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24/01/2013

François Duprat, l'homme qui inventa le Front National

(Nicolas Lebourg   Joseph Beauregard  , Editions Denoël 2012)  382 pages
 





Fallait-il écrire sur François Duprat ? Mort à trente-huit ans dans un attentat qui pulvérisa sa voiture sur une petite route normande en mars 1978, cet obscur militant d'extrême droite semble aujourd'hui oublié. Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard l'ont tiré des limbes. La forme donnée à leur livre, biographie mais aussi ouvrage encyclopédique sur l'extrême droite sous la Ve République, évacue le doute dès les premières pages. Cet inconnu était issu d'une famille provinciale de la classe moyenne de gauche ; il adhéra en 1958 à son premier mouvement nationaliste et activiste, Jeune Nation, et fut bien plus tard l'un des créateurs et des idéologues du Front national.

Mise au centre du livre, l'idée d'un Duprat idéologue du Front National, emporte l'adhésion, tant l'enquête des auteurs est rigoureuse, appuyée sur plus d'une centaine d'entretiens et un croisement de nombreuses archives publiques et privées. L'ouvrage est cependant équilibré car la genèse de cet aboutissement est scrupuleusement étudiée : de 1958 à 1978, Duprat a adhéré à tout ce que la Ve République a connu de formations et groupuscules d'extrême droite, y compris à des mouvements néo-nazis. Au-delà de la parfaite connaissance de l'extrême droite des années 1960 et 1970 dont il témoigne, l'ouvrage dépasse la biographie intellectuelle. Une porte s'ouvre sur la vie privée de ce personnage qui a voué sa vie à la politique : on découvre ainsi l'entourage, la famille et la personnalité de Duprat, et le livre, sans s'y étendre, y gagne en force. Enseignant d'histoire dans le secondaire, Duprat faisait figure d'intellectuel, comme animateur de multiples revues et cahiers, mais aussi comme auteur de très nombreux ouvrages. Les deux auteurs évoquent un personnage qui fascine dans un milieu peu intellectualisé, mais aussi, entre les lignes, un esprit finalement assez brouillon. On découvre au passage l'éclectisme idéologique de l'extrême-droite française. Myope, empâté, Duprat fit preuve régulièrement d'un véritable courage physique, ne reculant pas devant la participation aux manifestations violentes. Intellectuel et militant, il fut également un grand connaisseur du nationalisme européen de son temps, établissant par de nombreux voyages des contacts dans divers pays européens.

(...)

La psychologie très singulière du personnage éclaire d'un autre jour ce que les auteurs ont nettement mis au jour, dépassant les rumeurs de l'époque : les contacts de Duprat, anciens et réguliers avec les renseignements généraux, avec la presse (notamment le Canard enchaîné) et même, ponctuellement, avec le pouvoir dont il reçut – en période électorale – des facilités (impression et diffusion de matériel de propagande, réservation de salles), voire même de l'argent.

Considéré en son temps, dans son camp, comme un personnage sulfureux, il est finalement mort comme il a vécu. L'enquête dans l'enquête, menée en fin de livre, pour identifier les auteurs du crime tend - sans conclure – à se rapprocher d'un règlement de compte interne à l'extrême droite, mais les deux scrupuleux auteurs laissent en partie cette question ouverte. Ce n'est pas la moindre qualité de ce livre-enquête haletant.


Sébastien Laurent
( Parutions.com, le 03/04/2012 )

Disponible à la SA DPF

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