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28/01/2013

Louis Le Vau et les nouvelles ambitions de l’architecture française - 1612-1654

(Alexandre Cojannot , Editions Picard 2012)

 





L’hôtel Lambert, le château de Vaux-le-Vicomte, les pavillons de Vincennes, le palais des Tuileries rénové, les ailes sud et nord de la cour carrée du Louvre, le Collège des Quatre-Nations, le premier Versailles de Louis XIV : tous ces édifices majeurs de l’art français ont un même auteur, l’architecte Louis Le Vau, dont l’œuvre prolifique – maisons, hôtels particuliers, châteaux, palais royaux, églises – s’étale sur plus de trois décennies du XVIIe siècle, de 1635 à 1670. En dépit ou en cause de l’abondance et de l’importance de cette production, Le Vau n’avait pas jusqu’ici trouvé son historien. Alexandre Cojannot, en s’attelant à la tâche, a trouvé le labeur si considérable qu’il a résolu de partager la carrière de son héros en deux parties. La première, qui va de la naissance de Le Vau jusqu’au moment où il adopta l’appellation de premier architecte du roi, fait l’objet du présent volume.

L’enquête s’inscrit dans la lignée où figurent les monographies de François Mansart (Jean-Pierre Babelon et Claude Mignot, 1998), Jacques Lemercier (Alexandre Gady, 2005) et Jules Hardouin-Mansart (Bertrand Jestaz, 2008, Alexandre Gady, 2010) et où sont attendues celles de Pierre Le Muet et de Libéral Bruand, réalisées mais non encore publiées. Les historiens de ces architectes ont adopté tantôt le parti d’un essai unique, où chaque édifice est traité à la date de sa construction, tantôt une structure binaire, séparant des contributions synthétiques, d’une part, d’un catalogue des œuvres, de l’autre. Alexandre Cojannot a opté pour la première formule, et ce choix correspond à une analyse extrêmement fine et érudite de la documentation, réunissant informations issues des archives écrites ou figurées, examen des sources imprimées et enquête proprement archéologique. L’auteur a évité ce qu’il y aurait pu avoir de trop descriptif dans sa démarche en ponctuant son développement de grandes pauses qui lui permettent de prendre de la hauteur et de s’élever au-dessus de l’étude de tel ou tel chantier pour replacer l’œuvre de Le Vau non seulement dans l’histoire de l’architecture, mais aussi dans l’histoire sociale, culturelle et intellectuelle du XVIIe siècle.

Dans cette première partie de sa carrière, le nom de Le Vau est étroitement lié à l’île Saint-Louis, quartier neuf où s’élèvent maisons et hôtels de la bourgeoisie et de la noblesse récente issue de la magistrature ou de la finance. C’est là que l’architecte sort de l’anonymat, là qu’il trouve ses protecteurs, là qu’il élabore sa manière propre et sa personnalité artistique. C’est là qu’il fait fortune, par la spéculation immobilière, mais le secret de cette réussite n’est pas immédiatement explicable. Fils de maçon, Le Vau n’a bénéficié au départ ni d’une formation théorique poussée, ni d’un réseau de relations étendu, ni d’importantes mises de fonds. Suivant le procédé bien connu de la «cavalerie», il a emprunté pour acheter, revendre et emprunter de nouveau. Comment le processus a-t-il pu s’amorcer et se poursuivre, sans que l’édifice se défasse puis s’écroule ?

La réponse ressort nettement de ce premier volume et tient en un mot : le talent. Le Vau n’est pas qu’un affairiste, il est aussi un artiste, qui a acquis, par la fréquentation des livres et des estampes, les modèles qui lui faisaient initialement défaut. Lecteur des traités de Palladio et de Scamozzi, il a eu le génie d’acclimater sur les bords de la Seine les ordonnances des maîtres de Vicence. Ainsi les ordres colossaux, les portes de temple antique et les chambres à l’italienne vinrent-elles donner aux maisons et aux hôtels de Paris l’air des palais et des villas d’Italie. Synthèse habile autant qu’élégante. On ne pouvait mieux faire au moment où une nouvelle noblesse cherchait à montrer sa réussite et à s’incorporer à l’ancienne aristocratie. À l’hôtel Lambert, la façade du pavillon de l’escalier sur cour rappelle celle de la villa Pisani à Montagnana, par Palladio, la façade sur jardin celle des palais Valmarana et Angarano, du même, à Vicence. À l’hôtel Tambonneau, la façade sur jardin démarque celle du palais Trissino, par Scamozzi, toujours à Vicence. Alexandre Cojannot fait apparaître encore beaucoup d’autres sources de l’inspiration de Le Vau, dans les extérieurs comme dans les intérieurs. Car Le Vau est autant décorateur qu’architecte, et sait s’associer avec les peintres et les sculpteurs pour exalter le décor des appartements d’apparat de ses commanditaires et protecteurs.

C’est d’ailleurs par des travaux dans les intérieurs, au Louvre et à Fontainebleau, que s’ouvre la seconde carrière de Louis Le Vau, celle qui le fait entrer au service du roi, alors que s’achèvent les orages de la Fronde. En 1654, Jacques Lemercier meurt et Louis Le Vau succède au défunt comme premier architecte du jeune Louis XIV. Il lui reste seize années à vivre, pendant lesquelles il va construire la majeure partie des bâtiments qui font aujourd’hui sa réputation. Leur étude fera l’objet d’un second volume, dont la parution est annoncée pour la fin de 2013. On espère que ce second volet de l’enquête sera aussi passionnant que celui-ci, qui devrait devenir une référence pour les historiens de l’architecture française comme pour ceux de la société parisienne.


Thierry Sarmant
( Parutions.com,  le 22/01/2013 )

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