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04/02/2013

Charlemagne

  (Jean Favier , Editions Fayard 1999)

 



C'est autant un personnage historique qu'un homme de légende que Jean Favier entreprend de présenter et il annonce d'emblée son souci de ne négliger ni l'un ni l'autre. En même temps, les sources ne sont pas aussi abondantes qu'on le voudrait et des pans entiers de la vie et de la personnalité de Charlemagne nous échappent, sans doute définitivement, ce qui oblige à insister sur le contexte autant que sur l'homme lui-même.

Charlemagne est une des figures majeures dans l'histoire de l'Europe, chaque État pouvant le revendiquer à sa manière. Il incarne le moment où le monde occidental bascule de l'empire romain, qui se définit comme le pourtour de la mer Méditerranée, vers un monde nouveau, continental, l'ancêtre de l'Europe moderne. Le règne de Charlemagne marque l'avènement d'une nouvelle dynastie, celle qui portera son nom, la dynastie carolingienne. Jean Favier rappelle comment les derniers Mérovingiens ont laissé la place aux maires du palais, montre le rôle de Charles Martel et Pépin le Bref, l'évolution de la nature du pouvoir royal, qui aboutit au règne de Charlemagne. Celui-ci est le premier à recevoir l'onction royale, qui lui donne une légitimité inédite: c'est le signe d'une royauté voulue par Dieu.

Jean Favier replace le personnage dans son époque, évoquant l'affermissement du royaume franc, confronté au péril arabe, à la papauté, à Byzance, soulignant l'évolution de la société, la distinction entre les libres et les non-libres, la modernisation de l'économie. Du point de vue culturel, c'est encore la diversité qui prime, notamment en raison de la rivalité entre les langues vernaculaires et le latin ; des éléments de renouveau se mettent en place, dans le domaine religieux avec la réforme de Boniface, dans le domaine juridique, dans le domaine littéraire avec le développement de l'hagiographie.

Une fois brossé le tableau du contexte historique, on peut en venir à l'homme et à son oeuvre. Jean Favier fait le bilan de ce que l'on sait du personnage historique, de sa biographie, de son apparence, de son éducation, de ses femmes. Vient ensuite l'évocation de l'armée franque et des conquêtes dont elle est l'instrument, puis l'auteur passe à l'administration intérieure du royaume, au gouvernement de Charles, à l'entourage du roi, au rôle de la capitale, Aix-la-Chapelle. Il présente les institutions et les personnages qui servent de relais entre le roi et son peuple, l'évolution de l'économie et de la vie religieuse au cours du règne, le développement des monastères qui suivent la nouvelle règle de Saint Benoît. Guidé par le souci constant de l'unité du royaume, Charlemagne favorise une véritable renaissance, caractérisée par une redécouverte de l'héritage antique, un foisonnement intellectuel nouveau, la naissance d'une tradition de copies et d'enluminures, une nouvelle architecture.

C'est cet esprit d'unification et de renouveau qui mène à l'événement majeur de Noël 800, lorsque Charles se fait couronner empereur par le pape, au nom de Dieu, dans l'église Saint-Pierre du Vatican, c'est-à-dire devant la tombe de saint Pierre, fondant ainsi un nouvel empire chrétien, rival de Byzance, alors qu'il n'y avait plus d'empereur d'Occident depuis plus de trois siècles.

L'histoire de Charlemagne ne s'arrête pas avec sa mort. La légende commence par le regard porté sur lui par les premiers biographes, par les historiens, de ses contemporains à nos jours. Et puis, il y a la légende populaire de l'empereur à la barbe fleurie, celle des Français, celle des Allemands, une légende pas forcément dorée. Une autre légende, celle des poètes, exalte les chevaliers et le personnage mythique et tragique de Roland. Enfin, l'héritage de Charlemagne a été revendiqué par les uns ou les autres. C'est parce qu'il se veut son successeur que Frédéric Barberousse fait canoniser Charlemagne. Le personnage historique devient ainsi une légende politique, enjeu ou modèle pour Philippe Auguste, Napoléon et bien d'autres.

Au total, c'est un livre très touffu que nous propose Jean Favier en mettant à profit les méthodes et approches historiques les plus modernes. Cette somme dépasse de beaucoup la simple biographie pour dresser le tableau d'une époque entière, d'un moment charnière dans l'histoire de l'Europe et, au-delà, en montrer la postérité.


Marie-Christine Marcellesi
( Parutions.com,  le 08/08/2001 )

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