelle, toujours d’après mon auteur, est très savoureux et s’emploie surtout à la confection d’une espèce de petit fromage fort apprécié là-bas des connaisseurs.

Nous sommes loin, avec l’utile serviteur domestique des populations roumaines et valaques, du ruminant dangereux, sournois, traître et rageur qui se rencontre, à l’état sauvage, dans d’autres climats ; plus à craindre, en Afrique, que le Lion, l’Éléphant ou le Rhinocéros ; redouté aussi aux Indes, où il est l’adversaire souvent victorieux du Tigre, dans les combats de bêtes féroces qui mettent en présence ces deux ennemis.

Pour être absolument complet, j’aurais encore à parler des divers usages de la peau et des cornes de Buffle ; mais la fabrication des peignes et la buffleterie ne sont pas mon affaire. Il suffit de signaler que, par une amère dérision du sort, les dépouilles de ce superbe animal servent également à la coquetterie féminine et au majestueux uniforme du gendarme.        
HENRI DALIVOY.

18/02/2013

Histoire d’Athénaïs, ou d’Eudoxe, Impératrice d’Orient

Histoire d’Athénaïs ou d’Eudoxe, Impératrice d’Orient.- Caen : Chalopin, [s.d.]

page de titre du livret de colportage

Sous l’Empire de Théodose le Jeune, l’Idolâtrie, qui s’affoiblissoit de jour en jour dans toutes les Provinces de l’Orient, regnoit encore dans la Grece, & se soutenoit avec opiniâtreté dans la ville d’Athenes.

Il y avoit dans cette ville un Philosophe célebre, nommé Léontin. Son savoir, la beauté de son esprit, l’éloquence qui ornoit ses discours, l’avoient élevé au-dessus de tous les Philosophes de son tems : & sa douceur, sa modestie & sa sagesse le leur faisoit proposer à tous pour modele.

Il eut trois enfans ; deux garçons & une fille, qui fut appellée Athénaïs.

A peine eut-elle passé les premieres années de l’enfance, que Léontin lui voulut faire part de ses lumieres : il cultiva lui-même cette jeune plante qu’il aimoit, & qui déjà commençoit à croître & à s’enrichir sous ses mains : il communiqua à sa fille toutes les connoissances qu’une longue application à l’étude lui avoit acquises ; il lui fit lire les plus habiles Orateurs, les plus excellens Poëtes, & les plus savans Philosophes. La jeune Athénaïs se forma l’esprit par ces lectures, mais elle se forma le coeur par l’exercice des vertus dont son pere lui faisoit des leçons & lui donnoit des exemples.

Il lui apprit que la beauté, dont la nature l’avoit avantagée, n’étoit pour elle qu’un présent dangereux, si elle n’étoit accompagnée de la sagesse & de la pudeur. Il lui fit entendre que tout le savoir qu’elle acquerroit, ne serviroit qu’à la précipiter dans les erreurs les plus grossieres, si la présomption & la vaine gloire s’emparoient de son coeur : enfin que toutes ses connoissances lui deviendroient funestes, sans la simplicité & la modestie.

Avec ces enseignemens, l’amour de la retraite, l’étude des bons livres, & les heureuses dispositions d’Athénaïs, elle devint bien-tôt parfaite pour le coeur & pour l’esprit, & elle n’avoit pas encore atteint l’âge de quatorze ans, que tout Athenes la regardoit comme un prodige de savoir & de vertu.

Ce fut environ vers ce tems de son âge que son pere mourut. Il est aisé de concevoir quelle douleur ressentit une si vertueuse fille, de la mort d’un si bon pere. Il laissoit avec elle deux garçons, les aînés d’Athénaïs, qui ne songerent qu’à partager la succession de Léontin. On trouva ses dernieres volontés exprimées dans un écrit : il portoit que ses deux fils, étant dépourvus des talens nécessaires pour la fortune, il se croyoit obligé de partager entr’eux le peu de bien qu’il avoit ; qu’à l’égard d’Athénaïs, il vouloit que ses freres lui donnassent cent piéces d’or, qu’ils la gardassent jusqu’au jour qu’elle auroit trouvé un parti convenable, & que son mérite & ses vertus suffiroient pour la dédommager de l’injustice qu’il sembloit lui faire en mourant.

Ces paroles furent une espéce de prophétie de ce qui arriva dans la suite à Athénaïs. Cependant, soit que sa réputation lui eût attiré l’envie de ses freres, soit qu’un intérêt sordide leur fit oublier l’ordre de leur pere, ils refuserent de garder leur soeur, & n’exécuterent des volontés de Léontin, que celle qui leur ordonnoit de partager tous ses biens entr’eux.

Athénaïs fut donc réduite à quitter la maison paternelle, & à souffrir toutes les peines que traîne après soi la pauvreté. Elle la supporta avec courage & avec noblesse. Une Dame Athénienne la prit auprès d’elle ; mais il fallut payer cette générosité par une servitude pour laquelle Athénaïs n’étoit pas née ; cependant elle s’y soumit, elle oublia ses talens & son savoir, & le travail des mains devint presque son unique occupation

Rien n’abbaisse tant que le vain orgueil, & rien n’éleve davantage que l’humilité : la sienne trouva bien-tôt des admirateurs ; son esprit & sa beauté acheverent de gagner ceux que sa sagesse avoit attirés ; on voulut tenter son innocence par des offres avantageuses, mais elle préféra la vertu aux richesses, & demeura inébranlable dans un tems où elle se trouvoit attaquée, non-seulement par l’opulence & les délices, mais encore par la servitude & la pauvreté.

Deux ans s’étoient écoulés de la sorte, quand Paulin, l’un des Favoris de Théodose le jeune, vint de Constantinople à Athenes pour des affaires qui regardoient l’Empereur.

Paulin avoit été lié d’amitié avec Léontin, ils s’étoient adonnés aux mêmes sciences, ils avoient presque acquis les mêmes lumieres ; avec cette différence, que Léontin étoit mort dans le Paganisme, & que Paulin, éclairé de la vérité, avoit embrassé la Religion Chrétienne.

Il apprit, en arrivant à Athenes, la mort de son ami. Il sçut le lâche procédé des freres d’Athénaïs, il leur en fit des reproches, il tâcha de les rappeller à leur devoir ; mais ce fut inutilement : enfin il les menaça d’employer tout le credit qu’il avoit auprès de l’Empereur, pour les forcer d’être équitables envers leur soeur : & dans le dernier entretien qu’il eut avec Athénaïs, il l’assura que, malgré l’indulgence qu’elle avoit pour ses freres, malgré la crainte qu’elle avoit de les perdre, elle auroit de l’Empereur la justice qu’elle n’avoit pu obtenir d’eux.

Athénaïs avoit fait tous ses efforts pour s’opposer aux bonnes volontés de Paulin ; mais enfin, apprenant qu’il étoit retourné à Constantinople, & se trouvant pressée par tous ses amis d’aller solliciter elle-même l’Empereur, elle partit, moins pour réussir dans le projet qu’on lui vouloit suggérer, que pour parer le coup qu’elle prévoyoit devoir tomber sur deux freres, qu’elle aimoit encore malgré leur dureté & leur injustice. On pourvut charitablement aux fraix de son voyage ; elle partit d’Athenes, & arriva à Constantinople.

Sa premiere inquiétude fut de savoir si Paulin ne l’avoit point servie malgré elle ; elle le vit, & apprit de lui qu’il avoit déjà parlé à Pulcherie, soeur de l’Empereur, qui aidoit à Théodose à soutenir le poids de l’Empire.

Cette Princesse, sur les louanges que Paulin donnoit à Athénaïs, avoit conçu un extrême desir de la connoître ; ainsi elle lui fut présentée le jour même qu’elle arriva. Athénaïs, loin de lui demander justice de ses freres, ne se jetta aux pieds de la Princesse que pour lui demander grace pour eux. La générosité est tôt ou tard récompensée ; celle d’Athénaïs la fut bien-tôt. Pulcherie, touchée de ses sentimens, la reçut dans son Palais ; & comme cette Princesse honoroit le savoir & chérissoit la vertu, Athénaïs ne fut pas long tems sans avoir toute son affection & toute son estime. Elle la voyoit souvent, elle lui faisoit part des difficultés qu’elle trouvoit dans le Gouvernement. Athénaïs répondoit avec respect, avec circonspection & avec sagesse. Enfin Pulcherie lui trouva tant de capacité & de vertu, qu’elle l’honora de sa confiance, & que dans toutes les affaires, dont l’Empereur lui remettoit le soin, elle ne se servit plus que de ses lumieres.

D’autres auroient été aveuglées par une faveur si éclatante, mais loin d’en être éblouie, sa modestie & sa sagesse en brilloient encore d’avantage. Paulin fut le premier qu’elle convainquit que sa fortune ne l’avoit point rendu ingrate : il étoit déjà estimé de Pulcherie, mais Athénaïs acheva de la confirmer dans cette estime, & ce fut par elle qu’il se vit élevé aux charges les plus importantes de l’Etat.

Avec un semblable crédit, on conçoit aisément combien de personnes briguerent l’estime d’Athénaïs.

Accessible à tout le monde, la foule qui l’environnoit sans cesse ne sembloit jamais la fatiguer ; elle écoutoit avec douceur tous ceux qui imploroient son assistance ; mais dans les hommages que chacun lui rendoit, elle savoit discerner la flatterie des louanges désintéressées ; elle démêloit ses vrais amis d’avec la multitude de Courtisans qui ne respectoient en elle que la fortune : jamais les adulateurs n’eurent de crédit auprès d’elle, jamais on ne la vit s’enyvrer d’un fol orgueil, sur-tout les pauvres & les opprimés trouverent en elle un assuré refuge ; & dans tous les services qu’elle leur rendit, dans tous les secours qu’elle leur procura, on ne remarqua point cette ostentation, & ce faste qui accompagnent si souvent la dispensation des graces, & qui en dérobent tout le prix.

Ces heureuses qualités lui acquirent l’amour de la plupart de ceux dont elle avoit d’abord excité la jalousie. L’Empereur, qui la voyoit souvent avec Pulcherie, touché de son esprit & de sa beauté, se fit sans y penser une habitude de la voir & de l’entendre ; ainsi elle trouva grace auprès de lui, comme elle l’avoit trouvée auprès de sa soeur, & eut également la confiance de tous deux.

Il manquoit à tant de sagesse, cette grace du Ciel, sans laquelle toutes les vertus sont inutiles pour l’éternité. Athénaïs étoit encore dans le Paganisme ; le Patriarche Atticus lui avoit annoncé déjà plus d’une fois les Mysteres de notre foi, Paulin s’étoit appliqué à l’instruire ; mais Dieu qui tire les hommes de l’erreur par sa misericorde, les y peut laisser sans injustice ; & soit qu’il les éclaire, soit qu’il les abandonne aux ténebres, soit qu’il differe pour un tems de les en arracher, ses décrets sont toujours équitables, & doivent toujours être adorés, sans qu’il soit permis de les approfondir.

Cependant le Ciel n’abandonna pas long-tems Athénaïs : l’instant heureux arriva, où convaincue de la vérité & déterminée par la grace, elle ouvrit les yeux à la lumiere céleste. Le jour de son baptême fut solennel dans Constantinople. Pulcherie la nomma Eudoxe ; depuis ce tems la tendresse de la Princesse augmenta pour elle, celle de l’Empereur s’alluma de plus en plus, & Athénaïs, que nous appellerons désormais Eudoxe, parvint au rang le plus haut où la vertu puisse faire monter.

L’Empereur qui confioit tout à Pulcherie, lui découvrit la passion qu’il ressentoit pour Eudoxe. L’Empire d’Orient demandoit des successeurs : on cherchoit une épouse à Théodose ; ses alliés lui en offroient, mais elles étoient payennes ; ces considérations, le mérite d’Eudoxe, l’estime que Pulcherie avoit pour elle, l’amour de l’Empereur, tout concourut à la mettre sur le Trône. Théodose l’épousa ; leurs nôces se célébrerent avec une pompe digne de la Majesté d’un Empereur ; tout l’Empire fit éclater sa joie, & l’allégresse des Sujets de Théodose, fut un présage du bonheur dont ils alloient jouir.

En effet, les premieres années de ce mariage auguste firent regner, dans tout l’Orient, le repos & la félicité dont jouissoient Théodose & l’Impératrice.

Mais qui peut compter sur les grandeurs humaines ? & hors celui qui s’attache à Dieu seul, quel homme peut se flatter de posséder une félicité solide ?

Eudoxe, arrivée au plus haut dégré de gloire, sembloit être devenue plus simple & plus modeste : elle étoit aussi soumise à Pulcherie, que lorsque, sous le nom d’Athénaïs, elle se trouvoit heureuse de lui appartenir ; elle consultoit souvent Paulin, à qui elle devoit les commencemens de sa fortune ; & cette soumission à la soeur de l’Empereur, cette défiance d’elle-même, cette reconnoissance, vertus qui sembloient devoir affermir son bonheur, contribuerent à lui attirer tous les maux dans lesquels elle fut bien-tôt précipitée.

L’envie regne dans tout le monde ; mais il semble que ce soit dans les Cours des Rois qu’elle regne avec plus de cruauté & de violence ; c’est-là qu’elle paroît plus attachée à détruire le mérite & à obscurcir la vertu.

Il y avoit long-tems que l’on tâchoit de diminuer le crédit d’Eudoxe, de Pulcherie & de Paulin. De lâches flatteurs, des Ministres irrités de ce que l’on éclairoit leur conduite, assiégeoient Théodose à toute heure ; ils lui insinuoient qu’il étoit honteux à un Empereur de ne se conduire que par les conseils de deux femmes, & d’un homme qui n’avoit rien de recommandable que quelques connoissances vaines, que la Philosophie lui avoit acquises ; qu’il devoit sortir d’une tutelle indigne de la Majesté de son rang. Ils alloient même jusqu’à vouloir lui faire entendre que les conversations de l’Impératrice & de Paulin, pouvoient avoir d’autres motifs qu’une simple estime ; ainsi ils s’efforçoient d’empoisonner l’esprit de Théodose : mais ils n’y auroient jamais réussi, si Eudoxe, par une imprudence légere, n’avoit donné quelque ombre de vraisemblance à leur calomnie. Les hommes les plus sages sont hommes, & par conséquent sujets à l’erreur : Eudoxe va nous en donner un exemple.

L’Empereur allant un jour à l’Eglise, quelqu’un lui présenta une pomme, dont la grosseur & la beauté le surprirent. Il la prit & l’envoya porter à Eudoxe ; elle étoit alors allée voir Paulin, que la goutte retenoit dans l’appartement qu’il avoit au Palais ; & trouvant à son retour le présent de l’Empereur, elle ne prévit point de quelle conséquence pouvoit être la marque de bienveillance qu’elle alloit donner à Paulin : elle lui envoya ce fruit, & pour le distraire de son mal, en lui donnant une légere inquiétude, elle défendit que l’on lui fit savoir de quelle part ce présent lui venoit. Ses ordres ne furent que trop bien exécutés : Paulin ne pouvant apprendre par qui ce fruit lui avoit été envoyé, le destina à l’Empereur : il se fit porter à l’entrée de l’appartement de Théodose, & le lui présenta à son retour. Quelle fut la surprise de l’Empereur ? Il douta quelque tems que ce fut le même qu’il avoit envoyé à Eudoxe ; mais après l’avoir examiné, sans rien répondre à Paulin, & suivi de la Cour qui l’avoit accompagné, il entra dans son appartement ; tandis que le malheureux Paulin, qui ne croyoit pas toucher de si près à sa derniere heure, se fit reporter dans le sien.

Il arrive souvent que les femmes, qui se sentent au-dessus des vices, sont assez téméraires pour négliger les apparences, & se croire au-dessus des soupçons. Eudoxe venoit de tomber dans cette erreur. Théodose, agité de différens mouvemens, ne savoit quel jugement porter de cette avanture ; il confia son embarras à ceux qui se trouverent alors les plus proches de lui ; on saisit avec joie cette occasion de perdre Eudoxe & Paulin ; on envenima l’esprit de l’Empereur ; on jetta dans son coeur de nouveaux soupçons de la vertu de l’Impératrice ; enfin Théodose, ne pouvant résister au trouble qui l’agitoit, prit le malheureux fruit qui étoit la source de tant d’inquiétude, & s’achemina vers l’appartement d’Eudoxe.

Pendant que ces choses se passoient, l’Impératrice commençoit à se repentir de son imprudence. Elle pensoit au pouvoir & à la malice de ses ennemis ; elle se rappelloit tout ce qu’ils avoient déjà tenté pour la rendre suspecte à l’Empereur : son innocence la rassuroit ; elle étoit quelquefois prête à s’aller accuser elle-même à Théodose, quelquefois elle pensoit que son indiscrétion pouvant demeurer dans le silence, elle seroit mieux de ne la point révéler ; elle étoit dans ces agitations, lorsque Théodose entra.

Le trouble d’Eudoxe empêcha qu’elle ne vît la peine que l’Empereur avoit à cacher le sien. Il lui demanda si elle avoit reçu le présent qu’il lui avoit envoyé ; elle répondit par des remercimens : mais étant pressée de dire ce qu’elle en avoit fait, elle tombe dans la faute la plus dangereuse qu’une femme, que l’on peut soupçonner puisse commettre, qui est de vouloir cacher une indiscrétion par un mensonge : elle dit qu’elle n’avoit pû résister à l’envie de savoir si ce fruit étoit aussi bon qu’il étoit beau. Théodose se leva à ces paroles ; & dissimulant encore, il lui répondit qu’elle lui permetteroit de ne la point croire, qu’elle vouloit le surprendre, & qu’il voyoit bien que ce fruit lui seroit servi le même soir : Eudoxe repartit qu’elle auroit dû en user de la sorte ; mais qu’elle avouoit qu’elle avoit succombé à tentation, que la beauté de ce fruit lui avoit causée ; qu’elle lui en faisoit des excuses, mais qu’il ne falloit point qu’il s’attendit à le revoir.

Ce fut alors que la colere de l’Empereur ne se put plus contenir : il la traita de perfide : il l’accusa d’une intelligence criminelle avec Paulin : il la chargea de tous les crimes que ses calomniateurs lui avoient imputés : & pour confirmer la prétendue vérité des horreurs dont il l’accusoit, il lui montra cette pomme fatale, qu’il avoit fait apporter avec lui. L’innocence accablée est plus timide, & trouve moins d’excuses, que le crime lorsqu’il est confondu.

Eudoxe interdite, n’envisagea rien qui pût la défendre. L’Empereur la quitta en fureur, & se livra, depuis ce moment, aux conseils pernicieux de ceux qui vouloient la perte de l’Impératrice & de Paulin.

Cependant Eudoxe sembloit avoir perdu l’usage de sa raison & de ses sens : elle resta quelque tems en cet état ; mais enfin rappellant son esprit, elle vit bien qu’il falloit moins songer à ses malheurs, qu’aux remédes qu’elle y pouvoit apporter.

Il s’agissoit de guérir l’esprit de Théodose : & Eudoxe crut qu’un simple aveu de la vérité détruiroit des préventions, qui ne pouvoient être que légérement fondées. Quelqu’un lui apprit dans ce moment la maniere dont Paulin, sans y penser, l’avoit perdue, & s’étoit perdu lui même : elle reprit quelque espérance. Elle se persuada que, malgré l’artifice de ses ennemis, elle pourroit faire entendre à l’Empereur, qu’une femme aussi criminelle qu’il la croyoit, n’auroit point été capable d’une imprudence semblable à la sienne ; & qu’un homme aussi coupable qu’il soupçonnoit Paulin de l’être, ne se seroit point trahi d’une façon si grossiere, enfin que le procédé de l’un & de l’autre étoit une preuve de leur innocence. Elle se rassura sur ces raisons qu’elle pouvoit alléguer à Théodose, & fit un sacrifice à Dieu de la honte secréte, d’être réduite à produire à ses vraisemblances pour servir de preuves à sa vertu.

Elle attendit dans cet esprit le moment qu’elle crut le plus propre pour aller trouver l’Empereur : mais à peine cet instant fut-il arrivé, que, comme elle sortoit, une de ses femmes effrayée lui vint apprendre que Théodose avoit ordonné la mort de Paulin, & que par son ordre il venoit d’être égorgé.

Quelle nouvelle pour la malheureuse Eudoxe ! elle demeura immobile, & elle n’auroit pû dévorer ses larmes, si un des Ministres de l’Empereur arrivant, ne lui eût remis un écrit de la part de ce Prince.

Elle se hâta en tremblant de le lire : elle y trouva une défense de se montrer jamais à ses yeux, & un ordre de sortir de la Cour & de Constantinople dès le lendemain, avec cette seule grace, qu’elle-même pouvoit choisir le lieu de son exil.

Ce dernier coup de foudre acheva d’accabler Eudoxe. Elle vit bien que tout espoir lui étoit ôté, que ses ennemis l’emportoient, & qu’il falloit qu’elle cédât aux malheurs dont elle étoit opprimée. Elle rentra dans son appartement, & ayant congédié tout son monde, elle passa la nuit dans des réflexions d’autant plus tristes, qu’elle en sentoit elle-même l’inutilité ; elle ne pouvoit cependant s’empêcher de penser aux routes par où le Ciel avoit semblé la vouloir conduire dans l’abyme des maux où elle se trouvoit.

Fille d’un Philosophe, autant estimé par sa sagesse que par son savoir, elle s’étoit montrée digne de lui ; l’injustice de ses freres l’avoit fait tomber dans la pauvreté, Pulcherie l’en avoit tirée, elle étoit montée sur le Trône, & dans le tems qu’elle pouvoit compter, en apparence, sur sa fortune, elle la voyoit renversée pour toujours : l’imposture triomphoit de son innocence, elle étoit la cause de la mort d’un homme juste, à qui l’estime & la reconnoissance devoient l’attacher : il falloit se séparer pour jamais d’un époux qu’elle aimoit ; & pour comble de douleur, elle se voyoit deshonorée dans tout l’Univers, & chargée d’un opprobre, non-seulement sensible à une Princesse aussi vertueuse qu’elle l’étoit, mais qui même auroit suffit pour accabler une femme qui s’en seroit rendue digne par sa conduite.

Toutes les leçons de sagesse que donne la Philosophie, tous les sentiments qu’Eudoxe y avoit puisés, n’étoient pas capables de calmer une ame en proie à tant de sujets de trouble. La seule morale chrétienne, qui nous apprend à rompre les liens les plus forts, pour ne nous attacher qu’à Dieu, à aimer nos ennemis, souffrir avec patience les injures & les calomnies, à être non-seulement humble, mais à chérir les humiliations ; cette morale divine, enseignée & pratiquée par Jesus-Christ, pouvoit seule donner des forces à l’Impératrice. Ce fut aussi aux pieds de ce Dieu crucifié qu’elle trouva du soulagement ; ce fut en unissant ses douleurs aux siennes, qu’elle se sentit au-dessus d’elle-même : ses larmes se sécherent ; sa constance revint ; elle se soumit avec joie aux ordres de la Providence ; & détachée des créatures & de la fortune, elle se consacra à Dieu seul.

Ces sentimens la déterminerent à choisir la Palestine pour le lieu de son exil. A peine le jour fut-il venu, qu’elle déclara sa résolution à ceux que l’Empereur avoit chargés de la savoir ; elle ne leur demanda pour toute grace, que de l’assurer qu’elle partoit innocence du crime dont il l’avoit soupçonnée : elle ajouta qu’elle devoit ce témoignage à la gloire de son époux, à la sienne propre, & à la mémoire de Paulin ; qu’elle les prioit de dire à Théodose qu’il apprendroit qu’elle ne s’étoit perdue que par une légere indiscrétion : qu’elle lui remettoit le diadême dont il l’avoit honorée, qu’elle s’étoit toujours reconnue indigne de le porter, qu’elle rentroit, sans murmurer, dans l’état d’où il l’avoit tirée, & que malgré la haine qu’il sembloit avoir pour elle, elle conserveroit pour lui, jusqu’à la mort, tout le respect & tout l’amour qu’elle lui devoit.

Elle distribua ensuite à ceux qui lui appartenoient, les choses dont on lui avoit laissé la liberté de disposer. Toutes les femmes qui avoient coutume de l’approcher, vouloient la suive ; la Cour étoit en pleurs, l’Empereur même alloit révoquer son arrêt, si les ennemis d’Eudoxe ne l’eussent obsédé ; enfin après avoir choisi un petit nombre de domestiques, & consolé tous ceux qui venoient recevoir ses adieux, elle partit, & prit la route de Jérusalem.

Elle y étabit son séjour ; elle passa plusieurs années à visiter en différens tems les lieux Saints ; elle fonda des Monastères, fit bâtir des Eglises, & partagea son tems entre l’étude de l’écriture & la pratique des oeuvres de piété.

Elle composa plusieurs ouvrages qui ne sont point venus jusqu’à nous : elle fit la vie de J. C. en vers, qu’elle tira toute entiere des Poëmes d’Homere, & que plusieurs Auteurs citent comme un chef-d’oeuvre d’esprit & d’application. Cependant son amour pour la lecture, & le desir, peut-être immodéré, de pénétrer les matieres les plus difficiles de notre religion, la jetterent quelque tems dans l’erreur : elle se remplit l’esprit des sentimens d’Eutichés, que l’Eglise condamna comme hérétiques. Mais si elle avoit de l’avidité de savoir, elle avoit de la docilité, & les conférences qu’elle eut avec l’Abbé Euthymius, & les lettres de St. Siméon, surnommé le Stilite, la retirerent du précipice & la confirmerent dans la vraie Foi.

Cette chûte lui servit à avancer encore plus dans le chemin de la perfection : elle se défia de ses lumieres & résolut de ne plus étudier que Jesus-Christ : elle l’imita dans sa vie active, elle visitoit les malades, servoit les pauvres, les secouroit, & trouvoit dans ce genre de vie, la paix & la félicité, que ne lui avoit pû procurer le premier Trône de l’Univers.

Tandis qu’elle jouissoit du vrai repos, que Dieu seul peut donner, Théodose recevoit le prix de son injustice.

En proie à ses passions, les Ministres l’entretenoient dans l’oisiveté & dans la mollesse. Pulcherie avoit été releguée aussi-bien qu’Eudoxe : cependant l’Empire, qui n’étoit plus gouverné que par des ames basses & intéressées, se vit bin-tôt livré à toutes sortes de maux. Les finances de l’Empereur furent épuisées, la guerre désola ses meilleures Provinces, il perdit plusieurs batailles, l’hérésie d’Eutichés déchira l’Eglise, Théodose soutint le parti de cet hérésiarque ; enfin l’Orient auroit succombé à tant de malheurs, si l’Empereur n’avoit rappellé Pulcherie, qui remit l’ordre & le calme dans l’Empire, & fit chasser ou punir tous les flatteurs qui avoient empoisonné l’esprit de Théodose, ou qui s’étoient enrichis par la désolation de l’État.

Dès que cette Princesse eut pourvû  aux besoins les plus pressés, elle songea à faire revenir Eudoxe. Théodose reconnut son erreur, & fit partir un exprès pour la rappeler ; mais quelques jours après, son cheval s’étant abattu sous lui à la chasse, il mourut de sa blessure. Eudoxe reçut presque en même tems l’ordre de retourner à la Cour, & la nouvelle de la mort de l’Empereur. Elle s’enferma dans un Monastere qu’elle avoit fondé ; & quoique Pulcherie la redemandât, elle persista à y vouloir finir sa vie. En effet après avoir passé plusieurs années dans des exercices continuels de Religion, elle y mourut en odeur de sainteté, l’an de notre Seigneur 468 & le 67 de son âge.

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Les ex-libris français depuis leur origine jusqu'à nos jours

A. POULET-MALASSIS





LES EX-LIBRIS



FRANÇAIS



DEPUIS LEUR ORIGINE JUSQU'A NOS JOURS







NOUVELLE ÉDITION, REVUE, TRÈS-AUGMENTÉE



ET ORNÉE DE VINGT-QUATRE PLANCHES







PARIS



CHEZ P. ROUQUETTE, LIBRAIRE



85-87, PASSAGE CHOISEUL, 85-87



MDCCCLXXV








Les Ex-libris français (Couv. - 4.079 ko)








TABLE







Préface de la première édition



Avertissement a la seconde édition







LES EX-LIBRIS FRANÇAIS








XVIe SIÈCLE



DE 1600 A 1650



DE 1650 A 1700



DE 1700 A 1789



PREMIÈRE RÉPUBLIQUE



PREMIER EMPIRE



RESTAURATION — MONARCHIE CONTITUTIONNELLE — SECONDE RÉPUBLIQUE



SECOND EMPIRE — TROISIÈME R
ÉPUBUQUE




LES DEVISES








QUELQUES EX-LIBRIS SINGULIERS








LES EX-LIBRIS DE THOMAS GUEULETTE



LES EX-LIBRIS DU PRÉSIDENT DE BROSSES



LES EX-LIBRIS DE LOUIS XV — DE Mme VICTOIRE DE FRANCE — DU CHATEAU DE
LA BASTILLE



LES EX-LIBRIS DE LAUS DE BOISSY



L’EX-LIBRIS DE GRIMOD DE LA REYNIÈRE



L’EX-LIBRIS DE CHAMPCENETZ



LES EX-LIBRIS DE BOYVEAU-LAFFECTEUR



L’EX-LIBRIS DE FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU








EX-LIBRIS DESSINÉS OU GRAVÉS PAR
LES PETITS MAITRES DU XVIIIe SIÈCLE








FRANÇOIS BOUCHER



BOUCHARDON



PIERRE



GRAVELOT



COCHIN FILS



CHARLES EISEN



AUGUSTIN DE SAINT-AUBIN



MOREAU LE JEUNE



CHOFFARD



WILLE FILS



MARILLIER



MONNET



GAUCHER



SERGENT-MARCEAU



Mme LOUISE LE DAULCEUR








LISTE GÉNÉRALE DES DESSINATEURS
ET



DES GRAVEURS QUI ONT SIGNÉ



DES EX-LIBRIS FRANÇAIS








XVIIe SIÈCLE



XVIIIe SIÈCLE



XIXe SIÈCLE




















*



* *








PRÉFACE DE LA
PREMIÈRE ÉDITION












« C’est
la collection à la mode, » nous disait, ces jours derniers, un libraire
du quai, à qui nous demandions des ex-libris.







« A la mode » est exagéré.







Nous citerions bien, en vérité, les noms d'une vingtaine de
collectionneurs, après lesquels il faudrait s'arrêter. Noyau excellent
qui grossira et fructifiera, certes, mais fort disproportionné avec le
nombre de tirage de ces notes, qui s'adressent ainsi beaucoup moins aux
curieux de l'heure présente qu'à ceux de demain, ou de l'an qui vient.







Quoi qu'il en soit, nous avons essayé de résumer ici nos observations
sur les marques intérieures
de bibliothèque, et sur leur usage en France depuis la fin du XVIe
siècle, où elles commencent à se montrer, jusqu'à nos jours, où l'on
peut dire qu'elles sont en discrédit. Au siècle dernier, elles ont eu
leur grande vogue correspondant à un besoin général, en même temps que
leur apogée artistique, suivi de l'inévitable retour que l'on sait.







Ce mince objet de curiosité, longtemps négligé, s'est enfin montré aux
bibliophiles et aux iconophiles comme la dernière épave à sauver du
naufrage du livre ancien. Cependant nous sommes le premier à en traiter
à un point de vue d'ensemble, et les généralités sont même la partie la
moins défectueuse de ce travail. Dans le détail, il laisse beaucoup à
désirer, trop peut-être ; soyons le premier à le dire, comme à le
constater.







Nous avons craint, nous devions craindre de nous aventurer dans
diverses parties de notre tâche, sans l’appui d'un assez grand nombre
de documents vus et étudiés. Par exemple — un seul suffira — il a fallu
renoncer à l’idée de dresser la nomenclature des ex-libris du XVIIIe
siècle suivant la condition sociale de leurs titulaires :
ecclésiastiques, grands seigneurs, gens de robe, de finance, savants,
littérateurs, artistes, etc., etc. On comprend tout de suite quel
intérêt bibliographique, voire historique, de semblables listes eussent
offert ; rien que leurs résultats statistiques seraient importants.
Mais dans l’état actuel des collections, ces listes incomplètes eussent
trop perdu de leur signification.







C'est besogne ajournée ; nous disons ajournée, et ne nous en dédirons
pas. Il nous est facile de renoncer d'avance, et sans regret, à une
seconde édition de cet opuscule, mais non pas à l'espérance d'un
complément qui deviendrait surtout nécessaire si le libraire du quai,
avec le coup d'oeil sûr du marchand, a vu clair dans l'avenir de
l'ex-libris. « C'est la collection à la mode » n'est pas une réalité ;
mais sans doute une vue prophétique, à bref délai.







En attendant de contracter de nouvelles obligations envers les curieux,
remercions ici ceux qui ont bien voulu nous assister de leurs
communications : M. Assézat, du Journal
des Débats
; M. Aglaüs Bouvenne, l'amateur le plus connu
de Paris, dans ce genre (1)
; M. Bilco qui a rassemblé si vite une si
curieuse série ; M. Claudin, le libraire érudit, et surtout M. Preux,
qui, avec la plus parfaite bonne grâce, n'a pas hésité à nous adresser
de Douai et à nous confier pendant quelques jours la fleur de sa riche
collection.











20 Janvier 1874.















AVERTISSEMENT A LA
SECONDE ÉDITION












Le libraire du
quai était de l’ordre, peu considéré, des très-petits prophètes, mais
il n'en prophétisait pas moins vrai.







Les collections d'ex-libris sont « à la mode » présentement ;
on peut le dire, et comme de tout nouveau genre de curiosité, on peut
encore augurer de celui-ci qu'il fournira une carrière d'autant moins
brève, qu'il apportera plus d'éléments variés d'instruction et
d'intérêt.







Si l'on considère l'ardeur actuelle des recherches, il est à craindre
que cette carrière soit assez tôt bornée. Une promenade du
Pont-Saint-Michel au Pont-Royal suffit pour montrer que le livre
ancien, le livre à ex-libris, figure à peine pour un tiers dans ce qui
s'appelle le bouquin,
et cette proportion doit décroître avec rapidité. A ce compte, les
collectionneurs courent le risque de se rencontrer, d'ici peu de temps,
d'autant plus nombreux qu'ils n'auront qu'à glaner.







Mais éloignons cette triste perspective, et collectionnons sans cesse,
puisque les moments de collectionner semblent comptés.







Nous promettions seulement un Complément aux Ex-libris français
; les circonstances favorables en ont autrement décidé. Voici bel et
bien une seconde édition très-réelle, revue avec soin, et augmentée au
point d'être doublée ; le cadre est resté le même, mais nous l'avons
rempli en conscience, et peut-être même un peu bourré. De plus, nous
ayons cru indispensable de donner des planches à l’appui de nos
observations et de nos conclusions ; elles sont au nombre de
vingt-quatre, la plupart fac-similées par un procédé excellent, bien
que coûteux. Cet opuscule, tel quel, est sans doute moins indigne du
succès de son premier tirage ; souhaitons que les amateurs
bienveillants qui nous ont encouragé à le compléter partagent ce
sentiment.







M. Ernest de Rozière, entre tous, a droit à notre gratitude. Sans la
série de marques de bibliothèque mise par lui à notre disposition, la
plus anciennement formée dans notre pays, et la plus riche en monuments
du XVIIe siècle, il nous eût été bien difficile, sinon impossible, de
reprendre à nouveau frais ce travail, de le remanier, de le préciser
sur nombre de points. Les plus importantes des pièces reproduites en
fac-similé sont empruntées à ce cabinet hors ligne : nous citerons
surtout l’ex-libris de François de Malherbe.







MM. Bilco, Claudin, Preux, de qui les conseils et les communications
nous avaient été précédemment utiles, ont bien voulu nous les
continuer, avec un redoublement d'obligeance. Enfin, nous sommes assez
heureux pour avoir intéressé à notre oeuvre quelques artistes et gens de
lettres éminents de notre temps, et c’est ainsi qu’on distinguera entre
les marques anciennes, des originaux d'ex-libris modernes signalés par
les noms de leurs titulaires et de leurs signataires. Que MM. Edmond de
Goncourt, Edouard Manet, Octave de Rochebrune, Aglaüs Bouvenne et
Bracquemond nous permettent de les en remercier ici.











10 janvier 1875.











*



* *








LES
EX-LIBRIS
FRANÇAIS












Pas un des
dictionnaires de la langue française n’a admis le terme ex-libris,
composé de deux mots latins qui signifient des livres… faisant partie
des livres
.







Il est pourtant consacré par l'usage et se dit de toute marque de
propriété appliquée à l'extérieur ou à l'intérieur d'un volume.







Dans un sens plus restreint, il s'entend d'un motif d'art, blason,
monogramme, allégorie, emblème, etc., gravé en relief ou en creux, et
fixé sur les gardes ou sur le titre d'un livre, en signe de possession.








C’est de ce genre d'ex-libris et de ses diverses fortunes dans notre
pays que nous voulons seulement parler ici.












XVIe SIÈCLE










L'emploi de l’ex-libris gravé est beaucoup moins ancien, en France,
qu'on ne serait tenté de le supposer.







On connaît un grand nombre d'ex-libris allemands et une certaine
quantité d'ex-libris italiens du XVIe siècle ; il ne s'en rencontre pas
de français.







L'ex-libris semble avoir pris naissance en Allemagne ; dès le
commencement du siècle ce pays montre des marques de bibliothèques
dessinées et gravées par des artistes en renom qui prenaient le soin de
les signer et de les dater ; l'usage s'en généralisa.







Que l'Allemagne ait fait les premières applications, en tout genre, des
divers arts d'imprimerie qu'elle venait d'inventer, rien là qui puisse
surprendre ; il convient de considérer aussi que le mouvement de la
Réforme, en multipliant chez elle les produits de la typographie,
rendit nécessaire l'emploi de marques de propriété à l'intérieur des
livres, et contribua à détourner leurs possesseurs de ce luxe de
reliures et de marques extérieures par lequel se signalèrent, dans le
même temps, certains bibliophiles d'Italie et de France, restés
célèbres. L'Allemagne dès lors n'attacha qu'une importance secondaire à
l'habillement du livre, le fond poux elle emporta la forme ; encore
aujourd'hui, elle ignore, ou à peu près, les raffinements de la reliure
et de la condition,
et se montre résolument indifférente aux
délicatesses bibliographiques qui préoccupent chez nous les curieux.







Quoi qu'il en soit, l’ex-libris nous est venu d'Allemagne, non pas de
plein saut, mais par étapes dans les pays de l’est et du nord que la
France devait se réunir. Ces étapes, non encore étudiées, sont mal
connues. Nous en pouvons cependant citer un notable exemple dans
l’ex-libris de Nicolas de Lescut, savant jurisconsulte lorrain, travail
incontestablement allemand, que son titulaire put commander pendant
qu'il représentait à la diète de Spire (1541) le duc de Lorraine
Antoine dont il était secrétaire (2)
.







Dans la première édition de ce travail nous avons présenté, comme le
plus ancien ex-libris français connu, une marque au nom de Dacquet,
en faisant remarquer toutefois que par la forme de l'écu encadré dans
un cartouche orné et par le caractère du monogramme qui la décore, elle
restait une singularité, une exception dans la série des ex-libris
authentiquement français. Le nom de son titulaire nous avait induit en
erreur. Après un examen plus approfondi il nous parait bien que cette
pièce relève de l’art flamand des dernières années du XVIe siècle.
C'est dans les Flandres, sans doute, qu'il faudrait s'enquérir de
Dacquet, artiste et peut-être peintre verrier. Quant à sa date
(1574-1600), qui a été contestée et reportée au delà du règne de Henri
IV, elle se trouve à nouveau certifiée par la découverte, récemment
faite, d'un exemplaire collé du temps, sur la garde des Oeuvres de
Philippes Des Portes
, Anvers, Arnould Coninx, 1596,
in-12, qui
confirme, à la fois, notre attribution d'origine, car ce produit des
presses anversoises dut trouver sa vente dans le rayon du marché
flamand.







En somme, on doit douter de l'existence d'un ex-libris gravé en creux
ou en relief, antérieur à l'année 1600, qui puisse être dit français
dans les limites géographiques de la France d'alors. C'est pourquoi
nous en citerons un simplement typographique, composé en lettres
mobiles : Ex
bibliothecâ Caroli Albosii E, Eduensis
, avec la devise
Ex labore
quies
,
et la date 1574.







Réserve faite des signatures autographes de possesseurs de livres, dont
nous n'avons pas à nous occuper ici, cet ex-libris d'un bibliophile
d'Autun est la plus ancienne marque intérieure connue d'une
bibliothèque française.












DE 1600 A 1650










Les ex-libris français sont encore assez rares durant cette période,
pour que nous croyions devoir donner la liste de tous ceux que nous
avons pu étudier, et la description de quelques-uns, surtout des
anonymes. Nous résumerons, à la fin du chapitre, les observations
qu'ils nous auront suggérées.







Ex-libris de Jean
Bigot
,
sieur de Sommesnil et de Cleuville, doyen de
la cour des Aides de Normandie. — Pour in-4, pour in-8 et pour in-12 ;
tous trois anonymes : d'argent, au chevron de sable, accompagné de
trois roses de gueules posées 2 et 1 ; le chevron chargé au sommet d'un
croissant d'argent.







L'écu est irrégulièrement blasonné, et les heaumes, les cimiers, les
lambrequins, les supports présentent un caractère si décidément
archaïque dans ces trois pièces, que vues hors de série, elles
sembleraient des premières années du XVIe siècle. Sans doute sont-elles
des copies d'une peinture ou d'un dessin anciens ?







Jean Bigot fit graver plus tard une suite d'autres ex-libris à son
nom, Iohannes
Bigot
,
dont nous avons l’in-4 sous les yeux ; la désignation
des émaux de l'écu par les initiales de leurs noms a (argent ou
azur), o
(or), g
(gueules), s
(sinople ou sable), p
(pourpre),
y supplée à l'irrégularité du blasonnement, comme on le voit dans
l'Armoriai de Claude Magneney, à la date de 1633. Le système de
différencier les deux métaux et les cinq couleurs par des traits en
sens divers et des points, se trouve établi, comme on sait, pour la
première fois, dans les Tesserae
gentilitiae
du P. Silvestre Petra
Santa, publié à Rome en 1638.







Jean Bigot fut le chef d'une famille de magistrats normands
bibliophiles, dont Emeric, l'un de ses fils, est resté le plus célèbre.








Ex-libris d'Emeric
Bigot
.
— Pour in-8 et deux pour in-12 ; mêmes
armes que le précédent, excepté que le chevron est sans croissant,
blasonnées régulièrement. Le nom du possesseur se lit au-dessous de
l’écu : L. E.
Bigot

; les trois pièces sont signées d'un monogramme
formé d'un B et d'un D enlacés.







Nous citons ces ex-libris à la suite de ceux de Jean Bigot, bien que
peut-être postérieurs, mais de peu d'années, à 1650. Emeric Bigot était
né en 1626. Il fut le grand bibliophile de son temps, le plus curieux,
le mieux informé. Il avait tous les auteurs grecs et latins très-bien
conditionnés, quantité de petits livres rares sur des matières
singulières, et des pièces fugitives qu'on aurait eu peine à rencontrer
ailleurs. Dans une lettre à Nicolas Heinsius, du 2 janvier 1659,
Chapelain lui rend cette justice qu'il avait par-dessus Ménage, et
par-dessus lui, « d'estre plus soigneux que l'un à entretenir bonne
correspondance avec ses amis, et qu'il étoit mieux informé que l'autre
de ce qui se passoit dans la République des lettres. »







Le Menagiana
cite souvent Emeric Bigot ; Bayle lui a consacré un
article.







Pour empêcher la dispersion de sa bibliothèque estimée à 40.000 livres,
il la substitua dans sa famille. A sa mort, elle fut confiée à Robert
Bigot, sieur de Montville, conseiller au Parlement de Paris, avec un
fonds considérable pour l'augmenter annuellement. Vigneul-Marville
semble accuser de négligence ce successeur, qui eut aussi un ex-libris
à son nom, et cite à son propos le proverbe : Bene parta, indiligenter
tutantur
.







Après le décès de Robert Bigot, tous les trésors littéraires amassés
par celte famille furent acquis en bloc par les libraires, et se
vendirent à Paris, le 1er juin 1706 et jours suivants, collège de Me
Gervais, rue du Foin ; on en a le catalogue in-12 en cinq parties.







Ex-libris de
Charles de
Lorraine, évêque de Verdun
(1592-1631). —
Anonyme, pour in-8 : l’écu coupé de quatre royaumes soutenus de quatre
duchés ; sur le tout, d'or, à la bande de gueules, chargée de trois
alérions d'argent, qui est de Lorraine ; deux aigles supports. Pièce
d'un beau caractère et d'un travail brillant.







Ex-libris de
Melchior
de la Vallée
. — Melchior
a Valle protonotarius
insignis ecclae. Sancti Georgi Naceis cantor et canonicus Henr. II. D.
Lotharin. et Barri eleemosinarius
. Cette inscription en
douze lignes
de capitales romaines d'inégale longueur, dans un cadre reposant sur un
socle dont les extrémités font retour sur le devant, et supportent à
gauche la Vierge tenant l'enfant Jésus, et à droite saint Nicolas, avec
son attribut ordinaire des trois enfants dans le saloir. Au-dessus du
cadre, deux anges soutiennent l'écu non blasonné de Melchior de la
Vallée, sur lequel l'un d'eux pose le chapeau de protonotaire de la
cour de Rome. La date 1611 au milieu du socle, et à chaque extrémité le
monogramme du titulaire.







Cet ex-libris d'un dessin incorrect et d'une pointe mal habile,
attribué d'abord à Jacques Callot, a été donné avec plus de
vraisemblance à Jacques Bellange, par M. Beaupré, à qui nous en
empruntons la description (3)
.







La pièce est des plus rares ; on n'en connaît que deux épreuves.







Le duc de Lorraine Charles IV fit expier par le feu à son titulaire,
chantre et chanoine de la collégiale de Saint-Georges à Nancy, la
faveur dont il avait joui sous le règne de son prédécesseur. Melchior
de la



Vallée, appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, sous
prétexte de sorcellerie, fut finalement supplicié.







Ex-libris de
Chanlecy
.
— Marque anonyme d'un dignitaire
ecclésiastique de cette famille bourguignonne, pour in-8 : au 1, d'or à
une colonne d'azur semée de larmes d'argent, qui est de Chanlecy ; au 2
(?) ; au 3, d'argent à trois bandes de gueules, qui est de Semur ; au
4, d’or à trois écrevisses de gueules, qui est de Thiard.







Ex-libris de
Claude
Sarrau
.
— De sable, à trois serres ou pattes
d'aigle d'or, 2 et l ; deux ex-libris anonymes, irrégulièrement
blasonnés, l'un pour in-12, l'autre pour in-4, celui-ci signé
de Briot; heaume et lambrequins, accolade de branches de
laurier.







La correspondance de ce conseiller au Parlement de Paris, mort en 1651,
avec les savants de son temps, a été publiée par son fils Isaac (1654,
in-8, avec front. signé des initiales d'Abraham Bosse). Il était le
fondé de pouvoir de Christine de Suède pour ses acquisitions
bibliographiques.







Le Briot signataire de la plus grande des deux pièces, et qui sans
doute aussi aurait pu mettre son nom à l'autre, est, à n'en pas douter,
Isaac Briot, qui a gravé, d'après François Quesnel, la célèbre estampe
représentant Henri IV, en habits royaux, sur un lit de parade, après sa
mort. Il ne signa pas toujours son nom de baptême, et par exemple, le
portrait de Malherbe, d'après Luc Vorsterman, n'a que son nom de
famille tout court.







Ex-libris de
Chaponay
,
prévôt des marchands de la ville de Lyon en
1627. — Anonyme, pour in-8 : d'azur à trois coqs d'or, crètés et barbés
de gueules, 2 et 1, avec la devise : Gallo canente spes redit
; lions
supportant l'écu sur un carrelage qui en reproduit les émaux,
disposition ornementale très-riche, assez fréquente alors, notamment
dans le recueil d'armoiries gravé par P. Mignot.







Pour in-4, aussi anonyme, même devise ; les armes de Ghaponay sur de
nombreuses armes d'alliance, heaume avec un coq pour cimier,
lambrequins, lions supportant le blason sur un carrelage émaillé aux
pièces principales de tous les écus qui le composent ; du plus bel
effet décoratif. Ioan.
Picart incidit
.







Ex-libris
d'Alexandre
Petau
, — Pour in-4 : Ex
libris Alexandri
Petavii in Francorum curia consiliarii. Pauli filii
;
devise : Moribus
antiguis
.
L'écu, écartelé aux armes de la femme d'Alexandre
Petau, pose sur un carrelage émaillé où se reproduisent en alternance
les trois pièces des deux blasons : les roses, l’aigle issante, et la
croix ; heaume, cimier, lambrequins ; deux griffons supports.







Paul Petau, conseiller au Parlement de Paris, mort en 1613, avait
laissé à son fils une admirable bibliothèque. A la mort d'Alexandre,
les manuscrits au nombre de plus de mille, français et latins, furent
acquis par Christine de Suède qui les légua au Vatican. Les imprimés
furent vendus à La Haye, en 1722, avec ceux de François Mansart, et les
manuscrits du cabinet de Juste Lipse.







Ex-libris de Louis
Brasdefer
. — Pour in-folio, et pour in-8 ; le nom
du titulaire sur l’un et l’autre ; écu heaumé, lambrequins, accolade de
deux branches de laurier. Les émaux sont désignés par les
initiales g
(gueules) a
(argent), comme nous l’avons déjà vu dans une des marques
de Jean Bigot.







Ex-libris de
Guillaume
Grangier
. — Guillelmus
Grangierius
;
anagramme : Largius
e
glumis nil urge
; devise : Manet altera
caelo
, avec ce commentaire mystique de la gerbe, pièce
principale des
armes :








Largius e glumis nil
urge. Hoc
stemmata
avita




Hoc quoque fatali
lege anagramma jubet.




Flava seges, caelo
rutilentiaque astra sereno,




Horrea falici sat
tua messe replent,




Laetior at multo
est quae te
Manet altéra caelo,



Villice, si nomen
stemmataque omen habent
,










Faict à Nancy p. L
Valdor
.



 



Jean Valdor, né à Liège, élève de Wierx, revenant d’Italie, s'arrêta à
Nancy en 1630 ; on le trouve établi à Paris en 1642.







L'écu heaumé, avec une gerbe pour cimier, lambrequiné ; le heaume et
l’écu échancré sont de formes inusitées en France.







Ex-libris
d'Auzoles
sieur de la Peyre
, auteur de la Sainte
Chronologie
(1571-1642). — Anonyme pour in-4, Picart fe. :
d’azur à
trois épis de blé d'or, surmontés de trois besans de même ; l’écu pendu
au col d'un lion debout et courant qui vomit un fleuve, avec la devise
Sub zodiaco
vales
.
Famille d'Auvergne.







Ex-libris de Brinon.
— Anonyme, pour in-folio : d'azur au chevron
d'or, au chef denché de même ; heaume et lambrequins, lions supports.
Famille normande.







Ex-libris de
Pierre
Sarragoz
, jurisconsulte, l'un des co-gouverneurs
de Besançon. — Anonyme pour in-4 : écu échancré, pallé d'or et de
gueules de 9 pièces, au chef endenché d'argent, chargé d'un phénix de
sinople sur un bûcher de gueules ; heaume couronné, soleil pour cimier,
lambrequins ; sous un portique cintré où les statues de la Guerre et de
la Renommée se dressent à droite et à gauche sur des piédestaux, et
dont le centre présente, dans un médaillon, entre les vieilles armes de
l'Empire germanique et le blason des empereurs de la maison d'Autriche,
l'empereur Rodolphe II, en buste, tendant de la main droite une
couronne, c'est-à-dire sans doute anoblissant les Sarragoz. P. Deloysi
sc
.







La famille Sarragoz, vraisemblablement originaire d'Espagne, avait été
anoblie en 1603 par l’empereur Rodolphe II. Pierre Sarragoz mourut le
14 octobre 1649, suivant son épitaphe à l’église Saint-Maurice de
Besançon.







On ne connaît qu'un fort petit nombre d'estampes de Pierre Deloysi, dit
le vieux,
de Besançon, orfèvre et graveur des monnaies de sa ville
natale.







Ex-libris de
Regnouart
. — Pour in-8 ; De Regnouart, avec
la devise : Age.
Abstine. Sustine
. Écu heaume et lambrequiné.







Ex-libris de
Charreton
. — Pour in-8 ; le nom se lit au bas de l’écu
heaumé, lambrequiné ; pour cimier un léopard ; pour supports deux
lévriers.







Ex-libris de
Roquelaure
. — Pour in-folio, anonyme, signé : L. Tiphaigne
: d'azur, à trois rocs d'argent, qui est de Roquelaure ; écartelé d'or
à deux vaches de gueules, accornées et clarinées d'azur, qui est de
Béarn, et sur le tout d'azur, au lion d'or, armé et lampassé de gueules
; l'écu, sommé de la couronne ducale et posé sur le manteau d'hermines,
est entouré des colliers des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit.








Ex-libris de
Chassebras
. — Pour in-8 ; le nom sur une banderole qui se
relie aux lambrequins.







Ex-libris de
Boussac
, en
Limousin. — Pour in-8, anonyme : d'azur au sautoir dentelé d'or,
cantonné de quatre croissants d'argent ; heaume et lambrequins.







Ex-libris
d'Antoine de Lamare
. — Pour in-8 ; Ex libris Antonij de Lamare, D.
de Cheneuarin

; devise sur une banderole dont un monogramme forme le centre : εν
τουτω νιχη ; écu heaumé, avec une licorne naissante pour cimier ;
lambrequins.







Cet ex-libris offre la particularité de donner, au-dessous de l’écu
écartelé, la description imprimée typographiquement, du blason de
Lamare, et de ceux des familles de Croisset et de Clercy, ses alliées.
Il s'est rencontré sur la garde d'un livre portant la signature
d'Antoine de Lamare, et la date de son acquisition, 1629.







Lamare, seigneur de Chenevarin, est d'une autre famille que le
bibliophile dijonnais du mêmôme nom, cité par Le Gallois dans
son Traité des
plus belles bibliothèques de l'Europe
, Paris, Michallet,
1680, in-12.







Ex-libris des
frères Sainte-Marthe
.
— Pour in-8, anonyme : d'argent à la fasce fuselée de trois pièces et
de deux demies de sable, au chef de môme, avec la devise : Patrice fœlicia tempora nebunt
; heaume avec une aigle naissante éployée pour cimier, lambrequins,
deux lions supports. I.
Picart sc
.







Ex-libris de
Jean-Pierre de Montchal
,
seigneur de La Grange. — Anonyme, pour in-8 : de gueules au chef d'or
chargé de trois molettes d'azur ; heaume, lambrequins ; pour cimier un
sauvage issant tenant une lance couronnée de laurier, avec la devise
Ie lay gaignee
; pour
tenants deux sauvages armés de massues ; l'écu posant sur un carrelage
émaillé à ses pièces. Famille du Vivarais. Dans son Traité des plus belles
bibliothèques de l’Europe
(1680) Le Gallois cite la
bibliothèque de Montchal parmi celles « vendues ou dissipées dans ces
derniers temps. »







Ex-libris de
Nicolas-Thomas de Saint-André
. — Anonyme et d'une
apparence archaïque, pour in-folio, avec la devise : Pietate fulcior







Ex-libris de Scott,
marquis de la Mésangère, en Normandie. — Anonyme, pour in-folio : d'or
au cerf couché de gueules, orné d'un collier d'azur chargé d'une étoile
d'argent entre deux croissants d'or ; heaume et lambrequins ; pour
cimier un cerf issant, pour supports deux lévriers. La main senestre de
l'écu est la marque des cadets de famille en Angleterre.







Ex-libris de
Garibal
. — Pour in-8 ; le nom au bas de la pièce ; famille
du Languedoc.







Ex-libris de
Berulle
. — Pour in-8 ; le nom au bas de la pièce.







Ex-libris de Bovet.
— Anonyme, pour in-8 ; d'azur au taureau passant d'or. Famille du
Dauphiné.







Ex-libris de
Bernard de Nogaret, duc d'Epernon
.
— Anonyme, pour in-folio : de gueules à la croix potencée d'argent qui
est de La Vallette, coupé de Nogaret qui est d'argent au noyer de
sinople, parti du premier à la croix vidée ; sur le tout d'azur à la
cloche d'argent bataillée de sable, qui est de
Lagoursan-Bellegarde-Saint-Lary ; l'écu entouré des ordres de
Saint-Michel et du Saint-Esprit, posant sur un trophée, entre deux
figures allégoriques. Très-belle pièce, sans doute d'un artiste
italien.







Ex-libris de
François de Varoquier
. — Pour in-8 : Messire François de Varoquier
chevallier de l’ordre du Roy son coner et
maistre d'hostel ordre Trésorier de France Gnal
des Finances et grand voier en la généralité de Paris
.
Avec la devise : Recta
ubique sic et cor
, allusionnelle à la main levée de l’écu.








Ex-libris de Le
Féron
.
— Anonyme : de gueules au sautoir accompagné en chef et en pointe d'une
molette à six branches, et à chaque flanc, d'une aiglette, le vol
abaissé, le tout d'or ; les pièces du blason se reproduisent sur le
pavage émaillé ; aigles pour supports et pour cimier.







Ex-libris de Le
Puy du Fou
. — Anonyme, pour in-folio, signé I. Picart
: au 1 et 4, de gueules à trois macles d'argent ; au 2 et 3, d'azur à
une bande d'argent cottoyée de deux cotices potencées et
contrepotencées d'or, de 13 pièces, qui est du comté de Champagne ;
heaume, couronne, cimier, lambrequins ; pour supports, deux aigles
couronnées tenant dans leur bec, ainsi que celle du cimier, une
bannière aux armes de Le Puy du Fou.







Anonyme, pour in-8, aussi signé de I. Picart : même
blason, couronné, entre deux palmes croisées et liées. Famille du
Poitou.







Ex-libris de Jean
Bardin
. — Pour in-4 et pour in-8 : Ioannes Bardin presbyter.
Autour de l’écu la devise :  Hic ure, hic seca, modo parcas
in œternum
.







Ex-libris de
Lesquen
. — Famille bretonne ; pièce anonyme pour in-8 :
d'or au palmier de sinople, avec la devise : VIN. CEN. TI.
; heaume et lambrequins.







Ex-libris de
François de Malherbe

(1555-1628). — Anonyme, composé de ses armes, au-dessus de deux palmes
croisées : « d'argent à six roses de gueules et des hermines de sable
sans nombre, » ainsi qu'il les décrit dans son Instruction à son
fils.







Superbe pièce qui emprunte un intérêt exceptionnel au nom de son
titulaire, irrégulièrement blasonnée, sans doute gravée dans les
premières années du siècle. M. Roux-Alpheran l’a signalée, entre
autres, sur un volume in-4, Traitez des droicts et libertez
de l’Église gallicane
,
Paris, 1609, avec la signature de Malherbe et la date de son
acquisition : « Emit filio suo M. Antonio, Fr. Malherbe, parisiis 1619
(4)
. »







Le poëte a eu un plus petit ex-libris aussi composé de ses armes, avec
un lion léopardé pour cimier. L'un et l'autre se sont toujours
rencontrés collés au verso des titres des livres.







Vincent de Boyer, seigneur d'Eguilles, conseiller au parlement d'Aix,
fut l’héritier de Malherbe, et recueillit ses livres et papiers qui se
conservèrent dans sa famille jusqu'à la Révolution ; ils furent alors
dispersés par suite de l'émigration de MM. d'Eguilles.







Ex-libris
indéterminé,
irrégulièrement blasonné, pour in-folio : trois têtes de loup
arrachées, 2 et 1 ; loups supports, tête d'agneau pour cimier,
lambrequins, avec la devise : In manus tuas Domine sortes meae,
et la signature : I.
de Courbes fecit
.







Ex-libris de Lamy.
— Marque
très-exceptionnelle, formée du portrait de ce curieux (5)
, gravé de
face par quelque élève de Thomas de Leu, avec la devise : Usque ad aras, et
les mots : Amy
Lamy
, commentés d’une façon flatteuse dans les vers
suivants :








Desine mirari vultus dum cernis
amicos,




Quem pictura
refert verus amicus hic est,




Verus amicus hic
est, ut re, sic nomine dictus,




Talem, si rogitas,
experiere virum,




Ast etiam si non
rogitas, tuus ecce manebit,




Qui sibi non natus
jam suus esse nequit.











Avec huit pièces anonymes indéterminées, dont la description
n'ajouterait rien à la nomenclature précédente, et trois armoiries dans
l'oeuvre de Léonard Gaultier, au Cabinet des estampes, qui peuvent être
des ex-libris (l’une de 1611, avec la signature du maître, serait le
premier français gravé, avec date), nous en récapitulons cinquante-cinq
de 1600 à 1650. Dans trois mille pièces que nous avions pu voir pour la
première édition de ce travail, nous en comptions vingt-huit, moins de
une pour cent. Aujourd'hui que six mille au moins nous ont passé sous
les yeux, la proportion reste la même, et selon toute probabilité, ne
saurait guère varier.







Si l'on élimine de cette suite les ex-libris lorrains et franc-comtois
de Melchior de la Vallée, de Guillaume Grangier et de Pierre Sarragoz,
composés sous des influences étrangères ; celui de Nogaret d'Epernon,
d'un maître italien, et le portrait de Lamy, pure singularité, on verra
que toutes les marques de bibliothèques françaises, dans les limites
géographiques de la France de 1600 à 1650, sont essentiellement
héraldiques, composées de blasons et de leurs ornements extérieurs :
accolades de lauriers ou de palmes, heaumes, cimiers, lambrequins,
supports ; les supports, en général, tiennent les blasons sur un
terrain renflé des deux côtés, au centre duquel s'insère la pointe de
l’écu, et plus rarement sur un pavage émaillé à leurs pièces,
décoration très-riche dont on ne retrouverait plus d'exemple passé
1650. Les métaux et les couleurs, d'abord blasonnés sans régularité,
sont ensuite désignés sur les armoiries par les initiales de leurs
noms, et enfin indiqués suivant un système qui depuis n'a pas varié,
mais aussi n'a pas toujours été suivi.







Onze de nos cinquante-cinq ex-libris sont signés de noms d'artistes ou
de monogrammes ; un peu plus de la moitié portent les noms de leurs
possesseurs, sans énumération de titres ni de qualités, un excepté ;
deux seulement ont la formule Ex libris indiquant
leur destination (6)
; aucun n'est daté.







Leur époque se détermine aisément, malgré l'absence de dates, par
l'usage de l'écu dit en accolade, du heaume et des lambrequins à amples
rinceaux descendant des deux côtés de l'écu, quelquefois l'enveloppant
tout entier, et surtout par le métier serré et brillant des graveurs,
élèves ou imitateurs de Léonard Gaultier et de Thomas de Leu. A peine
quelques pièces, sans doute gravées en province, se réfèrent par leur
travail naïf à des modèles anciens.







Les ex-libris français des règnes de Henri IV et de Louis XIII sont des
incunables dans leur genre, dignes d'être recherchés pour leur belle
tournure héraldique, leur caractère artistique et leur rareté. Ils
n'ont pas été nombreux dans le temps, et les bibliothèques où ils
figuraient se sont dispersées, pour la plupart, depuis près de deux
siècles ; surtout la mise au pilon, dans d'effrayantes proportions, des
in-folio et des in-quarto, a été pour eux une cause permanente de
destruction. Faisons remarquer que, parmi les pièces énumérées, sept,
sans plus, sont franchement pour in-folio, et au moins est-il probable
que les titulaires d'ex-libris des moindres formats en avaient aussi
pour leurs volumes du plus grand. L'in-folio a été le format par
excellence pour les premiers hommes à livres, pour les races érudites ;
il composait la base précieuse et coûteuse de leurs bibliothèques,
c'est celui pour lequel ils ont dû le plus se mettre en frais de
marques de possession.







Pierre d'Hozier avait eu l'idée de donner un Recueil
des noms, surnoms, qualitez, armes et blasons de tous les curieux et
amateurs des armoiries, généalogies et histoires, vivans en cet an 1631
.
Il ne l'a pas publié, mais son exemplaire au moins existe, avec un
titre et de nombreuses notes autographes de sa main, et une dédicace
imprimée au marquis de Gesvres (7)
. Ce précieux recueil se compose de
cent vingt-cinq armoiries, gravées par Magneney et J. Picart. C'est la
fleur des érudits et des amateurs du temps, possesseurs de
bibliothèques, titulaires possibles d'ex-libris. Eh bien ! dans ces
cent vingt-cinq curieux nous n'en avons compté que cinq dont les
marques de bibliothèque soient aujourd'hui connues, en partie ; ce sont
: Le Puy du Fou, Montchal, Auzoles de la Peyre, Jean Bigot, les frères
Sainte-Marthe. D'autres encore parmi eux en ont eu, on peut l'affirmer
; mais où les retrouver ? et les retrouvera-t-on jamais ?












DE 1650 A 1700










L'un des ex-libris d'André
Félibien escuier sieur des Avaux seigneur de Iavercy etc.
historiographe du Roy
,
y avec la date 1650, particularité notable, peut être cité comme pièce
de transition. Il est gravé dans la manière grasse et colorée de
l'école d'Abraham Bosse ; l'écu en accolade, écartelé, s'y montre
timbré du heaume, mais avec un lambrequin rétréci, et les deux licornes
gardiennes posent sur un socle qui se variera en piédouche, en
cul-de-lampe, en accolade arabesque, et deviendra caractéristique de
cette période, où l'usage primitif et rustique de poser les supports
sur un terrain herbu, renflé des deux côtés, se perd peu à peu.







Les ex-libris ne sont pas encore nombreux, et offrent surtout, comme
curiosité, les variations de la mode héraldique. Les lambrequins
perdent leur caractère somptueux, le heaume disparaît pour faire place
aux couronnes qu'on usurpe, dit un contemporain, « sans qu'elles soient
dues à la naissance ni aux titres des terres, » l'écu quitte la forme
en accolade pour l'ovale, et s'encadre dans un cartouche ; il continue
à se montrer bien de face, et avec ses supports ou ses tenants,
présente un ensemble marqué de parallélisme et de régularité. Ces
changements sont l’oeuvre du temps ; les armoiries conformes à celles de
la précédente époque, mais, à la vérité, d’un travail sommaire et
lâché, tiennent bon, et trouvent dans l’Armorial universel
de Segoing, à la date de 1679, leur dernière expression collective.
Mais à partir de l’année suivante l’ensemble dont la marque de la
bibliothèque de Félibien se trouve être le prototype, remporte
décidément.







Nous signalerons, entre 1650 et 1700, quelques ex-libris remarquables
par les noms de leurs titulaires, par ceux des artistes qui les ont
signés, ou intéressants par leurs dates :







Quatre ex-libris pour les quatre formats, aux armes, aux noms et
qualités et à la devise de Nicolas Martigny, de Marsal, par Sébastien
Le Clerc, tous quatre signés, l’in-folio et l’in-quarto datés de 1655
et de 1660, gravés à Metz par cet artiste, avant son départ pour Paris.








Aux années 1655, 1660, 1666 et 1701, Jombert, dans son Catalogue raisonné de l’oeuvre
de S. Le Clerc

(Paris, 1774, 2 vol. in-8), mentionne, sous le nom d’armes, sept
autres marques de bibliothèques de ce graveur célèbre, anonymes ou avec
les noms de leurs possesseurs, signées les unes et les autres ; en
tout, onze pièces.







Ex-libris de
Guillaume Tronson
, avec la devise : Virtuti non divitiis,
signé A. B.
Flamen

; pour in-4, gravé en perfection pour le protecteur auquel l’artiste a
dédié les « Paisages dessignees après le naturel aux environs de Paris.
»







Ex-bibliot.
Hadriani de Valois dom. de La Mare consiliarii et historiogr. Regii
.
Devise : Seu
calamo, sive ense
,.







Ex-libris anonyme pour in-fol. de Jérôme Bignon II, grand maître de la
Bibliothèque du Roi : d’azur à la croix d'or coupée d'argent, accolée
d'un cep de vigne de sinople chargé de trois grappes de raisin d'or, et
cantonnée de quatre flammes d'argent ; heaume, lambrequins, pour cimier
un ange issant, pour tenants deux anges portant des palmes.







Superbe pièce sans nom de graveur, qui semble de François Chauveau. On
trouve dans son oeuvre, au Cabinet des estampes, une marque de
bibliothèque pour in-8, qu'il n'a pas non plus signée : Clerget, avec la
devise : Inania
pello
.







Le jurisconsulte bourguignon Charles Fevret : Carolus Fevretus,
devise : Concientia
virtuti satis amplum theatrum est
.







Leonor Le François
escr sr de Rigawille
,
avec la devise : Meliora
seguentr
, et la date 1673.







Ex-libris anonyme, pour in-4, de Charles-Maurice Le Tellier, archevêque
de Reims : d'azur, à trois lézards d'argent posés en pal, au chef cousu
de gueules, chargé de trois étoiles d'or ; signé : I.
Blocquet, 1612.
On a le Catalogue de la bibliothèque de ce prélat, rédigé par Nicolas
Clément (Paris, Imp. royale, 1693, in-fol.).







Louis François du
Bouchet marquis de Souches conseiller d’Estat prevost de l’Hostel et
Grand Prévost de France
; pour in-4, signé : Mavelot, graveur de Mademoiselle.








B. Bteg
de Mgr Pellot Per Presnt
du Parlnt de Normandie
.
Pièce signée, à gauche, des deux initiales I. T. ; sans doute Jean
Toustain, graveur normand.







Le premier président Pellot (1670-1686) avait une bibliothèque
considérable, composée en partie de livres italiens et espagnols.







Guyet de la
Sourdière
.
Légende : au premier quartier de Le Roy qui porte parti de Sanguin, au
second de Chassebras qui porte parti de Melun, au troisiesme de
Gallard, au quatriesme de Fougeu des Currées, et sur le tout de Guyet
de la Sourdière.







Nous avons déjà vu, dans le précédent chapitre, un exemple de ces
énumérations d'alliances ; ils ne sont pas communs.







Ex-libris anonyme de Rostaing, pour in-folio, signé de P. Nolin
: dazur à la fasce haussée d'or, accompagnée en pointe d'une roue de
même, sur des blasons d'alliances ; tenants, deux sauvages ; colliers
de Saint-Michel et du Saint-Esprit ; monogrammes couronnés aux quatre
angles.







Pièce exactement reproduite dans l'Armorial de Segoing, gravé par P.
Nolin, avec cette souscription : « Armes d'alliances de Messire Charles
marquis et comte de Rostaing, gravées par son très humble serviteur
Pierre Nolin, 1650. » La planche de l’Armorial nous donne la date
d'exécution de l’ex-libris.







Mre
Simon Chauvel chevalier seigneur de la Pigeonniere conseiller du Roy en
son conseil destat et prive président et lieutenant general à Blois
Maistre des Requestes aurdinaires de Monseigneur frère unique du Roy

; pour in-4, signé : P.
Nolin
.







Ex-libris aussi reproduit, avec la légende abrégée, dans l’Armorial de
Segoing. Cette constatation et la précédente nous ont fait regarder de
près à ce recueil héraldique, où de compte fait, se rencontrent plus de
soixante planches d'ex-libris copiés par Nolin d'après lui-même, ou
d'originaux dont il avait eu communication dans sa clientèle ou chez
ses confrères. Nous citerons comme marques de bibliothèques formelles
et indéniables, les diverses armes signées de Jacque Picar (n°161) et
de Ladame (n°139, 140, 141, 142) ; parmi ces pièces empruntées, il s'en
trouve deux, celles des Gougnon et des Ragueau, qui, survenues après le
numérotage des cuivres, sont restées sans numéros.







Denis Godefroy,
fils
de Théodore, l'historien, petit-fils de Denis, le jurisconsulte, mort
en 1681 ; son nom au-dessous de ses armes sur des marques pour in-8 et
in-12.







Ex-libris anonyme aux armes de Potier de Novion, signé de Trudon ; seule
marque connue au nom de cet artiste qui a gravé toutes les planches de
son Nouveau
traité de la science pratique du blason
, 1689, in-12.







Ex-libris anonyme de Jules-Hardouin Mansart, surintendant et
ordonnateur des bâtiments de Louis XIV : d'azur, à la colonne d'argent,
la base, le chapiteau et le piédestal d'or, surmontée d'un soleil du
même ; ladite colonne accostée de deux aigles d'or, affrontées et
fixant le soleil, signée Montulay
Lenée
.







Ex-libris divers aux noms de Jean-Nicolas de Tralage,
neveu du lieutenant de police La Reynie, grand curieux qui fit don de
toutes ses collections à l'abbaye de Saint-Victor, en 1698.







En feuilletant les collections, on ne voit pas que l'usage de la marque
gravée, collée sur la garde du livre, se fût généralisé de 1650 à 1700.
Beaucoup de savants y résistaient et conservaient leurs préférences
pour la marque de possession frappée sur les plats, antérieure, et en
quelque sorte nationale. Tels furent, entre autres, deux des plus
grands bibliophiles du siècle, Gilles Ménage et Huet, l'évêque
d'Avranches, et s'il se rencontre des livres de leurs cabinets avec une
marque intérieure supplémentaire, c'est l'ex-libris de gratitude
ajouté, après 1692, par les Jésuites de la maison professe de Paris, à
qui l'un et l'autre avait légué sa bibliothèque. Les Pères firent bien
les choses : l'ex-libris in-folio aux armes de Huet est une superbe
pièce, sans parler des trois autres ; le légataire était vivant, et le
legs de grande valeur : 8312 volimies, plus les manuscrits. Ils
semblent s'être mis en moindres frais pour Ménage, défunt, et qui
laissait à peine 2000 volumes, bien que sa bibliothèque fût grossie de
celle de son ami Guyet, savant en grande réputation alors, à peine
connu de nos jours par une épigramme de Maynard. Mais c'est déjà
beaucoup.












DE 1700 A 1789










La vogue des ex-libris se détermine durant la grande querelle des
Anciens et des Modernes ; ils se multiplient avec les bibliothèques
composées surtout de livres en langue vulgaire, qui témoignent de la
prédominance décidée, sinon de la prééminence, des lettres françaises
sur les lettres grecques et latines. Leur nombre va toujours croissant
dans le siècle, comme celui des lecteurs, des savants, des littérateurs
et des collectionneurs. Avant 1789, la France, suivant l'observation de
l'Anglais Arthur Young, était la nation où les esprits ornés et
cultivés se trouvaient en plus grand nombre, — autant dire qu'elle
était un pays à ex-libris.







Mais à cause de la superstition de la naissance persistant et
s'irritant dans ce temps de philosophie, l'ex-libris reste héraldique,
plus héraldique que jamais, et même le blason y montre d'incroyables
visées. « Les gens d'esprit et les gens riches trouvaient la noblesse
insupportable, et la plupart la trouvaient si insupportable, qu'ils
finissaient par l'acheter. » Cette observation de Rivarol explique la
manie nobiliaire d'alors, et l'audace de ses manifestations, servie et
poussée à l'extrême par la plus étonnante génération de vignettistes
décorateurs.







Nous avons vu les gens de bonne race et de dignité sénatoriale se
contenter, pour l’ornement de leurs écus, de lambrequins et d'animaux
du bestiaire héraldique ; les contemporains de Voltaire et des
Encyclopédistes sont moins modestes : ils font adopter les leurs par
les dieux, les lancent dans l’empyrée, les guindent parmi les astres et
les constellations.







Sur l’ex-libris du président Henault (dessiné par Boucher et gravé par
le comte de Caylus), Minerve, ayant rejeté son égide, a pris pour
bouclier l'écu de ce membre de l'Académie française : de sable, au cerf
d'or, accompagné d'une étoile de même. L'abbé de Gricourt manifeste par
le sien que notre globe terraqué est indigne de ses armes : un essaim
d'anges les enlève au ciel, leur vraie patrie, en chantant hosanna (8)
!







Le personnel de l'Olympe, les nuées, les puissances, les foudres, les
chérubins, les gloires, les arcs-en-ciel, les soleils, jouent, dans ces
vignettes, en faveur des armoiries, des rôles de féerie. La palme de
l'ex-libris hyperterrestre et sidéral reviendrait sans doute à la
marque anonyme de la bibliothèque de M. de Montaynard, dessinée par
Eisen, génie excessif, et gravée par Lemire : le blason de ce seigneur,
avec ses bons gardiens, son casque, son épée, les lauriers dont il est
né couvert, monte au ciel sur une nuée qu'illumine un soleil allumé
pour la circonstance ; la couronne ducale
plane au-dessus et le devance, afin que la troupe immortelle puisse
d'abord s'écrier en choeur : C'est un duc ! il arrive (9)
!







Ceux-ci sont qualifiés, titrés, et nobles nouveaux, au moins. La fureur
de l'égalité, sinon dans la noblesse, dans les signes de la qualité, en
attendant mieux, est endémique parmi les gens de charges municipales et
de professions libérales, et fait éruption en rébus étourdissants, mais
blasonnés. Du blason, qui ne s'en donnerait encore plus que du galon !
Et les armes dites parlantes sont là pour accentuer à outrance et
graver au plus profond des mémoires les noms destinés à la gloire :








Ailly ! Mailly ! Créquy !



Tels noms, telles
armes, tels cris !











M. Harlé, bon bourgeois, qui a les goûts d'un honnête homme, la
bâtisse, la musique, la lecture, adosse son blason, d'azur, à
la hart
et à la laie
d'or, à une pyramide entourée de violons et de livres, dans une
perspective de jardin à terrasses. J. N. Arrachart, chirurgien, non pas
dentiste, se blasonne de sinople au chevron d'argent escaladé de
deux rats
de sable, sinon de cave, avec le char de même,
traîné par un cheval marin (?). Deux crocodiles
s'entremangent sous les armes d'Odile, composées d'un troupeau de ces
sauriens, et une devise, à faire rêver Cyrano de Bergerac, commente cet
ensemble aimable : Terrâ
metuendus et undis
.
Sur la terre et dans l’onde animal redoutable ! Quels êtres, cet Odile
et ces crocodiles ! C'est effrayant, mais risible, et aussi sérieux.
Pourtant, entre ces rébus prétentieux, il s'en rencontre de naïfs,
venus tout seuls, composés en toute innocence et simplicité. On peut
prendre pour tel le blason de François Dezoteux : trois hotteux ou
porteurs de hottes, 2 et 1.







Dans ce carnaval des armoiries, où la calembredaine se mêle à
l’apothéose, rien ne se tient à sa place, tout se dérange et affecte
les attitudes le moins convenantes, le plus équivoques. On voit des
blasons sur des balcons, au haut d'escaliers, formant pavillon,
glissant de côté, relevés par leurs tenants qui suent à la peine,
lâchés par l’un d'eux qui se sent fatigué, écrasant leur gardien.
Supports, tenants et gardiens en prennent aussi bien à leur aise avec
leurs fonctions naguère sérieuses : ils flânent, baguenaudent, baient
aux corneilles, jouent à cache-cache, se prennent dans les volutes des
cartouches, et quelques-uns, d'ennui, semblent s'appiquer à épeler les
hiéroglyphes des écus, sans plus se soucier des importuns ni des
malveillants. Les griffons supports des armes de M. de Gourgue les
écaillent à coups de bec ; le lion gardien du célèbre chevalier Folard,
ô prodige ! porte le blason de son maître en équilibre sur l'épine
dorsale.







Un certain nombre de pièces armoriées, dans la foule, se montrent
régulièrement composées, d'éléments disparates, il est vrai, et bien
que contournées dans la forme, et attifées de palmes, de festons, de
guirlandes, de rinceaux, de coraux, d'ailes de chauve-souris, etc., se
tiennent sérieuses et droites, à la bonne vieille mode. Ce n'est pas
elles qui sollicitent les regards ; l’oeil débauché court et s'attache
aux vignettes où l’ornementation se montre le plus capricieuse et le
plus folle. Celles-ci sont bien du siècle ; les autres y semblent
attardées.







La plupart des ex-libris portent les noms de leurs possesseurs ;
beaucoup sont signés ; trois sur cent ont des dates.







Notons-en d'allégoriques, comme celui dessiné et gravé par Le Mire, de
J.-B. Descamps, l'auteur de la Vie des peintres hollandais
: la Peinture, auréolée, assise sur les nuées, esquisse un tableau ; ou
celui du libraire Prosper Marchand, dessiné par Bernard Picart : un
phénix qui renaît de ses cendres, entre deux cornes d'abondance, d'où
roulent des volumes, avec la devise allusionnelle : Sic vitam post funera reddunt.
Et d'autres formés de monogrammes modestes, mais fort agrémentés ;
telle la marque, genre rococo, de Gabriel Fulchiron, ou celle de M.
Lemoine, avocat et instituteur de la jeune noblesse, sur un écu ovale
entouré de palmes et de guirlandes, et timbré d'une couronne de roses,
avec ces mots emphatiques : Les lettres nourrissent l’âme.
Mais ils sont en petit nombre ; on les compte. Encore plus rares sont
les marques de bibliothèque anecdotiques, rappelant une circonstance ou
révélant un détail de la vie de leurs titulaires ; on peut citer
pourtant Mouffle de Champigny et M. de Varville, qui ont donné dans
leurs ex-libris des vues de leurs demeures préférées ; Félix Chevalier,
l'historien de Poligny, qui a montré dans le sien une perspective de sa
ville natale ; Chavagnac d'Amandine et le marquis de Grasse Briançon,
qui ont fait représenter, sur les socles où posent leurs armes, des
actions navales où ils s'étaient distingués.







Les trois styles d'ornementation du XVIIIe siècle, Régence, rocaille,
Vien, ou Louis XVI, sont amplement représentés dans le petit art de
l'ex-libris par de charmants spécimens ; une foule de graveurs et de
dessinateurs héraldiques, des plus habiles, bien que restés obscurs, en
ont su épuiser autour des blasons les formes et les combinaisons
diverses. Assez longue en serait la liste ; en tête se verraient les
noms de Scotin, Gamot, Roy, Ingram, Faugrand, les Collin de Nancy (10)
,
de la Gardette, Ollivault, etc., etc.







Les meilleurs et les plus renommés artistes du temps se sont mis de la
partie, et comme gens pour qui leur métier n'avait rien d'indigne et
qui ne pût être relevé par la grâce et la façon, Cochin, Gravelot,
Pierre, Saint- Aubin, Choffard, Marillier, Moreau le jeune, Gaucher, de
même qu'ils ont dessiné et gravé des encadrements, des invitations de
bal, des adresses de commerçants, des étiquettes de pommade, des
entourages de lettres de mariage, etc., ont tracé sur le papier ou sur
le cuivre des ex-libris d'une fantaisie et d'un agrément infinis.
Boucher lui-même a condescendu à la marque de bibliothèque ; en s'en
cachant, il est vrai, mais sans pouvoir dissimuler sa griffe ; un seul
des trois ex-libris connus qu'il ait dessinés, est signé de son nom, le
premier en date, sans doute, après lequel il eut à subir trop
d'importunités. Dans un chapitre spécial, nous donnons la liste des
pièces dues à ce maître, suivie de celles des ex-libris échappés à la
facilité des petits maîtres à sa suite.







En faisant reproduire onze pièces de 1700 à 1789, nous n'avons pas cru
trop demander au XVIIIe siècle ; la plupart sont disséminées dans ce
travail, mais cinq trouvent leur place ici :







Ex-libris de
Jacqvss-Benigne Bossuet
,
évêque de Troyes, neveu du grand évêque de Meaux, qui hérita de la
bibliothèque de son oncle ; anonyme : d'azur à trois roues d'or. Le
premier nom des Bossuet était Rouyer. Belle pièce où des livres, des
lauriers et des palmes se mêlent aux insignes épiscopaux ; sans doute
gravée avant 1720.







Ex-libris de la
bibliothèque du collège d'Eu
,
fondée par le duc du Maine, en 1729. Les armes du fondateur sur un
piédestal avec bas-relief, entourées d'attributs militaires ; marque
dans la tradition de solidité et de régularité de l'art du règne de
Louis XIV.







De la bibliothèque
de Mr de Joubert trésorier des Etats de Languedoc
.
Dans le style Louis XV, pièce de quelque graveur-décorateur du Midi. Le
même artiste a dessiné, sans y mettre son nom, de la même pointe légère
et brillante, l’ex-libris in-4 de Dillon, archevêque et primat de
Narbonne.







Ex-libris de
Mirabeau
;
anonyme : d’azur, à la bande d’or accompagnée en chef d'une demi-fleur
de lys du même, défaillante à dextre, florencée d'argent, et en pointe
de trois étoiles d'argent en orle. Il figure ici moins pour sa beauté
que pour le nom de son possesseur ; c'est celui de Mirabeau l’Ami des hommes,
père de Mirabeau tonnant et de Mirabeau tonneau.







De la bibliothèque
de M. Lavoisier
,
etc. Dans le plus pur style Louis XVI, dessiné et gravé par De la
Gardette ; le titulaire y prend la qualité de fermier général, qui
devait lui être funeste.







Ces ex-libris du XVIIIe siècle, si variés, si amusants, si spirituels,
si tentants, étaient le menu gibier de l'amateur, en chasse au fourré
chez les libraires, ou à découvert sur la ligne des quais. Poursuite
innocente, battue égayante et piquante d'iconophile et de lettré, vous
aurez été trop brève, vous avez fui !







Aujourd'hui, l'ex-libris, à peine aperçu, est décollé par le
bouquiniste, et précieusement réservé pour être vendu à prix débattu.
Plus de plaisir, plus d'émotion de découverte. C'est une valeur
reconnue, en hausse, et qui pourrait dire où elle s'arrêtera ?
Peut-être, un jour, dotera-t-on ses filles avec des ex-libris, et
celles qui en auront le plus et des plus rares passeront pour les
meilleurs partis. Tout arrive sous le ciel.












PREMIÈRE RÉPUBLIQUE











Le vicomte de Bourbon-Busset remplace l’ex-libris à ses armes, d'azur à
trois fleurs de lys d'or, au bâton péri en bande, au chef do Jérusalem,
deux anges pour supports, où il avait énuméré ses titres : premier
gentilhomme de la chambre en survivance de M. le comte d'Artois,
colonel-lieutenant commandant le régiment d'Artois-cavalerie, élu
général des États de Bourgogne
, par une marque encadrée
d'une couronne de chêne, où il s'honore du titre de citoyen français, à
la date de 1793.







Il a quelques imitateurs, entre autres Alexis Foissey, de Dunkerque,
qui substitue le niveau égalitaire à la couronne de son ex-libris dans
le style rococo.







Le temps n'est pas aux marques de propriété sur les plats ni à
l'intérieur des livres ; pourtant, deux ex-libris de conventionnels
assez inconnus se sont retrouvés : celui de P. M. Gillet, député du
Morbihan, surmonté du bonnet de la liberté, avec la devise : Liberté, Égalité ;
et celui de J. B.
Michaud Pontissaliensis legati in Natli Conventu
1791
, également orné du bonnet phrygien, avec la devise
La liberté ou
la mort
.
Ce mélange de français et de latin surprend sur la marque d'un député
du Doubs, né à Pontarlier ; mais on pouvait être très-latiniste alors,
et le montrer. Nous avons lu, à la même date, la Marseillaise d'un
professeur, du nom de René Morel, Ad gallicam juventutem
profecturam et se in castra composituram
.







Un des derniers ex-libris avec emblèmes républicains, doit être celui
de l’Adjudant
général Villatte
,
promu à ce grade le 5 février 1799. Son nom s'y lit entre les faisceaux
surmontés du bonnet, et un chapeau pastoral, couvrant une houlette, sur
lequel deux pigeons se becquètent. De même que le philosophe Sylvain
Maréchal, ce militaire cachait, sous une enveloppe trompeuse, un berger
de nature et de vocation.












PREMIER EMPIRE










Résurrection du blason qui faisait le mort pendant la tourmente
révolutionnaire. Il reparaît, panaché sur les ex-libris des sénateurs
et grands dignitaires de plumes d'autruche, en nombre impair,
contournées dans des poses qui n'étonneraient pas davantage sur la
partie de la bête où l'homme les a ravies.







La marque d'Antoine-Pierre-Augustin de Piis se distingue heureusement
dans cette cohorte d'armoiries réglementaires ; elle se compose de son
monogramme appendu au tronc d'un palmier qui porte à chaque rameau le
nom d'un des maîtres de la chanson : Panard, Favart, Vadé, Collé, etc.
; par terre sont éparses les oeuvres dont l'aimable vaudevilliste
pouvait se réclamer pour figurer à son tour sur cet arbre de gloire
Santeuil et
Dominique, le Rémouleur et la Meunière, les Amours d'été, les Veillées
villageoises, Chansons
.












RESTAURATION.
MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE. SECONDE RÉPUBLIQUE










Rien, rien, et encore rien, que des marques héraldiques sans caractère
et sans style, pour lesquelles il y a des moules, à Paris, chez les
graveurs des passages. Le moule dit au ceinturon
fut un des plus en vogue, et peut-être l’est-il encore. C'est un
ceinturon entourant les armes ou le monogramme ; rien de plus, mais
cela a charmé, le ceinturon avait le je ne sais quoi.
Hermione, Rachel, veux-je dire, s'était donné le ceinturon ; M. Armand
Baschet a fait tracer le cercle en cuir du ceinturon autour du lion de
Venise, Custos
vel ultor
, qu'il partage avec les d'Argenson, on ne sait
pas assez pourquoi.







L'art romantique n'a pas une pièce dans ce genre, où, comme dans le
frontispice et la vignette, il eût pu laisser trace de son originalité.
Nous sommes à voir un ex-libris de Célestin Nanteuil, des Johannot, de
Gigoux ou de Camille Rogier. Dans ce désert, on s'étonne de rencontrer
la marque de bibliothèque d'Alphonse Karr, la guêpe, sa bête
symbolique, en train de couvrir d'écriture une longue pancarte ; sans
doute dessinée par le caricaturiste J.-J. Grandville.












SECOND EMPIRE.
TROISIÈME RÉPUBLIQUE










A côté de la gravure industrielle des armoiries, qui prospère,
constatons une petite renaissance artistique de l’ex-libris, due à
celle de l’eau-forte, et tout à fait étrangère à l’héraldisme.







Depuis quelques aimées, des artistes connus ont pris le goût de graver
pour les livres de leurs amis, littérateurs, savants ou curieux, la
plupart roturiers, des marques de possession concordantes avec leurs
études, leurs goûts, ou emblématiques de leurs oeuvres.







Tels:







M. Alexandre Bida, qui a dessiné une jolie vignette pour l’étonnante
bibliothèque, sitôt faite et défaite, de M. Félix Solar (11)
;







M. Aglaüs Bouvenne, l’auteur des Monogrammes historiques d'après
les monuments
,
qui a dessiné et gravé les ex-libris de MM. Victor Hugo, Théophile
Gautier, Champfleury, Alexis Martin, Maurice Tourneux ; celui de M.
Victor Hugo, antérieur à la publication du livre Mes premières années à Paris,
semble avoir inspiré à M. Auguste Vacquerie le vers mémorable :








Les tours de Notre-Dame étaient
l’H de son nom
.










M. Féhix Bracquemond, à qui MM. Charles Asselineau, Philippe Burty,
Georges Pouchet, Edouard Manet le peintre, Christophe le statuaire sont
redevables de leurs marques d'écrivains ou d'artistes lettrés ; la
marque de M. Manet le représente en buste sur un terme ; la
devise Manet et
manebit
, affirme sa gloire, en jouant sur son nom ;







M. Léopold Flameng, qui s'est employé à celles du bibliophile Pierre
Deschamps et du docteur Gérard Piogey ;







M. Octave de Rochebrune, qui a encadré dans des motifs d'architecture
de la Renaissance trois ex-libris de personnes de sa famille, ceux de
l’érudit Benjamin Fillon et de l'éditeur T.-S. Montagne, et le sien
propre, composé de ses armes, entre deux figures de Paul Ponce d'un des
frontons du Louvre, avec la devise : Labore surgo (12)
.







Avant eux, Gavarni s'était complu à dessiner l'emblème fraternel de MM.
Edmond et Jules de Goncourt, que Jules de Goncourt grava lui-même : une
main indiquant, de l'index et du médium, les lettres E et J, tra-cées
sur un papier ; image assez parlante pour se passer de la locution
populaire qui serait sa devise : Les deux doigts de la main.













LES DEVISES










La devise suit l'écu. Dans cette masse de gravures d'armoiries, le plus
grand nombre des légendes sont des affirmations ou affectations de
vertus obiliaires : fidélité au roi, impatience de combattre, fermeté
inébranlable ; des déclarations de prépondérance féodale, des cris de
joie de compter parmi les puissants de ce monde, des allusions
flatteuses au nom qu'on porte, des commentaires avantageux de la pièce
principale de son blason :








A Créquy grand baron nul ne s'y
frotte
, Créquy ;



Plutôt crever que
plier
, Moreton-Chabrillan ;



Impavidum ferient
ruinœ
, Beaumont ;



Duce non erramus
Olympo
, Carvoisin ;



Fortis et fidelis,
Forestier ;



Fiddis semper
contra infideles
, Beaufranchet de la Chapelle ;



Attente nuit,
Buissy
, Buissy ;



Une fois, Faletans,
Faletans ;



Honeur y gist,
Balleroy ;



Et habet sua
sidéra tellus
, d'Hozier ;



Fortis ut Samson,
Samson ;



Vetustate robur,
Saint-Aulaire.



Hogne qui vonra,
est la devise des Mailly qui portent d'or à trois maillets de sinople ;




Separata ligat et
fluctuantibus obstat
, celle des Pontevès qui blasonnent de
gueules au pont de deux arches d'or, maçonné de sable.



Moderatur et urget,
celle des Rouillé de Boissy qui ont trois mains dans leurs armes.










Des élans vers les joies éternelles marquent les ex-libris des
ecclésiastiques : Hic
ure, hic seca, modo parcas in œternum
,
est la prière du prêtre Jean Bardin. Barré, curé de Monville, près
Rouen, en thésaurisant sa bibliothèque, fait un retour sur la
sécheresse du célibat : Thesaurisat,
et ignorat cui congregabit ea
.







Les savants manifestent leur préoccupation ou leur passion
professionnelle, l'idée qu'ils ont de leur art, le but de leurs études,
leur conviction philosophique. Sollicitudo vigilanti ,
Vigilentia custos, Cunctando
, sont les devises des
médecins Benningham, Raussin, Sauvage ; Je rapporte fidèlement ce que je
découvre
,
dit le consciencieux historiographe et généalogiste Chevillard ; l’abbé
Morellet, autour de son monogramme, a fait graver : Veritas omnia vincit,
et l’érudit Delaulnaye, au centre de son nom, capricieusement contourné
Rerum
cognoscere causas
.








L'homme a dit : Faisons Dieu,
qu’il soie à notre image.




Dieu fut ! et
l'ouvrier adora son ouvrage
.










Ce distique, dans un encadrement du style Louis XVI, est la marque
anonyme du philosophe Sylvain Maréchal, et la formule surprenante de
son athéisme (13)
.







Les devises et inscriptions témoignant du plaisir de posséder une
bibliothèque, assez rares sur les ex-libris, sont aussi de genres
différents. Les plus communes expriment le goût de la lecture ; elle
est un charme et une consolation : In secundis voluptas, in
adversis perfugium
In solitudine solamen
; His me consolor
Fallitur hora
legendo
; « C’est
la meilleure munition que j’aye trouvé en cet humain voiage

(Montaigne). »



En quatre mots, M. Maurice Tourneux, bibliophile contemporain, a donné
l'expression du parfait bonheur de la vie studieuse et modeste
In angulo,
cum libello
.
Ce concert de bibliophilie n'est guère troublé que par la note
discordante d'une marque anonyme, composée d'un livre et d'une plume
Res optimœ,
res pessimœ
; antithèse renouvelée de la controverse
d'Esope le Phrygien sur la langue, la meilleure et la pire des choses.







Viennent ensuite les devises de libéralité qui indiquent le Mécène ;
elles ont leur modèle, excellent, dans le fameux Grolierii et amicorum,
souvent copié, non sans hypocrisie, et sur lequel ont trouvé moyen de
renchérir Lambert de Villejust : Amicis et mihi, et
un Savigny : Non
mihi, sed aliis
; dans ce dernier cas la générosité va
jusqu'à la renonciation.







Mais les inscriptions les plus heureuses, les plus sincères surtout,
sont celles où la joie du bibliophile se montre en même temps que son
inquiétude de prêter, ou que sa résolution de garder pour lui ses
richesses, de ne s'en séparer jamais.







Lege et redde,
dit François-Jean Sirebeau ; Hugo de Bassville lui fait écho : Rendés le livre, s'il vous plaît.
« La première
chose qu'on doit faire, quand on emprunte un livre, c’est de le lire,
afin de le rendre plus tôt
. » Vérité constante, que le
grand comédien anglais Garrick a bien fait de répéter d'après
le Menagiana.








Charles-Frédéric Hommeau, de qui l'ex-libris représente la
bibliothèque, ornée de la statue du dieu des arts, donne quatorze jours
à l'emprunteur pour rendre le livre, en bon état, et afin que nul
n'excipe d'ignorance, il a pris soin de faire graver, au bas de la
planche, cet article du règlement de son cabinet :








LEX
BIBLIOTHECAE











Intra quatuordecim
dies, commodatum ni reddideris, neque bellè custodieris, alio tempore
dominus : Non habeo, dicet
.







Ite ad vendentes,
et emite vobis

; Allez chez les libraires, et payez-vous-en ; c'est en s'autorisant de
saint Mathieu qu'Aubry, docteur en théologie, curé de
Saint-Louis-en-risle, ferme sa porte au nez des emprunteurs.



 



Guilbert de Pixérécourt a pris la peine de formuler, en deux vers, les
raisons péremptoires pour lesquelles, sous quelque prétexte que ce
soit, un curieux ne se doit dessaisir d'un livre :








Tel est le triste sort de tout
livre prêté,




Souvent il est
perdu, toujours il est gâté
(14)
.










Guillaume Colletet, grand bibliophile, comme l’on sait, envisageait le
prêt de ses livres avec la même horreur que celui de sa moitié, la
belle Claudine elle-même, et avait ainsi déclaré son ferme propos :








A MES
LIVRES












Chères délices de mon âme.



Gardez-vous bien
de me quitter ;




Quoiqu'on vienne
vous emprunter ;




Chacun de vous
m'est une femme




Qui peut se
laisser voir sans blâme




Et ne se doit
jamais prester
(15)
.










La plupart de ces malédictions aux emprunteurs se rencontrent, réunies
à des devises personnelles, sur l’ex-libris pour in-folio de M. Abel
Lemercier, gravé par M. Martial Potémont, qui présente de plus la
singularité de se pouvoir décomposer en marques de bibliothèque des
divers formats ; c'est une pièce originale parmi les modernes.












*



* *











QUELQUES
EX-LIBRIS SINGULIERS








Les ex-libris de Thomas
Gueulette











Simon-Thomas Gueulette, grand conteur de contes de fées, et grand
compositeur de farces pour le Théâtre Italien et le Théâtre des
Boulevards, est, que nous sachions, le premier, peut-être le seul homme
de lettres, qui ait eu l'idée de faire de son ex-libris une allégorie
de l’ensemble de ses productions littéraires. Il a même eu deux
ex-libris de la même allégorie, reprise et retournée, tous deux
charmants, dignes de cette belle bibliothèque de littérature française,
ou gauloise, si l’on veut, qu'il avait réunie à Choisy-le-Roi, à côté
de son théâtre particulier.







Exlibris Thomae
Gueulette et Amicorum
, c'est leur légende ; Dulce est desipere in loco,
c'est sa devise épicurienne, qu'un amour volant emporte dans les nuées.
Dans la vasque d'une fontaine formée de son blason que décore une tige
de muflier (16)
, entourée d'une volée de papillons, se baigne un Syrène
tenant d'une main un miroir, et de l'autre une marotte ; à droite et à
gauche se groupent un Tartare, un Mandarin, un Arlequin et un Cyclope
tenant un enfant dans ses bras.







Le Cyclope nous échappe, mais le seigneur tartare figure ici
les Mille et un
quarts d'heure, contes tartares
, publiés en 1715,
réimprimés en 1723 et en 1753, et formant les tomes XXX et XXXII
du Cabinet des
Fées
; le beau Mandarin, les Aventures merveilleuses du
mandarin Fum Hoam, contes chinois
, dont il y a eu deux
éditions, sans compter la réimpression au tome XIX du Cabinet des Fées ;
et enfin le sémillant Arlequin, tout le théâtre de Gueulette.







Dans le second et le plus petit ex-libris, jolie eau-forte
signée Inv.
Bellanger et sc.
,
la fontaine et les personnages, au lieu de se présenter de face, se
dessinent à gauche, en perspective fuyante ; à droite, un Arlequin
sinistre les désigne d'un geste moqueur, et les raille. C'est Arlequin-Pluton,
héros d'une parade que Gueulette fit jouer en 1719, qui semble
promettre aux sombres bords le monument de son auteur.







Et de fait, Gueulette littérateur n'est plus de ce monde, il avait pris
soin, d'ailleurs, d'en épuiser jusqu'à quatre-vingt-trois ans les
joies, les plaisirs et les succès.












Les ex-libris du président de
Brosses











Quand Charles de Brosses vint à passer ses examens pour le grade de
bachelier en droit, il fallut l'élever sur un tabouret, pour montrer au
public le petit prodige.



Cette disgrâce d'être petit, au-dessous de la commune petitesse, se
peut consoler par d'illustres exemples ; pour un humaniste, comme
Charles de Brosses l’était, la première phrase de Quinte Curce sur
Alexandre le Grand est déjà bien secourable. Et puis, en homme
d'esprit, il ne tenait qu'à lui de prendre son parti de son exiguité,
de l'arborer, d'en rire avant les rieurs ; et c'est ce qu'il fit,
croyant bien faire.







Sur le premier de ses ex-libris, gravé par A. Aveline, au-dessus de ses
armes, d'azur, à trois trèfles d'or, posés 2 et 1, sommées de la
couronne de comte et du mortier de président, on lit cette devise
Homunculi
quanti sunt !

Que grands sont les homuncules ! Mais Charles de Brosses n'eut sans
doute pas à se féliciter de son héroïsme à se traiter d'homoncule en
antithèse à ses grandeurs de toute sorte ; sur son second ex-libris,
gravé par Durand, la malencontreuse devise a disparu.







Décidément il était trop petit, et tout en lui et de lui se tournait
contre sa petitesse : s'il publiait un livre sur le culte des dieux
fétiches, par exemple, on l'appelait le président Fétiche. Ce ridicule
le poursuit outre-tombe, et chaque fois que son nom est réveillé, c'est
pour quelque avanie posthume à sa taille minuscule. Un des derniers
Salons publiés de Diderot le fait voir comme un nabot, monstrueusement
avantagé in eâ
parte quâ Achilles erat
.







L'ex-libris avec la devise Homunculi
quanti sunt !

énumère en latin les titres de de Brosses, « comte de Tournay, baron de
Montfaulcon, président à mortier au parlement de Bourgogne, » et résume
ainsi ce qu'il y eut de funeste dans la vie de ce galant homme.







Le domaine de Tournay n'est autre que celui dont Voltaire acquit la
propriété viagère, et où il se chauffa, au détriment de son vendeur, de
quatorze moules de bois, valant bien douze louis. De là une grosse
affaire, où l’on se menaça, de part et d'autre, de se déshonorer, et
de se mener
fort loin à la table de marbre
.
La conséquence en fut que Voltaire empêcha Charles de Brosses de
succéder, à l’Académie française, au fauteuil du président Hénault.







Que de choses dans un ex-libris !












L'ex-libris de Louis XV



L’ex-libris de
Madame Victoire de France




L’ex-libris du
Château de la Bastille











On nous avait bien dit que Louis XV avait eu un ex-libris. Nous n'en
voulions pas croire les yeux d'un autre ; nous ne pouvions imaginer les
livres d'un roi de France avec une si modeste marque de possession,
rappelant l'économie d'une branche cadette.







Aujourd'hui, nous l'avons vu, de nos yeux vu. Le double L y figure en
monogramme sur un écusson entouré de trophées et sommé de la couronne
royale. Très-belle pièce pour in-folio, dessinée par A. Dieu, et gravée
par L Audran ; elle s'est rencontrée sur un volume couvert en veau, où
le double L était répété entre les nerfs, mais non sur les plats.







Le blason de France, d'azur, à trois fleurs de lys d'or, existe en
ex-libris pour la bibliothèque de Mme Victoire de France, fille de
Louis XV, et pour celle du Château royal de la Bastille.












Les ex-libris de Laus de Boissy










« Je gage, dit l’un, que je pourrai vous citer tel ouvrage et tel
écrivain dont vous n'avez jamais ouï parler.



 



— Je vous le rendrai bien, répondit l’autre. Et en effet, ces messieurs
se mettant à disputer de petitesse et d'obscurité, on vit paraître sur
la scène une armée de Lilliputiens : Mérard de Saint-Just, Santerre de
Magni, Laus de Boissy, criait l’un... »







Ceci est du Rivarol, et en effet, à la date du Petit almanach de nos grands
hommes

(1788), Laus de Boissy était un écrivain assez obscur, et par malheur,
destiné à le rester. Mais il aima les livres, il eut jusqu'à trois
ex-libris, l'un galant, bien troussé, bien gravé, et illustré d'un
calembour en latin ; il est notre homme. Voici :







La Justice sur des nuées, vêtue d'une robe fleurdelysée, le bandeau sur
les yeux, tient d'un bras le glaive, et de l'autre qui replie les
balances, s'appuie au blason de Laus de Boissy, qu'environnent des
amours porte-lyres, et des colombes amoureuses ; l'un d'eux et l'une
d'elles tendent une banderole festonnée de roses, où se lit : Virtuti et amori laus.
Louange à la vertu et à l'amour ; ou plutôt : Laus est tout à la vertu
et à l'amour. C'est charmant.







Comme le chat fait la souris, Rivarol après avoir marqué Laus de la
dent, dans la préface de l’Almanach,
le reprend, à l'ordre alphabétique, pour le remordiller sur sa manie de
titres littéraires et autres ; et en effet, l'ex-libris porte
Bibliotéque
(sic) de
M. de Laus de Boissy, Ecuyer Lieutenant particulier du siège de la
Connétablie, Happorteur du Point-d'Honneur, Membre des Académies de
Rome, Padoue, Rouen, etc., etc.








Dépourvu de talent et affamé de considération, de notre temps, ce
pauvre écrivain eût eu du moins la satisfaction de se faire décorer de
quantité d'ordres extravagants.







Il est venu au monde trop tôt.












L'ex-libris de Grimod de la
Reynière











Grimod de la Reynière dessinait et découpait très-agréablement avec sa
main mécanique en fer ; on a des vignettes signées de lui, entre autres
celle du volume anonyme intitulé Gastronomiana, qui
représente un gourmand déjeunant avec des huîtres et des pâtés.







Son ex-libris est, à n'en pas douter, aussi de sa façon ; les objets
allusionnels qui s'y groupent le font assez voir.







Ex libris A. B. L.
Grimod de la Reynière
.
Sous son blason, sommé de la couronne de comte, à laquelle une toque
d'avocat sert de cimier falot, sont jetés pêle-mêle, une robe, des
livres, une coupe, un masque, une marotte ; à droite, une énorme
lorgnette est guindée sur une colonne à chapiteau corinthien ; à
gauche, une branche de laurier s'enroule à un bâton que surmonte le
bonnet de la liberté.







Cette composition dit la profession du personnage, avocat au parlement,
ses goûts littéraires, ses habitudes de folie et d'indépendance
endiablée, et surtout son excentricité. La lorgnette monumentale y met
une date. C'est en 1783 que Grimod publia son second livre : La Lorgnette philosophique,
trouvée par un révérend père capucin sous les arcades du Palais-Royal
.
Au préalable, il s'était donné la satisfaction de lire des passages de
cet ouvrage à ses convives, pendant son second grand festin
commémoratif de la mort de Melle Quinault, du 22 février de cette
année-là.







Sa vocation gastrolâtrique était encore indécise alors ; sans quoi nous
verrions figurer dans l’ex-libris quelqu'un de ces puissants harnois de
gueule, qui dessinent de si imposantes lignes sur les frontispices de l’Almanach des gourmands



 








L'ex-libris de Champcenetz










Une caricature de 1789 représente MM. Casserole et Chambrenette (lisez
Rivarol et Champcenetz) collaborant au Petit almanach de nos grands
hommes
dans une mansarde des plus délabrées et démeublées.








Il ne faudrait pas s’y laisser prendre. A cause de deux affreux vers
latins sur le ridicule de la pauvreté, on l'infligeait, de tradition,
dans la littérature française, à ses ennemis, même vivant sous des
lambris dorés. Ce qui était le cas du marquis Louis de Champcenetz,
lequel, de plus, s'était donné le luxe d'une très-belle bibliothèque et
d'un ex-libris représentant son blason sur un amoncellement de nuées,
au centre d'une gloire plus irradiée que celle d'aucun saint-sacrement.
La pièce est enlevée au burin, et typique dans le style Louis XVI.







La bibliophilie fut pour quelque chose dans la fin tragique du
pamphlétaire royaliste. Il avait quitté Meaux où il s'était caché,
surtout pour revoir sa bibliothèque, à ce qu'il dit à son ami le
chevalier Joumiac de Saint-Méard, célèbre échappé aux massacres de
Septembre. Arrêté en novembre 1792, il fut exécuté sept mois après. La
vente de ses livres, commencée à son domicile, rue du Mail, n° 19, le
quintidi 5 frimaire an IV (jeudi 26 novembre 1795) demanda quinze
vacations ; le catalogue se composait de 1293 numéros.







Journiac semble avoir beaucoup regretté Champcenetz, comme estomac.
Quelques années plus tard, il fondait la société dite des Gobe-mouches,
dont il empruntait le nom au titre de la plus plaisante production
littéraire du défunt (17)
. C'étaient des habitués de l'ancien
Palais-Royal, survivant au cataclysme révolutionnaire, qui se
réunissaient pour se refaire de leur long jeûne, et aussi de leurs
émotions, en débridant fort et ferme. Leur président fondateur poussa
plus loin que personne ces représailles de table. En 1808, âgé de
soixante ans, il faisait « six repas par jour, sans compter tout ce
qu'il mangeait pendant la nuit. » Grimod l’affirme, et on l'en peut
croire (18)
. Phénomène de nature à consoler et à attrister à la fois
les mânes du pauvre Champcenetz, appétit fauché dans sa fleur !












Les ex-libris de
Boyveau-Laffecteur











Qui n'a rencontré avec douleur des volumes où les blasons ont été
coupés sur les plats, et où, plus souvent encore, les ex-libris ont été
couverts d'un papier qui les laisse deviner dans sa transparence ? Ce
sont les marques exécrées des bibliophiles, de la proscription, pendant
la première République, des signes et emblèmes nobiliaires, qu'une
terreur fort excusable faisait arracher au dissimuler.







En gravure, comme en politique, il est des moyens ingénieux de
retourner sa casaque, sans la mettre en pièces ; seuls, les malins s'en
avisent : le citoyen Boyveau-Laffecteur en est un intéressant exemple.







Avant la Révolution, Boyveau-Laffecteur, docteur en médecine, qui a
laissé son nom à une postérité de médicaments, s'était fait graver un
agréable ex-libris représentant, dans un paysage, un abreuvoir
rustique, bien que monumental, où une vache se désaltérait ; au centre
se détachait son blason, où figure une cigogne, emblème de la prudence
et de la sapience, couronné d'une belle couronne de comte.







Boyveau, connu
sous le nom de Lafecteur
,
comme dit la banderole qui s'enroule à ce blason, était-il comte ? Il
n'importe. On ne regardait pas de très-près aux couronnes, en 1789 ;
mais en 1792, on y regarda de trop près.







C'était un détail : Boyveau, sur son ex-libris, en un tour de main, le
fit effacer et remplacer par un bonnet phrygien, énorme et triomphant !








L'ex-libris au bonnet se trouve bien moins souvent que l’ex-libris à la
couronne, qu'il recouvre parfois. Boyveau, sans doute, se refit comte ;
son jacobinisme ne fut qu'une halte entre deux noblesses.







Après tout, il est resté une des illustrations les plus tenaces à la
quatrième page des journaux.












L'ex-libris de François de
Neufchateau











A travers les événements, François de Neufchateau resta un porteur de
lyre.







Cela se lit dans sa bibliographie où des poésies diverses, fugitives,
odes, épîtres, poëmes, etc., alternent sans cesse avec des écrits
politiques, économiques, historiques, agronomiques. Presque du berceau
à la tombe, il bégaya le langage des dieux : vocation impérieuse, que
le talent trahit parfois. Elle explique le commentaire du blason que
Napoléon Ier lui avait donné, et la célébration, sur son ex-libris, de
cette munificence, dans le



rhythme ïambique, ou prétendu tel.







Et que de titres ! que de têtes ! c'est une hydre politique,
administrative, poétique, agricole, etc., que








N.
FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU








LE PREMIER DES PRÉSIDENTS DU SÉNAT CONSERVATEUR,



GRAND OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR, TITULAIRE



DE LA SÉNATORERIE DE BRUXELLES, l'UN DES QUARANTE



DE LA CLASSE DE l'INSTITUT QUI SUCCÈDE A l'ACADÉMIE



FRANÇAISE, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ d'AGRIGULTURE



DE PARIS, POUR LA SIXIÈME FOIS, EN 1811 ; ETC.











Dans un siècle où l'or seul fut
un objet d'envie.




De l'or je ne fus
point épris.




J'aimai le bien
public, j'y dévouai ma vie ;




J'en ai reçu le
digne prix :




Du plus grand des
héros l'estime peu commune




M'a doté de cet
écusson ;




Honneur bien
préférable aux dons de la Fortune,




Il m'offre une
double leçon.




L'agréable est ici
figuré par le cygne,




Et l'utile par les
épis :




Trop heureux en
effet qui serait jugé digne




De ces emblèmes
réunis.




O mes livres
chéris, conservez cette image,




Seul trésor que je
laisserai.




Et longtemps après
moi, rendez encor hommage




A la main qui m'a
décoré !











Il va sans dire que l’écusson où l’utile se môle si étroitement à
l’agréable, est ombragé d'une de ces toques sénatoriales d'où cinq
plumes d'autruche s'élancent en ondoiements indescriptibles.







Les ex-libris, recherchés surtout comme pièces bibliographiques et
comme images de décoration et d'ornement, offrent assez souvent un
intérêt littéraire et biographique ; c'est ce que nous avons voulu
montrer.







Il n'a tenu qu'à nous d'en multiplier les exemples.














*



* *














EX-LIBRIS




DESSINÉS OU GRAVÉS
PAR LES PETITS MAITRES




DU XVIIIe SIÈCLE










Cette liste ne se présente pas comme complète ; il reste bien quelques
trouvailles à faire. Telle quelle, elle se compose de vignettes bien
difficiles à réunir, surtout en bonnes épreuves. Excepté lorsque la
pièce est anonyme, nous nous contentons d'en donner la lettre, sans
description.







Il s'agit ici, bien entendu, des petits maîtres qui ont su donner à
l’ex-libris un caractère de nouveauté, qui l’ont traité avec liberté,
imagination et fantaisie, mais non des bons ouvriers en gravure
héraldique, tels que Roy, Bourgeois, Viotte, Ollivault, etc., etc., si
nombreux au XVIIIe siècle. Les noms de ceux-ci se trouveront dans
la Liste
générale des dessinateurs et graveurs signataires d’ex-libris français
.
Nous n'avons pu songer à les en tirer : les minores ont droit à
plus d'attention que les minimi.













FRANÇOIS BOUCHER










Le Pdent Henault de l’Academie françoise. Sans
nom de dessinateur ni de graveur.







La lettre de cet ex-libris, sur l'épreuve de l'oeuvre du comte de
Caylus, au Cabinet des estampes, est : Académie franc. Pdent
Henault. Boucher
inv. C.
(Caylus) s.







Ex libris Joannis Laurentii Aublé. F. Boucher in. Pariset sc.








Ex-libris anonyme du chevalier de Valori. F. B. inv. (sur une
palette au bas de la pièce, à droite), J. H. V.
(Valori) scul.








Se trouve dans l'oeuvre de Valori, Recueil des amateurs,
au Cabinet des estampes.












BOUCHARDON










Mde Le Daulceur. Ed.
Bouchardon in. Del. Louise Le D.
(Daulceur) sculp.












PIERRE










Mr Mignot de Montigny. Pierre
del. Louise Le D.
(Daulceur) sculp.












GRAVELOT










Bibliothèque de Mr Thiroux d'Arconville, présidnt au
Parlement. H.
Gravelot in. M
de Le D.
(Daulceur) sculp.








La composition de cet ex-libris a servi pour celui de Thiroux de
Gervillier aussi gravé par Mme Le Daulceur, et a été empruntée par
Jacobus Henricus Tribourdet legus partuls
et U. B. praefectus. H.
Gravelot in. del. Fessard sculp.
1737 ; il existe des
épreuves de cette dernière pièce avant le nom du titulaire.







Ex-libris sans doute d'un comédien, avec la devise : Facies mutat semperque decenter.
H. Gravelot inv. Major sc.
1747.







Ex-libris anonyme, sans signature. Blason avec la devise : Magis ac magis.







Compris, au Cabinet des estampes, dans l’oeuvre de Gravelot et dans
celui de Choffard, comme destiné par le premier et gravé par le second.








Ex-libris pour in-4, anonyme, sans signature, aux armes de Nicolaï :
d'azur, au lévrier courant d'argent, accolé de gueules, bandé d'or.
Même observation que pour le précédent. Voir l'article CHOFFARD.








Il est singulier que Gravelot, grand liseur, et qui avait une
bibliothèque nombreuse, ne se soit pas donné d'ex-libris.












COCHIN FILS










Ex-libris anonyme : un amour appuyé à un blason entouré d'attributs des
arts et que surmonte une tête de boeuf. Cochin inv.
1750. De
Lafosse sc.








Ex-libris anonyme de l’abbé Leblanc : des amours, parmi des rochers
égayés de verdures et d'eaux vives, enguirlandent des cygnes autour
d'un blason dont un cygne est la principale pièce. C. Cochin filius inv. C. O.
Galimard sculp.








L'abbé Leblanc et Cochin accompagnaient dans son voyage en Italie
(1749) le marquis de Vandières, frère de Mme de Pompadour, depuis Mr de
Marigny.







Ex libris Le Vassor de la Touche. C.
N. C. d. I. Ingram.








Ex-libris anonyme et sans signature, aux armes de madame de Pompadour :
d'azur, à trois tours d'argent, maçonnées de sable ; deux griffons
gardiens.







Dans l'oeuvre de Cochin, annoté par lui-même, du Cabinet des estampes,
on lit au-dessous de cette pièce : « Il y a apparence que ces armes ont
été destinées à être collées sur les livres de la bibliothèque de cette
dame. » Il est aussi probable que, gravées peu de temps avant sa mort,
elles n'ont pas été utilisées.







Mme Du Barry se fit aussi graver un ex-libris dont elle ne se servit
que peu ; nous en avons vu deux épreuves, sans plus. M. Delero a bien
voulu vérifier qu'il ne se trouve sur aucun des nombreux volumes aux
armes de Du Barry et de Gomart de Vaubemier, de la Bibliothèque de
Versailles.







Pour les livres de la bibliothèque de son domaine de Crecy, près de
Dreux, la marquise de Pompadour avait un ex-libris formé d'un cartouche
rocaille, au centre duquel se lit le mot Crecy.







Ex-libris anonyme pour in-folio, aux armes de Poisson de Marigny,
surintendant des Beaux- Arts, dans les nuées, entourées de figures
allégoriques. C.
N. Cochin filius inv. C. O. Qalimard sculp.
1752.












CHARLES EISEN










Mde d'Arconville. C. Eisen del. Louise Le Daulceur
sculp. et in.








Ex-libris anonyme aux armes de Monteynard. Voir p. 28. C. Eisen inv. Le Mire sc.








Ex-libris anonyme pour in-4 de Claude-Antoine de Choiseul-Beaupré,
évêque, comte de Châlons-sur-Marne : d'azur à la croix d'or, cantonnée
de vingt billettes de même, cinq en chaque canton, disposées en
sautoir. C.
Eisen invenit. Aliamet scul.








Ex-libris anonyme à la date de 1749, pyramide et génies. C. Eisen del. R. Strange scul.








Ex-libris anonyme aux armes du marquis de Paulmy : d'azur, à deux
léopards d'or, couronnés à l'antique, passant l'un sur l'autre ; le
lion de Venise pour cimier. Eisen inv. J. Aliamet.







Dans son OEuvre
suivie contenant différents sujets de décorations et d'ornements
,
etc., dédiée à ce même marquis de Paulmy, Charles Eisen a donné divers
passe-partout de blason, décorés d'amours, de guirlandes, de palmes et
d'attributs divers, dont les graveurs héraldiques de son temps se sont
fréquemment inspirés.












AUGUSTIN DE
SAINT-AUBIN










Ex libris Auguus de Saint-Aubin.







Ex libris Ludovicus de Meslin. Aug. de Saint-Aubin fecit.







Dans l'oeuvre d'Augustin de Saint-Aubin du Cabinet des estampes,
rassemblé et légué par lui, ces deux petites pièces se montrent gravées
sur la même planche.







Ex libris F. de La Rochefoucault, marchionis de Bayers. Aug. de Saint-Aubin inv.



  



Cette charmante pièce a trois états dans l'oeuvre précité : eau-forte
pure, avant la signature, et avec la signature à laquelle Augustin de
Saint-Aubin a ajouté de sa main : del. 1763.







Quatre pièces anonymes du même oeuvre semblent des ex-libris, l'une
surtout, aux armes de M. de Béthune-Charost qui avait une bibliothèque
considérable, vendue en l'an X.












MOREAU LE JEUNE










Ex-libris anonyme de Moreau d'Hemery : d'azur à la fasce d'argent
chargée d'une grenade tigée et feuillée de sinople, accompagnée de
trois merlettes d'argent posées 2 et 1. Moreau i. et s.







Ex libris Ludovici Deschamps des Tournelles. Moreau sculp.







Ex-libris avec armes composées d'un chevron échiqueté, de deux
croissants et d'un château ; lions supports. Moreau in. fecit.
1768.







Du cabinet de livres de M. A. P. de Fontenay, éc.r
S.gr de Sommant, Noiron, etc., président et
lieutenant génal au bailliage et siège présidial d'Autun. J. N Moreau le Jne
inv. et sculp.
1770.







L'oeuvre de Moreau du Cabinet des estampes a trois états de cette jolie
pièce : eau-forte pure, avant la lettre, avec la lettre.







Ex libris marquis de Rognes. J. Moreau del. N Le Mire sculp.
1777.







Ex libris Boucherot du Fey. Sans signature.







Comme dans l'oeuvre d'Augustin de Saint- Aubin, il se trouve dans celui
de Moreau le jeune quelques ex-libris douteux.












CHOFFARD










De Gursay, de Landry et de la Parisière-Thomasseau, écuyer, origin.
d'Angers. Malo
mori quam fœdari
. Traduct. morale de la devise : Plutôt
mourir que de me déshonorer. P. P. Choffard fecit.
1756.







De Gursay-Thomasseau. De sable, à l’émanche d'argent de cinq pièces, en
pointe de l'écu. Explication : Sable (martre noire), Emanche (manche
antique décousue et déployée), signifie : Ennemis vaincus et
dépouillés. P.
P. Choffard fecit
, 1756.







Ex libris de Buissy. P.
P. Choffard fecit
, 1759.







Franc. Jos. Ant. Hell, bailli de l'évêché de Bâle, des comtés de
Montjoye et de Morimont, des départems
de Hirsingen et de Ht Landzer, et autres terres
en Hte-Alsace. De la Société économique de Berne
; etc. P. P.
Choffard fecit
, 1773.







Ex libris Souchay, eq.is, Lugduni. C. Monet del. P. P. Choffard
sculp.
1776. Le Cabinet des estampes a un état avant la
lettre.







Jean Armand Tronchin. P.
P. Chofard fecit
, 1779.







Thellusson. P.
P. Choffard fecit
, 1782. Noble prussien, baron de
Rendlesham.







Andréas de Salis, curiâ Rhœtorum. P. P. Choffard fecit.








Ex libris (le nom resté en blanc). Pièce d'armoiries dont le Cabinet
des estampes a deux états. P.P.
Choffard
.







Ex-libris anonyme, blason avec la devise Magis ac magis.
Voir l'article GRAVELOT.







Ex-libris anonyme aux armes de Nicolaï. Voir l'article GRAVELOT.








Pinsot d'Armand. P.P.
Choffard fec
.












WILLE FILS










Ex-libris anonyme, représentant un faucheur nu, une draperie enroulée à
sa ceinture. Wille
filius del.
1766. Halm sculp.












MARILLIER










Ex libris Duché. P.
Marillier inv. et del.
1779. De Launay le jeune sculp.







 




MONNET










Ex libris Souchay, eq.is, Lugduni. C. Monet del. P. P. Choffard
sculp.
1776. Voir l’article CHOFFARD.







Ex-libris avec monogramme formé d'un L et d'un B, dans un entourage
d'attributs champêtres. Monnet
inv. D’Elvaux sc.













GAUCHER










Cabre. C
Gaucher inc.
1775.







De la Bibliothèque de François Grangier de Lamotte, cap. de Dragons au Rgt
de Deux-Ponts. Dessiné
et gravé par Ch. Gaucher de l’Acad. des Arts de Londres
.
1779.







Messire André-Gaspard-Parfait comte de Bizemont-Primelé. Dessiné et gravé par Ch.
Gaucher, de l’Acad. des Arts de Londres
. 1781.







Le comte de Bizemont-Prunelé a gravé à l’eau-forte, la même année,
l’ex-libris de sa femme, Marie-Catherine d'Hallot, où il s'est
représenté dessinant, dans des ruines, leur double blason sculpté sur
un piédestal ; motif remarquable à sa date. Treize ans plus tard, cet
amateur, émigré en Angleterre, y vivait de son talent. Sa carte ornée
de maître de dessin à Londres se remarque dans son oeuvre au Cabinet des
estampes : M.
Bizemont drawing master n° 19 Norton street, near Portland street
.
— Bizemont sc.
London
, 1794.







Ex libris Jac. Desmares in Senatu Paris, patroni. C. E. Gaucher ex Acad. art. Lon.
del.








Ex libris Pétri Gosset de Saint-Clair, Doct. med. Facult.
Monspelliensis.







De Gaucher, sans aucun doute ; l’épreuve que nous avons vue était sans
marges.







Ex-libris aux armes de Séguier : d’azur, au chevron d'or accompagné de
deux étoiles d’or en chef, et d'un mouton passant d'argent en pointe,
avec la devise Per
indolem bonus. C. Gaucher del. et sc.













SERGENT-MARCEAU










Mr Tascher. Sergent
fecit
.







Ex libris D. D. d'Archambault. Devise : In armis leones. Sergent scul.
Carnuti
. Jolie pièce d'un travail précieux ; la première,
presque grossière, doit être de l'enfance du graveur.












Mme
LOUISE LE DAULCEUR










Il y aurait de l'injustice à ne pas donner place ici à cette femme du
monde, amateur de talent, gracieux intermédiaire entre les artistes ses
maîtres et ses amis, auxquels elle demandait des marques de
bibliothèque, et ses autres amis savants et lettrés, pour qui elle se
plaisait à les graver. Mme Louise Le Daulceur, dans sa société, s'était
fait de l’ex-libris une spécialité aimable. Bouchardon, Pierre,
Gravelot, Eisen, lui ont donné des modèles ; les deux premiers n'en ont
donné qu'à elle. C'est une patronne toute trouvée pour les
collectionneurs, et du bon temps.







Mde Le Daulceur. Ed. Bouchardon in. del. Louise
Le D. sculp.
Voir l'article BOUCHARDON.








Bibliothèque de Mde Le Daulceur. Plus petit que
le précédent, et sans doute dessiné par Mme Le
Daulceur elle-même ; sans signature.







Bibliothèque de Mde la comtesse de Mellet. Signé
à gauche, dans la draperie. Le D.







Mde la comtesse de Mellet. Ed. Bouchardon in. del. Louise
Le D. sculp.








M. de Montigny, de l'Académie des sciences. Gravé par Mde Le D.
 Le Cabinet des estampes a un état de cette pièce avant la
lettre et avec la signature à droite.







Ex-libris avec la même lettre, pour in-8 ; le précédent est pour in-4.







Mr Mignot de Montigny. Pierre
del. Louise Le D. sculp.
Voir l'article PIERRE.








Bibliothèque de Mr Thiroux d'Arconville, présidnt
au ParlemtH. Gravelot in. Mde
L. D. sculp.
Voir l’article GRAVELOT. Il
y a des exemplaires avec la lettre grise.







Bibliothèque de M. le Cte Thiroux de
Gervillier. H.
Gravelot in. Mde L. D. sculp.








Mde d'Arconville. C. Eisen del. Louise Le Daulceur
sculp. et in.
Voir l'article EISEN.








Mde d'Alleray. Durand D. V. inv. del. Louise Le
Daulceur sc.








Nous n'osons attribuer à Mme Le Daulceur
l’ex-libris de Mlle
d'Alleray, d’une pointe très-brillante, sans nom d'artiste : blason
appuyé à un buisson de roses, avec la devise enfantine, sur une
banderole flottante : Piccola
si, ma studiosa
.







A. Mde du Tailly. Louise Le D. in. sc.













*



* *











LISTE
GÉNÉRALE




DES DESSINATEURS ET
DES GRAVEURS




QUI ONT SIGNÉ DES
EX-LIBRIS FRANÇAIS
















XVIIe SIÈCLE













Auroux (N.).



Berain (C).



Blocquet (I.), 1672.



Bonnard (I. B. H.).



Briot.



Chevalier.



Colin (I.), 1685.



Collin, à Reims.



Courbes (I. de).



Deloysi (P.).



Flameng (A. B.).



Gagneux (P.).



Giffart (P.).



Gilbert.



I. T. (Jean Toustain).



Landry.



Le Clerc (G.).



Le Clerc (Séb.), 1655, 1660.



Le Masson (Antoine).



Le Roux (I.).




Marctz.



Malh. (Mathan).



Mavelot, graveur de Mademoiselle.



Montulay Lenée.



Nolin (P.).



Ogier, à Lyon, 1696.



 Picart
(Ioan.).



Housseau.



Sarret.



Sas (Chrétien).



Simonin, à Toloze.



Thomassin.



Tiphaigne (L.).



Toustain (I).



Trudon.



Valdor (I.), à Nancy.











XVIIIe SIÈCLE










Andouard.



Aribaud(J. P.).



Arthaud.



A. T. Cys. (Adrien Théry, à Gisoing).      




Aublé.



Augustus.



Aveline (A.).



Avisse, 1730.



Baltazard, 1755.



Baour (L. F.).



Baquoy (C.).



Baron (C.}.



Baumes, à Montpellier.



Beau, fils.



Beaumont, gravr ordre de la ville.



Bécat (H.).



Beleau(I. D.),à Rouen, 1724.



Bellanger.



Berain (C.).



Berlier, 1740.



Bert (J.), à Granmont.



Berthault, 1777.



Bes.



Beugnet, 1769.



Bille.



Bis, à Douay.



Bizemont - Prunelé (André de), 1781.



Bonrecueille (de).



Bouchardon (Ed.).



Boucher (F.).




Bouchy, 1739.



Bourgeois.



Branche.



Braspacher, 1775.



Bréant.



Brenet, 1791.



Brichet (R.).



Brochery.



Brochery (Thérèse).



C. (Comte de Caylus).



Carpentier (J. B.).



Cars (J. F.).



Catelin (J. B.).



Cathey.



Cava (F.).



Chappron Meûnier (P. H.}.



Charles (C.).



Charpentier, 1709.



Chenu (L.), 1780.



Chevalier.



Chinon (B.).



Choffard (P. P.), 1756, 1759, 1773,1776, 1779.



Chollet.



Clouzier (A.).



C. N. C. (Charles Nicolas Cochin).



Cochin fils (C.), 1750.



Cole.



Collard.



Collin (D.), à Nancy, graveur du feu roy de Pologne,  
     



duc de Lorraine, 1751, 1752, 1754,1756,1769,1773.



Collin (J.).



Collin (Y. D.), 1785.



Colinet.



Colot.



Coquardon.



Cordier.



Corlet.



Croisey.



Coutellier.
Danchin, à
Gambray.



Dapsol, 1787.



David.



Decaché.



Dejean.



Delaitre.



De la Gardette.



Delarbre.



De Launay le jeune, 1779.



Delcourt fils, à Tournay.



D'Elvaux.



D'Embrun.



De Meuse.



Derond (J.).



Desmaisons, 1780.



Dieu (A.).



Docaigne (A.), 1762.



D'Orvasy, à Nancy.



Doyen.



Dreer.



Drevet (G.).



Duflocq.



Duflos (C.).



Duplessis.



Dupré (I. R.).



Durand.



Durand D. V.



Durig, à Lille.



Du Vivier (Louise), 1737.



Eisen (C.), 1749.



Faugrand.



Faure.



F. B. (François Boucher).



Ferrand.



Fessard (Et.).



Flipart.



Fonbonne (Mlle).



Fouquet.



François.



Francs (J. G. François), à Nancy, 1739.



Galimard (C. O.).



Gamot (Jos.).



Ganhy (J. B. de).



Gaucher (Ch.), de l’Académie des arts de Londres, 1779, 1781.



George.



Germain.



Gifiart (P.).



Glomy.



Godard, à Alençon.



Gosset (L).



Gossard.



Gossellin, 1770.



Goüel (P.), 1777.



Gravelot (H.).



Guérard, à Beaucaire.
           
 



Guibert (J. B.).



Guillaume.



Guttemberg (C. G.).



Halm, 1766.



Helman, 1767.



Helman le jeune.



Herisset.



Houat (A.), l’aîné.



Humbelot.



Huquier.



Ingram (J.).



Jacquot.



Jacques, à Rouen.



Jacques, le J.



Janinet (F.).



Jeanjean.
J. H. V.
(Valori).



Jonveaux.



Joubert (L.).



Jourdan (femme), 1788.



Lachappelle (P.).



Lachaumée.



La Gomparde.



Lançon, à Nancy.



Lavau (A.), à Bordeaux.



Lebas, 1741.



Lebeau.



Leclere.



Le D. (Mme Louise Le Daulceur).



Le D. (Louise) (Louise Le Daulceur).



L. D. (Madame) (Mme Louise Le Daulceur).



Le
Daulceur (Louise).



Le Féron, à Rennes, 1767.



Legrand (L.).



Lejeune.



Lemaire (M.).



Lemaire, le fils.



Le Mire (N.).



Le Roy.



Le Sage.



Lucas.



Lussaut.



Mandonnet.



Manessier.



Marinier, 1779.



Martinet.



Mathey.



Maugein (Me).



Mauriset.



Maurisset (J. C.).



Mercadier (J.).



Merché (J. C. D.), à lille, 1786.



Messager.



Micaud.



Michel (J.), de Genève, à Arles, 1727 ; à Avignon, 1730, 1732.



Moitte.



Monchi (de).



Monet (C.), 1776.



Monier, 1768.



Monnier.



Montulay (François), 1754.



Moreau le jeune (J. N.), 1768, 1770, 1777.



Moulinneuf.



Moyreau (Mme).



Noblin.



Nonot.



Nonot (Charlotte).



Nicole, à Nancy, 1725, 1743, 1745,



1747, 1748, 1751, 1753,



1762, 1767.



Nicole fils, à Nancy, 1754, 1755.



Nion.



Oblin, à Paris.



Ollivault, à Rennes,



 à Paris, 1788.



Pallière.



Papillon, 1764.



Pariset.



Phelippeau (C.).



Picart (B.), 1722, 1731.



Picault (P.), à Blois.



Pierre.



Pinot fils.



Poilly (J. B. de).



Poisson, 1787.
Ramel.



Roy (Cl.), grav. sur tous métaux,



1765.



Robin.



Roger.



S***(V. de) (Semeuze).



Saint-Aubin (Aug.).



Scotin (Gérard), l’aîné, à Paris, 1715.



Scotin (J. B.).



Sergent, à Chartres.



Semeuze
(V. de), 1763.



Seraucourt.



Sicard.



Simon (H.).



Sornique.



Striedbeck (J.), à Strasbourg.



Tardieu (P. F.).



Tardieu fils.



Tardieu (Lse Duv.).



Tardiveau, à Rennes, 1707. Tasnière (G.).



Thansis.



Théry (A.), à Cisoing,1746.



Thevenard (M.).



Thibaut.



Traiteur (J.), 1771, 1772.



Tubert.



Vacheron, à Douai, 1769.



Vallet, 1721.



Van Merlen(T. J.).



Varin, 1774.



Veyrier, 1751,1752, 1759.



Villiez.



Viotte, graveur de la monnaie royale.



Voysard.



Wallaert.



Waffet.



Wille fils, 1766.










XIXe SIÈCLE














Alès, 1868.



Ancelet (E.).



B. (Bracquemond).



Barbât, à Châlons.



Belille, à Verdun.



Bida.



Boullay (J.).



Bouvenne (Aglaüs) , 1868, 1870,1871.      
       



Burdet.



Catenacci (H.).



Cheffer (A.).



Chenay (Paul).



Delauney.



Descaves (A.).



Desnoyers.



Dufour-Bouquot.



Durand, à Lyon.



Flameng (Léop.).



Gavarni.



Gozo (Gozora).



Gustave.



Hamel.



Judée.



Lefêvre.



Lizars.



Loizelet.



Luc.



Maingourd (E.).



Monnier (L.).



Oblin.



O. de R. (Octaye de Rochebrune), 1867, 1869.



Palaiseau (M.), 1835.



Pegard (J.).



Perry (F.).



Pollet.



Potémont (Martial).



Potier (J.).



Riboulet-Goby.



Richomme (T.).



Rochebrune (O. de), 1873.



Roch. (O. de)
(Octave de Rochebrune), 1871.



R. (O. de) (Octave de Rochebrune), 1867, 1868, 1869.



Rouargue.



Royer (Emile).



Stern, à Paris.



Thiéry (E.).



Varin (P. A.).



Veran (J. M.).



Vidal (J.), à Bordeaux.















FIN.








Paris. -
Typographie Motteroz, rue du Dragon, 31.



EN VENTE CHEZ P. ROUQUETTE












NOTES :



(1)
Un article de M. Maurice Tourneux sur la collection d’ex-libris



de M. Aglaüs Bouvenne a paru dans l’Amateur
d'autographes
, d’avril 1872.



(2)
Nous devons la communication d'une copie de cette pièce
intéressante à M. Charles de Rozières, de Nancy; on l’a supposée la
marque d'une bibliothèque allemande, jusqu'à la découverte d'un
exemplaire complet des légendes inscrites au-dessus et au-dessous des
armes de Nicolas de Lescut, et que voici ; au-dessus :  Domine, ut scuto bonae
voluntatis tuae coronasti nos
. Au-dessous : Scuto circundabit te veritas
eius, non timebis à timore nocturno
.



D. Nicolai de
Lescut sacrae
Cœsareae aulae Palatini V. I. Licentiati : à consiliis et secretis
Illustrissimi Lotharingiae etc. ducis.




Les initiales N. D. L. sont de plus reproduites au bas de l'écu.



(3)
 Journal de
la Société d'archéologie lorraine
. Nancy, 1864, in-18.



(4)
 Recherches
biographiques sur Malherbe et sur sa famille
, par M.
Roux-Alpheran. Aix, Nicot et Aubin, 1840, in-8, avec planche de
fac-similé.



(5)
Les portraits ex-libris sont fort rares, et après ce Lamy,
bibliophile ignoré, nous ne savons que le fameux abbé Desfontaines qui
ait pris plaisir à se mirer dans son image, sur la garde de ses livres.
Sans pouvoir douter de leur provenance, nous avons déjà rencontré une
dizaine de volumes auxquels avait été ajoutée par une main intéressée
la belle gravure de Schmit, d'après Tocqué, représentant Petr. Fr. Guyot Desfontaines
praesb. Rothomag.
, illustrée d'un distique où il n'est pas
épargné, ou ne s'est pas épargné :








Dum te Phœbus amat
scribentem,Maevius odit,




Et lepidis salibus
maeret inepta cohors.











Ce qu'on traduisit, ou qu'il traduisit par :








Chéri du dieu des arts, craint
et haï des sots,




L'Ignorance en
courroie frémit de ses bons mots. 











Un petit nombre de bibliophiles de ce temps-ci se sont fait représenter
au milieu de leurs livres, accessoire assez important pour couvrir le
risque de la portraiture. N'oublions pas que le comédien Grassot avait
pour ex-libris sa charge, gravée sur pierre par le chanteur Gozora qui
l'a signée du rébus Gozo
et un rat. Elle est reproduite, en réduction, sur le titre du catalogue
de ses livres vendus en mars 1860.



(6)
Elle se trouve moins ancienne que celle Ex bibliothecâ
relevée sur la marque typographique d'Alboise, d'Autun, à la date de
1574 (V. p. 4). Les formules de possession bibliographique ne
deviennent fréquentes que vers 1700, et voici, à peu près par ordre de
dates, toutes celles que nous avons pu relever, latines et françaises
Ex
bibliothecâ… Ex libris...
Ex catalogo bibliothecâ... Ex musœo... Insigne librorum... Bibliothèque
de... Du cabinet de... Je suis à M... J'appartiens à... 




(7)
Petit in-4, dans la belle bibliothèque héraldique de M. Ernest de
Rozière.



(8)
Cette marque, à la date de 1750, signée A. T. Cys,
est l'oeuvre d'un frère de l'abbé de Gricourt, Adrien Théry d'Inghem,
chanoine régulier de l'abbaye de Cisoing. Voir sur cette famille
douaisienne des Théry de Gricourt, artistes et amateurs une
intéressante notice signée A. P. (Preux), dans la France wallonne de
mai 1866.



(9)
Le motif de cet ex-libris supercoquentieux, comme on eût dit en
1832, a été employé pour la marque anonyme de M. de Noyel, sans noms de
dessinateur ni de graveur. On usait sans façon des compositions
d'artistes célèbres, comme de vulgaires passe-partout. Le bel ex-libris
dessiné en 1701 par Sébastien Le Clerc, et gravé par C. Duflos, pour
Geoffroy, ancien grand'garde du corps des apothicaires de Paris, se
retrouve copié pour Véronneau, de Blois, par P. Picaut, graveur
blaisois. Nous verrons plus loin Jacques- Henry Tribourdet s'emparer de
la marque de bibliothèque des Thiroux d'Arconville et de Gervilliers,
dessinée par Gravelot, et y substituer son blason.



(10)
Les Mémoires de la
Société d'archéologie lorraine
,
année 1861, ont donné une notice de M. Beaupré sur Dominique Colin et
sur son fils, Yves-Dominique. On trouve dans le même recueil, année
1867, un travail du même érudit sur d'autres graveurs nancéens
d'ex-libris : les Nicole père et fils, Durig et Traiteur.



(11)
Gravée par M. Pollet. M. Solar a eu un second ex-libris
gravé par M. Paul Chenay, d'après Andréa del Sarto ; il se trouve,
imprimé à la sanguine, après les prix de vente et les tables des
anonymes et des livres sur vélin de son Catalogue ; Paris, Techener,
1860-61, 2 part. in-8.



(12)
Cette charmante planche a eu un état antérieur, avec la devise
Par la peine
et le travail
. Voir Ch. Marionneau, les Eaux- fortes de M. O. de
Rochebrune
. Nantes, G. Grimaud et Forest, 1865, in-8.



(13)
Il s'y complaisait ; c'est l'épigraphe qu'il a donnée aux trois
éditions, sous divers titres, de ses Fragmens d'un poëme moral sur
Dieu
; la première à la date de 1781.



(14)
La devise de l'ex-libris de Guilbert de Pixérécourt est : Un livre est un ami qui ne
change jamais

; mais un artiste bibliophile, M. G. E. Thiery, lui a emprunté son
distique. L’ex-libris de Pixérécourt se trouve imprimé sur le
faux-titre de son Catalogue, Paris, 1838, in-8 ; nous remarquons aussi
l'un des ex-libris de la duchesse de Berry sur le titre du Catalogue de la riche
bibliothèque de Rosny
... Paris, 1837, in-8. Ces deux bons
exemples n'ont guère été suivis dans les catalogues imprimés depuis
trente ans.



(15)
Colletet n'a pas eu d'ex-libris ; les livres de sa bibliothèque
portaient sa signature Guillaume
Colletet
.
Son sixain, que l'éditeur bibliophile Curmer avait fait inscrire
au-dessus de la porte de son cabinet, à Passy, se trouve aussi
reproduit sur la jolie marque de M. Ch. Mehl, dessinée par M. Gustave
Jundt. Dans les Epigrammes
du sieur Colletet, avec un discours de l’Epigramme
, Paris,
Louis Chamhoudry, 1653, in-12, p. 26, immédiatement après la
boutade A mes
livres
, se trouve cette apostrophe :








AUX
EMPRUNTEURS DE LIVRES QUI NE LES RENDENT POINT












Emprunteurs, pour vous parler
net,




Ma bibliothèque
connüe




Est un meuble de
cabinet




Qu'on ne crotte
point dans la rue
.






(16)
 Antirrhinum
majus
, scrophulariée connue vulgairement sous les noms
de muffle de
veau, gueule de lion
.



(17)
 Les
Gobbe-mouches
. Au Palais-Royal, 1788, in-8 (anonyme).
Auguis a reproduit cet opuscule, sous le nom de Champcenetz, dans
ses Révélations
indiscrètes du dix-huitième siècle
.



(18)
 Manuel des
Amphitryons
, éd. de 1808, in-8, p. 219.














ALBUM
DES EX-LIBRIS FRANÇAIS








Album des ex-libris français (couv.)














Ex-libris de DACQUET (4.160 ko) Ex-libris d'Alexandre PETAU (4.722 ko) Ex-libris anonyme d'AUZOLES DE LA PEYRE (4.371 ko) Ex-libris anonyme de François DE MALHERBE (4.860 ko)
1.-
Ex-libris de DACQUET
2. - Ex-libris
d'Alexandre PETAU
3.
- Ex-libris anonyme d'AUZOLES DE LA PEYRE
4.
- Ex-libris anonyme de François DE
 MALHERBE
Ex-libris d'André FÉLIBIEN (4.675 ko) Ex-libris de Gilles MÉNAGE (4.003 ko)
5.
- Ex-libris d'André FÉLIBIEN
6.
- Ex-libris de Gilles MÉNAGE
7.
- Ex-libris du président HÉNAULT
8.
- Ex-libris anonyme de J.-B. BOSSUET, évêque
de Troyes
Ex-libris de la Bibliothèque du Collège d'Eu (4.848 ko) Ex-libris de M. de JOUBERT (4.784 ko) Ex-libris anonyme de MIRABEAU, l'Ami des hommes (3.953 ko) Ex-libris de LAVOISIER (3.988 ko)
9.
- Ex-libris de la Bibliothèque du Collège d'Eu
10.
- Ex-libris de M. de JOUBERT
11.
- Ex-libris anonyme de MIRABEAU, l'Ami des hommes
12.
- Ex-libris de LAVOISIER
Ex-libris du conventionnel J.-B. MICHAUD (4.354 ko) Ex-libris de M. Victor HUGO (4.200 ko) Ex-libris de M. Édouard MANET (4.115 ko) Ex-libris de M. Octave de ROCHEBRUNE (4.520 ko)
13.
- Ex-libris du conventionnel J.-B. MICHAUD
14.-
Ex-libris de M. Victor HUGO
15.
- Ex-libris de M. Édouard MANET
16.
- Ex-libris de M. Octave de ROCHEBRUNE
Ex-libris de MM. Edmond et Jules de GONCOURT (4.423 ko) Ex-libris de Thomas GUEULETTE (4.815 ko) Ex-libris du président DE BROSSES (3.901 ko) Ex-libris de CHAMPCENETZ (4.130 ko)
17.
- Ex-libris de MM. Edmond et Jules de GONCOURT
18.
- Ex-libris de Thomas GUEULETTE
19.
- Ex-libris du président DE BROSSES
20.
- Ex-libris de CHAMPCENETZ
Ex-libris de J.-L. AUBLÉ (4.878 ko) Ex-libris de Mme DU BARRY (4.354 ko) Ex-libris de MIGNOT DE MONTIGNY (4.020 ko) Ex-libris de l'auteur : Auguste POULET-MALASSIS (4.216 ko)
21.
- Ex-libris de J.-L. AUBLÉ
22.
- Ex-libris de Mme DU BARRY
23.
- Ex-libris de MIGNOT DE MONTIGNY
24.
- Ex-libris de l'auteur











Les planches n° 9,
14, 15, 16, 17, et 24 sont des originaux

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