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12/02/2013

Journal inédit - Tome 3, 1903-1907

(Léon Bloy, Editions l'Age d'Homme)



Toute sa vie durant, Bloy aura incarné la figure assumée du «Mendiant ingrat». Cette identité ne relève en rien d’une posture et se situe aux antipodes de l’attitude bohème revendiquée par certains artistes comme condition d’exercice de leur talent. Elle fait plutôt partie intégrante de la «mission» dont il se sent investi et qu’il décrit en ces termes très simples : «Dieu exigeait que je fusse le témoin absolu de sa Vérité absolue et j’ai obéi».

La totale soumission de Bloy à son idéal le reléguera irrémédiablement aux marges de la littérature de son siècle. Son refus de la «prostitution» aux mondanités le maintiendra loin des coteries et du clientélisme si utile pour gravir les échelons du succès. L’intransigeant Léon refuse ainsi d’être acheté par quelque parti que ce soit ; il s’estime plutôt redevable d’une charité qui lui est due et dont, toute sa vie, il attendra, souvent en vain, la providentielle venue.    (...)

Ce troisième volume reprend les années 1903 à 1907, celles qui correspondent grosso modo au deuxième tome de Quatre ans de captivité à Cochon-sur-Marne et à L’Invendable. Au fil des jours qui s’y égrènent selon un rituel liturgique scrupuleusement respecté, Bloy évoque les moments de détresse et de recueillement, les paroles de son épouse adorée, les récriminations à l’égard de sa propriétaire ou de ceux qui n’apportent pas une aide pourtant promise. En contempteur de l’époque et en réactionnaire consommé, il peste contre le progrès, dont le symbole le plus envahissant est alors l’automobile, et raille en ces termes l’imbécile initiative de la course Paris-Madrid : «Cette chose moderne paraît démoniaque de plus en plus. Se représente-t-on l’horreur de ces deux ou trois cents voitures hideuses lancées comme des boulets et triturant, chacune à son tour, pendant des lieues, les mêmes lambeaux sanglants ! Il y a des consolations. Une d’elles a pris feu et le chauffeur a été carbonisé.»

Les saillies de cet esprit corrosif viennent étayer la distinction fondamentale que Bloy opère à propos de son double romanesque. À l’instar de Marchenoir, il est un désespéré philosophique, et non un désespéré théologique, «il n’attend rien des hommes, mais il attend TOUT de Dieu.» Sa force de conviction, son allégeance à la supériorité du plan divin, sont indéfectibles. Elles participent d’un combat personnel et intégral qui forcerait le respect du dernier des mécréants. Elles témoignent d’une croisade intérieure menée en solitaire et hors de notre temps humain contre les Cochons de tout acabit. Elles permettent de répondre à la question que se posait Bloy : «Quand viendra l’homme de Dieu qui se servira de la Parole comme d’un marteau ?». Il était là, mais rares sont ceux qui l’ont remarqué.


Frédéric Saenen
( Parutions.com, le 21/01/2008 )






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