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31/01/2013

Berryer et l’affaire des biens de la famille d’Orléans

Le Blog Dalloz s’intéresse aux grandes affaires des siècles passés, au cours desquelles intervenaient souvent les noms les plus célèbres du Palais, avocats comme magistrats, parmi bien d’autres : Dupin, Berryer, Chaix d’Est Ange, Favre, mais également Claude Érard, Loyseau ou plus récemment Maurice Garçon, Jacques Isorni et Henri Torrès. Tous ont contribué à façonner l’histoire judiciaire française.
Pour cette série, les textes écrits et prononcés à l’occasion de ces affaires seront notre porte d’entrée : plaidoiries, bien sûr, mais aussi réquisitoires et conclusions. Constituant souvent de grands moments d’éloquence et de rhétorique, fourmillant de références érudites, ces textes volontiers engagés sont le meilleur moyen pour expliquer une affaire, saisir une atmosphère, comprendre un débat, et surtout favoriser une meilleure connaissance de notre milieu judiciaire.
« Le premier vol de l’Aigle ». Si l’expression du procureur général Dupin a su marquer l’Histoire, elle ne saurait cette fois concerner les duels (V. le premier billet de cette série, par Thibault de Ravel d’Esclapon), mais tend à désigner l’une des premières décisions politiques prises par le futur Napoléon III au lendemain de son coup d’Etat.
Janvier 1852 : Louis-Napoléon Bonaparte a désormais définitivement échangé son trop éphémère titre de Président de la République française en faveur de celui de Prince-président, légitimé par un plébiscite des 20 et 21 décembre 1851. Doté des pleins pouvoirs, il légifère seul par le biais de décrets ayant force de loi.
C’est par deux de ces décrets, parus le 22 janvier de la même année, que naitra « L’affaire des biens de la famille d’Orléans ». Le premier, invoque la nécessité de diminuer l’influence de l’ancienne famille royale et fait obligation aux héritiers de Louis-Philippe de vendre, dans l’année, toutes leurs possessions en France. Bien que quelque peu autoritaire, la démarche n’en est pas pour autant inhabituelle, puisque Louis XVIII avait déjà pris de telles dispositions par rapport à la famille Bonaparte en 1818 et Louis-Philippe avec les princes de la branche ainée des Bourbons en 1832. Le second décret, plus radical, vise pour sa part tous les biens privés que le dernier Roi des français avait donnés à ses enfants, deux jours avant de monter sur le trône en 1830. Ceux-ci reviendront à l’État, sans aucune indemnité.
Nonobstant que la mesure soit présentée comme une restitution au profit du Trésor de biens que Louis-Philippe aurait frauduleusement soustraits à l’État, et le fruit de leur vente appelé à être distribué au profit d’organismes sociaux, l’émotion est intense. Dans une lettre en date du 1er février, Tocqueville rapporte que « la spoliation de la famille d’Orléans a rendu toutes les classes éclairées mécontentes et hostiles […]. La classe moyenne a vu avec douleur et irritation cette violente attaque faite au principe de propriété ». Plus poétique, Alexandre Dumas résumera pareillement : « L’oncle prenait des capitales, le neveu veut prendre nos capitaux ! ». Exécuteur testamentaire de Louis-Philippe, Dupin ira jusqu’à démissionner de ses fonctions de procureur général près la Cour de cassation (fonctions qu’il acceptera néanmoins de reprendre en 1857).
Lorsque l’Administration des domaines prend possession par la force des propriétés de Monceau et de Neuilly, vive également sera la réaction des principaux intéressés. Les héritiers assignent l’État devant le tribunal civil de la Seine, se prévalant uniquement de la donation de leur père, sans référence au décret litigieux. Le Préfet décline alors la compétence du tribunal, le déclinatoire se fondant sur la séparation des autorités administratives et judiciaires, qualifiant le décret « d’acte de haute administration ». Le 23 avril, en présence d’un auditoire réunissant la plupart des soutiens orléanistes, Berryer le légitimiste plaide la cause de la famille d’Orléans.
L’avocat, dans une démonstration dont il dira lui-même qu’elle fut le couronnement de sa carrière, entend s’en tenir à la lettre du décret. Dès lors que le gouvernement revendique des biens qui auraient été frauduleusement soustraits au domaine de l’État, il s’agit là d’une question que seul le juge judiciaire, gardien de la propriété privée, peut trancher.
Une difficulté toutefois demeure, reposant sur la confusion volontairement entretenue par Louis-Napoléon quant à la nature réelle de cette dépossession. Refusant d’assumer l’acte éminemment politique que représente une confiscation, l’auteur des décrets du 22 janvier avait cru pouvoir se réfugier derrière l’idée d’une simple restitution faisant suite à une fraude. Pourtant, le déclinatoire évoque, et cette fois-ci sans équivoque, l’acte de gouvernement, c’est-à-dire une décision politique devant échapper au contrôle du juge. Si Berryer concèdera que le premier décret, celui obligeant la vente des biens de la famille dans l’année, est justifié par la volonté d’affaiblir l’influence de la famille d’Orléans, il dénie une telle finalité au second : on ne saurait donner au texte un autre but que celui annoncé, à savoir une revendication domaniale. Toute autre lecture serait insultante pour son auteur : « il y aurait mensonge à la face du pays », conclut-il solennellement.
Le tribunal rendra son jugement sur le siège, sans évoquer le décret : « attendu que l’action des membres de la famille d’Orléans a pour objet la propriété de deux domaines ; attendu que les tribunaux ordinaires sont exclusivement compétents pour statuer sur les questions de propriété […] se déclare compétent ».
Face à un tel désaveu, échec juridique obtenu dans une affaire qui était devenue le symbole de l’opposition orléaniste, le Prince-président en appelle au Conseil d’État.
La juridiction, qui revêt un nouveau visage suite à sa dissolution du 2 décembre précédent, tient en effet lieu de juge des conflits depuis que le Tribunal des conflits, créé sous la deuxième République, avait été supprimé. Il s’agit alors d’un Conseil ressemblant étrangement à celui de la Monarchie de Juillet, soit établit sur un modèle autoritaire : les conseillers d’État ne sont plus élus par le corps législatif mais nommés et révoqués par le chef de l’État. Bien que cet absolutisme fut tempéré par la nomination de juristes expérimentés plus que de soutiens politiques, les pressions furent sans nul doute décisives.
C’est en effet à Emile Reverchon que l’Histoire doit l’exacte connaissance des conditions dans lesquelles l’affaire fut jugée. Maître des requêtes, désigné comme commissaire du gouvernement par le président de la section du contentieux, Charles Maillard, il publiera en 1872, après la chute du second Empire, un opuscule relatant les circonstances de son dessaisissement puis de sa révocation. À quelques jours de l’audience, Reverchon est ainsi convoqué par le vice-président du Conseil d’État, Jules Baroche, à qui il aurait confié sa volonté de conclure à l’annulation de l’arrêté de conflit. Ce dernier lui intime d’envisager l’affaire d’un point de vue politique ou bien de transmettre le dossier à un autre commissaire. Face à son double refus, le premier est, dès le lendemain, dessaisi au profit du commissaire du gouvernement Maigne.
Le 15 juin, l’assemblée est présidée par Baroche et l’auditoire nombreux. À nouveau, les orléanistes sont venus en force. Ils sont défendus par Paul Fabre, avocat aux Conseils. Les observateurs qualifient la plaidoirie de parfaite, rejouant en sourdine, dans un registre plus technique, la partition déjà exécutée par Berryer devant le tribunal de la Seine. Maigne répond sur le terrain politique : les deux décrets ne peuvent être dissociés, s’inscrivant tout deux dans une volonté politique d’affaiblissement de la Maison d’Orléans. L’arrêt retenant l’acte de gouvernement sera rendu trois jours plus tard, d’extrême justesse : mis à part la voix du vice-président, l’assemblée s’était divisée en deux blocs, égaux. D’un côté, les légalistes, considéraient qu’il fallait s’en tenir à l’apparence juridique volontairement créée par l’auteur du décret et, par conséquent, renvoyer l’affaire devant le juge civil, gardien de la propriété privée. De l’autre, les réalistes, admirent qu’un texte entraînant la démission de quatre ministres et d’un procureur général près la Cour de cassation ne pouvait qu’être requalifié d’acte de gouvernement. Baroche permettra au second camp de l’emporter. Face à un tel désaveu implicite, les sanctions ne tardent pas à tomber : le rapporteur et Reverchon sont révoqués. Le président Maillard est invité à démissionner.
Sans doute serait-il aisé de ne retenir de cette affaire qu’un incident politique parmi tant d’autres, symbole d’une justice bien trop souvent instrumentalisée : les héritiers de Louis-Philippe ne récupéreront pas leurs biens et Napoléon III deviendra empereur, le 2 décembre suivant. Pas même l’éloquence de Berryer ne semble pouvoir rien changer. Et pourtant, un tel pessimisme serait en l’espèce excessif, nombreux étant les juristes à considérer que la figure de Reverchon a sans doute bien davantage marqué l’Histoire que le sort de quelques richesses : « Donnant l’exemple, [il] a sacrifié sans balancer une carrière au Conseil d’État qui s’annonçait brillante. En ne transigeant pas sur ses convictions, il est devenu une figure emblématique et tutélaire pour tous les commissaires du gouvernement d’hier, et tous les rapporteurs publics d’aujourd’hui et de demain » (Discours de Marie Ozenfant, première secrétaire, à l’occasion de la rentrée solennelle de la Conférence du stage de l’ordre des avocats aux Conseils, 8 décembre 2009).

Nicolas Kilgus, blog Dalloz

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30/01/2013

Les Chrétiens dans l'empire romain

(Anne Bernet, Editions Taillandier)

Les Chrétiens dans l'empire romain

De la persécution déclenchée contre eux par Néron, qui cherchait un bouc émissaire à l’incendie de Rome en juillet 64, à la tentative de restauration du paganisme par Julien en 362-363, les chrétiens, pendant trois siècles, auront douloureusement servi de révélateurs aux problèmes qui minaient l’empire romain.

Tantôt pourchassés, spoliés, suppliciés, tantôt tolérés, au gré des intérêts passagers du pouvoir, les fidèles du Christ auront focalisé sur eux craintes, fantasmes et haines populaires, dans un monde dont ils remettaient en cause les fondements par leur existence même, devenant un facteur de déstabilisation.

Dans une synthèse complète et accessible, Anne Bernet, spécialiste de la primitive Église, retrace l’affrontement entre l’Évangile et un monde reposant entièrement sur la force.

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Le Siècle de Louis XV

(Pierre Gaxotte, Editions Taillandier)


Le Siècle de Louis XV

Présentation :

Livre fondateur, paru pour la première fois en 1933, Le Siècle de Louis XV sortit le XVIIIe siècle de l’ombre et mit en lumière la figure de ce roi jusqu’alors mal connu. Tous les grands biographes ont suivi les traces de Pierre Gaxotte. Politique, économie, religion, bouleversements financiers, guerres, évolution des moeurs, Pierre Gaxotte procède à une analyse brillante et détaillée de la France qui naît à la mort de Louis XIV et qui s’achève à celle de Louis XV. À l’inverse de ses prédécesseurs qui ont analysé le XVIIIe siècle à l’aune de la Révolution, il donne à comprendre ce siècle dans sa réalité et son entièreté. Porté par une plume sans pareil, intelligent et clair, ce livre est et reste une référence incontournable.

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29/01/2013

Charlemagne

(Jean Favier, Editions Fayard)
Charlemagne



Il y a le Charlemagne de l'histoire et celui de la légende. L'un a façonné une nouvelle Europe, l'autre a donné à rêver. Les deux, l'homme qu'il fut et le personnage qu'a construit le temps, ont fourni pendant douze siècles la plus étonnante des références, aussi bien intellectuelle que politique. Ce livre consacré au Charlemagne de l'histoire ne manque pas de donner sa place au Charlemagne des chansons de geste, à celui du Saint Empire ou du royaume capétien, à celui de Napoléon ou de la Troisième République.
L'homme et son oeuvre sont d'une diversité qui touche au paradoxe. Le souci qui conduit et domine son action c'est celui de l'unité politique et religieuse de l'Occident chrétien. Homme d'Etat à la rude autorité mais sensible aux conseils de l'entourage qu'il s'est choisi, autodidacte féru de poésie latine et lisant le grec, initiateur d'une renaissance intellectuelle conçue pour les laïcs comme les clercs, mais aussi d'une nouvelle construction politique et d'un système monétaire qui durera mille ans, chef de guerre sans pitié et défenseur de la foi sur les champs de bataille comme dans les débats théologiques, organisateur d'un véritable Etat et fédérateur de peuples, attentif à l'enseignement que l'on dispense dans les écoles aussi bien qu'à la bonne tenue des domaines et à la composition des jardins, tel est l'étonnant roi des Francs et des Lombards qui, à Noël 800, devient empereur.
Charlemagne est profondément un homme de ce pays du Rhin, de la Meuse et de la Moselle qui est celui de ses ancêtres. C'est vers l'Elbe et vers le Danube qu'il se porte le plus souvent. Mais il impose sa loi à l'Italie, tente de prendre pied en Espagne, entretient des relations difficiles avec Byzance et ne néglige pas le califat de Bagdad. Le fulgurant chef de guerre est, pour gouverner, capable de prendre le temps de la réflexion. Et l'infatigable cavalier des campagnes d'été se dote d'une capitale parce que le temps n'est plus au gouvernement itinérant dans un empire qui ne cesse de s'étendre.

Jean Favier est né en 1932. Historien de vocation, il a été conservateur aux Archives nationales, professeur aux universités de Rennes, Rouen et de Paris-Sorbonne, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études, directeur général des Archives de France, président du Conseil international des Archives et président de la Bibliothèque nationale de France. Membre de l'Institut, il est président de la Commission française pour l'Unesco. Il est l'auteur de plus de vingt ouvrages, dont Philippe le Bel, La Guerre de Cent Ans, François Villon, Le Temps des principautés, Les Grandes Découvertes, le Dictionnaire de la France médiévale et Paris. Deux mille ans d'histoire.

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Alessandro et Domenico Scarlatti

(Adélaïde Place (de) , Editions Fayard)
Alessandro et Domenico Scarlatti



La famille Scarlatti s'inscrit de façon brillante dans les dynasties de musiciens fréquentes aux XVIIe et XVIIIe siècles, tels les Bach ou les Couperin.
Si la notoriété du fils, Domenico, a longtemps éclipsé celle du père, Antonio recouvre de nos jours la considération que lui valut le rôle fondamental qu'il joua dans le développement du langage théâtral, comme l'un des révélateurs de l'opéra et de la cantate. C'est entre Rome et Naples que se déroula principalement sa carrière. Il composa pour l'église et pour le clavier, mais c'est l'opéra qui lui valut ses triomphes.
Né à Naples et voyageant pour se former à Rome, Florence et Venise, Domenico assuma différentes charges avant d'être engagé par la Maison de Bragance ; il s'installe alors au Portugal auprès de l'infante Maria Barbara, qu'il suivra à Madrid lorsqu'elle épousera le roi d'Espagne. C'est là qu'il compose ce qui demeure son héritage musical : ses cinq cent cinquante-cinq sonates, inestimable richesse du répertoire des clavecinistes, où son génie exubérant se révèle en une maturité tardive.

Musicologue, spécialiste de la musique pour clavier, Adélaïde de Place a participé à de nombreux ouvrages collectifs. Elle est l'auteur de La Vie musicale en France au temps de la Révolution.

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28/01/2013

60 JOURS QUI EBRANLÈRENT L’OCCIDENT (10 mai - 10 juillet 1940)

couverture
Parution : 25 Octobre 2012
Format : 132 x 198 mm
Nombre de pages : 1056
Prix : 30,00 €
ISBN : 2-221-13211-4
 
   
       
   
 
   
Jacques BENOIST-MECHIN , Editions Robert Laffont
« Bouquins » réédite un des grands livres de référence de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.
Cet ouvrage de Jacques Benoist-Méchin reste un des classiques de l'historiographie contemporaine. Publiée en 1956, c'est la première étude de fond consacrée à ce qu'on appelle la « campagne de France », autrement dit la brève période, entre le 10 mai et le 10 juillet 1940, qui vit les armées françaises s'écrouler devant l'ennemi et avec elles la nation tout entière. Jamais une grande puissance militaire n'avait étéécrasée aussi vite et de manière aussi inexorable depuis la campagne-éclair de Napoléon contre la Prusse en 1806. En moins de dix semaines, une des puissances qui dirigeaient le monde fut ainsi littéralement balayée de la scène politique.
L'auteur relate au jour le jour cette tragédie en évoquant simultanément la situation politique et la situation militaire. Son ouvrage est le premier à avoir offert une synthèse aussi minutieuse et documentée de ces événements dramatiques. Benoist-Méchin fait ici pleinement oeuvre d'historien, en dépit de ses engagements politiques qui l'ont conduit à prendre parti en faveur de la collaboration.
Dans sa préface, il explique en ces termes sa démarche : « Il n'est pas un Français qui n'ait vécu ce drame au plus profond de lui-même. « Aussi ne faut-il pas s'étonner si le souvenir de ces journées hante encore les esprits et si des millions d'individus continuent à se demander : « Comment un tel désastre a-t-il été possible ? Comment toutes ces choses ont-elles pu arriver ? »
Ces questions, leur a-t-on apporté, jusqu'à ce jour, une réponse satisfaisante ? Il faut reconnaître que non. L'ampleur de l'enjeu, la violence des passions, l'enchevêtrement des intérêts, le caractère des protagonistes, l'interdépendance des facteurs politiques et militaires, tout contribuait à faire des journées de mai, juin et juillet 1940 une sorte de no man's land ou l'on ne s'aventurait qu'avec précaution.
Pour entourer notre travail de toutes les garanties désirables, nous avons consultéà peu près tous les témoignages français et étrangers ayant trait à ce sujet. Jamais nous n'avons cité une phrase ou un chiffre sans fournir sa référence.
Il nous est apparu que le seul fait de situer les événements à leur vraie place et de leur restituer leur véritable physionomie suffisait à leur conférer un aspect nouveau, différent des thèses généralement admises. »
Même si certaines données apparaissent aujourd'hui erronées en raison des nouvelles informations dont on dispose, ce récit historique demeure remarquable de précision, de rigueur, et s'impose par la qualité de son écriture comme par sa finesse d'analyse. Il constitue toujours un modèle du genre.
Historien, écrivain et homme d'engagement, Jacques Benoist-Méchin (1901-1983) est l'auteur de grandes biographies (Lawrence d'Arabie, Lyautey, Frédéric de Hohenstaufen, notamment) et d'une remarquable Histoire de l'armée allemande.

La Volga naît en Europe

 
(Curzio Malaparte , Les Belles Lettres - Mémoires de guerre 2012)

 



Jamais réédité en France depuis 1948, La Volga naît en Europe rassemble les chroniques rédigées par Curzio Malaparte en tant que correspondant de guerre sur le front de l’Est en 1941. Bien entendu, ces reportages font écho au chef-d’œuvre de l’écrivain, Kaputt, lui aussi inspiré de la campagne de Russie. Si le rapprochement entre les deux œuvres est inévitable, ce serait cependant une erreur que de réduire ce recueil à une version minimaliste ou à un simple matériau du célèbre roman.

Malaparte rend ici compte du conflit pour le journal Corriere de la Serra ; l’intérêt de l’écrivain porte sur les conditions concrètes de la guerre et l’évolution du front germano-russe, qu’il s’agisse de la lente avancée des colonnes blindées de la Wehrmacht dans les plaines ukrainiennes ou du siège de Leningrad par les troupes germano-finlandaises. Malaparte réalise avec brio sa mission de reportage de guerre, loin des réceptions mondaines et de l’esthétisation baroque de Kaputt.

En excellent connaisseur des cultures européennes, et notamment de la Russie soviétique, l’écrivain livre une analyse politique et sociale du conflit, qui se caractérise selon lui par la mécanisation des armées et le triomphe de l’ouvrier-soldat (thème qui n’est que brièvement évoqué dans Kaputt) : «C’est la première fois, dans l’histoire de la guerre, que l’on assiste à la confrontation de deux armées dans lesquelles l’esprit militaire s’allie à l’esprit ouvrier, à la «morale ouvrière», et la discipline militaire se confond avec la discipline militaire du travail, celle des «équipes» de spécialistes".

Dans une préface rédigée en français à l’occasion de la première publication de l’ouvrage dans l’après-guerre, Malaparte justifie a posteriori son attitude politique pour le moins ambigüe par le caractère subversif de ses reportages ; l’auteur y aurait tenté de démontrer en filigrane les défaites à venir des forces de l’Axe, ainsi que la puissance et le danger du pouvoir soviétique. Et quelle meilleure preuve, selon lui, de cet engagement politique, que son arrestation par le pouvoir nazi à l’automne 1941 ?

Malaparte s’affranchit en effet des contraintes politiques imposées par le pouvoir ; l’édition restitue certains passages censurés à l’époque par les fascistes. Cette ambiguïté politique se voit décuplée par une tendance à l’esthétisation de la guerre qui, dans la lignée des récits de Jünger, constitue la marque de fabrique de Malaparte. Ce dernier n’hésite pas, malgré sa mission de correspondant de guerre, à s’arranger avec la réalité pour la teinter d’une tonalité merveilleuse («les lecteurs sont méfiants, pleins de suspicion à l’égard des choses extraordinaires»). Le talent de Malaparte semble ainsi parfois prendre le dessus sur un récit objectif du conflit, au détriment de tout regard moral, et pour le plus grand plaisir du lecteur : «La guerre, la mort ont quelquefois de ces mystérieuses délicatesses, d'un grand souffle lyrique. La guerre, parfois, a soin de transformer en images de beauté ses tableaux les plus réalistes comme si elle-même, soudain, se trouvait subjugués par la pitié que l’homme doit à l’homme, que la nature doit à l’homme». Le récit est marqué par la magnifique description du siège de Leningrad, durant lequel des patrouilles de skieurs finlandais, les ''sissit'', attaquent par petits groupes une flotte soviétique figée dans les glaces. Malaparte renoue alors avec la tradition romantique en exaltant le sentiment de sublime du spectateur fasciné par la beauté du désastre.

La Volga naît en Europe ne peut donc être réduit à sa dimension documentaire, Malaparte parvenant à s’en affranchir par deux modes de distanciation a priori incompatibles, l’analyse scientifique (le regard froid de l’anthropologue et du sociologue) et l’esthétisation romantique. L’écrivain démontre finalement la manière dont le talent littéraire s’amuse et se nourrit des contraintes.


Antoine Robineau
(Parutions.com le 13/11/2012 )

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Louis Le Vau et les nouvelles ambitions de l’architecture française - 1612-1654

(Alexandre Cojannot , Editions Picard 2012)

 





L’hôtel Lambert, le château de Vaux-le-Vicomte, les pavillons de Vincennes, le palais des Tuileries rénové, les ailes sud et nord de la cour carrée du Louvre, le Collège des Quatre-Nations, le premier Versailles de Louis XIV : tous ces édifices majeurs de l’art français ont un même auteur, l’architecte Louis Le Vau, dont l’œuvre prolifique – maisons, hôtels particuliers, châteaux, palais royaux, églises – s’étale sur plus de trois décennies du XVIIe siècle, de 1635 à 1670. En dépit ou en cause de l’abondance et de l’importance de cette production, Le Vau n’avait pas jusqu’ici trouvé son historien. Alexandre Cojannot, en s’attelant à la tâche, a trouvé le labeur si considérable qu’il a résolu de partager la carrière de son héros en deux parties. La première, qui va de la naissance de Le Vau jusqu’au moment où il adopta l’appellation de premier architecte du roi, fait l’objet du présent volume.

L’enquête s’inscrit dans la lignée où figurent les monographies de François Mansart (Jean-Pierre Babelon et Claude Mignot, 1998), Jacques Lemercier (Alexandre Gady, 2005) et Jules Hardouin-Mansart (Bertrand Jestaz, 2008, Alexandre Gady, 2010) et où sont attendues celles de Pierre Le Muet et de Libéral Bruand, réalisées mais non encore publiées. Les historiens de ces architectes ont adopté tantôt le parti d’un essai unique, où chaque édifice est traité à la date de sa construction, tantôt une structure binaire, séparant des contributions synthétiques, d’une part, d’un catalogue des œuvres, de l’autre. Alexandre Cojannot a opté pour la première formule, et ce choix correspond à une analyse extrêmement fine et érudite de la documentation, réunissant informations issues des archives écrites ou figurées, examen des sources imprimées et enquête proprement archéologique. L’auteur a évité ce qu’il y aurait pu avoir de trop descriptif dans sa démarche en ponctuant son développement de grandes pauses qui lui permettent de prendre de la hauteur et de s’élever au-dessus de l’étude de tel ou tel chantier pour replacer l’œuvre de Le Vau non seulement dans l’histoire de l’architecture, mais aussi dans l’histoire sociale, culturelle et intellectuelle du XVIIe siècle.

Dans cette première partie de sa carrière, le nom de Le Vau est étroitement lié à l’île Saint-Louis, quartier neuf où s’élèvent maisons et hôtels de la bourgeoisie et de la noblesse récente issue de la magistrature ou de la finance. C’est là que l’architecte sort de l’anonymat, là qu’il trouve ses protecteurs, là qu’il élabore sa manière propre et sa personnalité artistique. C’est là qu’il fait fortune, par la spéculation immobilière, mais le secret de cette réussite n’est pas immédiatement explicable. Fils de maçon, Le Vau n’a bénéficié au départ ni d’une formation théorique poussée, ni d’un réseau de relations étendu, ni d’importantes mises de fonds. Suivant le procédé bien connu de la «cavalerie», il a emprunté pour acheter, revendre et emprunter de nouveau. Comment le processus a-t-il pu s’amorcer et se poursuivre, sans que l’édifice se défasse puis s’écroule ?

La réponse ressort nettement de ce premier volume et tient en un mot : le talent. Le Vau n’est pas qu’un affairiste, il est aussi un artiste, qui a acquis, par la fréquentation des livres et des estampes, les modèles qui lui faisaient initialement défaut. Lecteur des traités de Palladio et de Scamozzi, il a eu le génie d’acclimater sur les bords de la Seine les ordonnances des maîtres de Vicence. Ainsi les ordres colossaux, les portes de temple antique et les chambres à l’italienne vinrent-elles donner aux maisons et aux hôtels de Paris l’air des palais et des villas d’Italie. Synthèse habile autant qu’élégante. On ne pouvait mieux faire au moment où une nouvelle noblesse cherchait à montrer sa réussite et à s’incorporer à l’ancienne aristocratie. À l’hôtel Lambert, la façade du pavillon de l’escalier sur cour rappelle celle de la villa Pisani à Montagnana, par Palladio, la façade sur jardin celle des palais Valmarana et Angarano, du même, à Vicence. À l’hôtel Tambonneau, la façade sur jardin démarque celle du palais Trissino, par Scamozzi, toujours à Vicence. Alexandre Cojannot fait apparaître encore beaucoup d’autres sources de l’inspiration de Le Vau, dans les extérieurs comme dans les intérieurs. Car Le Vau est autant décorateur qu’architecte, et sait s’associer avec les peintres et les sculpteurs pour exalter le décor des appartements d’apparat de ses commanditaires et protecteurs.

C’est d’ailleurs par des travaux dans les intérieurs, au Louvre et à Fontainebleau, que s’ouvre la seconde carrière de Louis Le Vau, celle qui le fait entrer au service du roi, alors que s’achèvent les orages de la Fronde. En 1654, Jacques Lemercier meurt et Louis Le Vau succède au défunt comme premier architecte du jeune Louis XIV. Il lui reste seize années à vivre, pendant lesquelles il va construire la majeure partie des bâtiments qui font aujourd’hui sa réputation. Leur étude fera l’objet d’un second volume, dont la parution est annoncée pour la fin de 2013. On espère que ce second volet de l’enquête sera aussi passionnant que celui-ci, qui devrait devenir une référence pour les historiens de l’architecture française comme pour ceux de la société parisienne.


Thierry Sarmant
( Parutions.com,  le 22/01/2013 )

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Béla Bartok




De Béla Bartók, compositeur fondamental de la première moitié du XXe siècle aux côtés de Debussy, Schönberg ou Stravinsky, Claire Delamarche propose ici une monographie de référence. 
Elle présente dans toute sa richesse cette œuvre qui aborde une grande variété de genres (l’opéra avec Le Château de Barbe-Bleue ; le ballet ; la musique de chambre avec six quatuors qui constituent le sommet de ce répertoire au XXe siècle ; le piano ; la musique vocale et chorale ; l’orchestre et la musique concertante…) et s’ancre dans la musique populaire d’Europe centrale (dont Bartók a recueilli les mélodies et les rythmes en une démarche ethnographique).
L’auteur dépeint le contexte familial, amical et social, démêle l’écheveau géopolitique de l’Europe centrale, présente les acteurs majeurs de la vie artistique et culturelle hongroise en s’appuyant sur un large choix de textes, lettres et témoignages publiés pour la première fois en français. Elle donne ainsi la pleine mesure d’un compositeur qui, selon Zoltán Kodály, « menait son travail artistique de créateur et d’interprète avec la précision et le soin méticuleux d’un savant » et « vivifiait l’exactitude et la précision nécessaires à son travail scientifique par son intuition d’artiste ».
Cet ouvrage est préfacé par Vincent Warnier et postfacé par Thierry Escaich.
Musicologue formée notamment au Conservatoire de Paris et à l’université Lyon II, Claire Delamarche a suivi parallèlement des études de langue et civilisation hongroises à l’Institut national des Langues orientales. Elle est musicologue chargée des publications à l’Auditorium-Orchestre national de Lyon.

25/01/2013

Journal de ce qui s'est passé à la Tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI, ro i de France

 (Jean-Baptiste CLERY, Editions Pays et Terroir)

Le Journal de Cléry sur la captivité de Louis XVI à la Tour du Temple constitue un témoignage essentiel sur la vie de Louis XVI, de Marie Antoinette et de leurs enfants dans la prison du Temple .



Le Journal de Cléry a connu depuis sa première parution un succès retentissant. Puisant dans ses notes et ses papiers soigneusement préservés, l'auteur y retrace les cinq mois au cours desquels il resta au service de Louis XVI dans la prison du Temple, du 10 août 1792 à la mort du roi, le 21 janvier 1793. La suite du Journal retrace les journées qui ont suivi jusqu'à la sortie de Cléry du Temple. Sur l'insistance de son entourage, Cléry compila ses notes et parvint à faire publier son Journal en Angleterre en 1798. Pour l'en remercier, Louis XVIII l'honora du titre de chevalier de Saint-Louis. Le succès de l'ouvrage nécessita plusieurs retirages à tel point que le Directoire, pour nuire à son auteur, en publia en 1800 une fausse édition hostile à la famille royale.
Après plusieurs tirages au cours de la première moitié du XIXe siècle, parut en 1861 la première édition du Journal publiée par la famille, augmentée de la suite du Journal et de nombreuses notes inédites laissées par Cléry. Cette édition devenue très rare demeure la plus complète et la plus documentée pour aborder cette page d'histoire tragique.

Réimpression de l'édition de 1861
280 pages, 14.5 x 20.5
gravures et six portraits en noir
prix : 27,50 €


Je commande le livre : Mémoires de Clery

Jean-Baptiste Cant Hanet, dit Cléry, est né le 11 mai 1759 à Versailles. Valet de chambre de Louis XVI, il passa sa vie au service de la famille royale, allant jusqu'à la suivre dans la prison du Temple, du 10 août 1792 au 21 janvier 1793, date de la mort de son maître. Il finit sa vie au service de la fille du défunt roi, Marie-Thérèse, duchesse d'Angoulême, et mourut dans son exil à Vienne, le 27 mai 1809.

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