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31/08/2011

JEAN GUIRAUD

 

(1866-1953)

Nous poursuivons ici notre redécouverte d’écrivains catholiques oubliés, en présentant aujourd’hui Jean Guiraud. Cet article est paru initialement en 1955 dans le tome 67 des Mélanges d’archéologie et d’histoire.

 

Lorsque Jean Guiraud arriva au Palais Farnèse en 1889, les traits essentiels de son caractère étaient déjà fixés. Le sens, la portée qu'il entendait donner à sa vie et à son action étaient déterminés. Catholique fervent, il admirait l'Église sans réserve, il admirait son histoire, ses institutions, toutes ses œuvres. Il combattait et il voulait combattre tous ses adversaires, tous ses ennemis. Le contact qu'il prit alors avec Rome, avec le Vatican, avec de nombreuses personnalités ecclésiastiques ne put que fortifier ses sentiments, diriger et encourager son activité. Il exprimait ses convictions avec une sincérité, une ardeur que ne pouvait calmer ni même atténuer aucun souci d'intérêt personnel. Le lutteur, l'apôtre qu'il devait être plus tard, il l'était déjà au moment où il vint à Rome pour la première fois.

Né à Quillan, dans l'Aude, Jean Guiraud, après de fortes études au lycée de Carcassonne, puis à Paris au lycée Louis-le-Grand, fut admis à l'École normale en 1885. A l'exemple de son frère aîné, Paul Guiraud, il se destinait à l’enseignement de l'histoire. Agrégé en 1888, désigné pour l'École de Rome, il ne partit pas immédiatement. Pendant un an, il demeura rue d'Ulm, comme archiviste. C'était là une innovation dans la section littéraire de l'École, innovation qui permettait au futur Farnésien de choisir et de préparer dans une certaine mesure les travaux qu'il avait l'intention d'approfondir.

Installé au Palais Farnèse en novembre 1889, Guiraud y retrouva Gsell et Jordan ; il y fut rejoint par Romain Rolland, Gay, Courbaud et moi-même. Outre ses anciens camarades de Normale, il y connut Audollent, André Baudrillart, Enlart, Dorez, Sœhnée. Ce fut tout naturellement vers les incomparables collections de documents, que constituent les Archives et la Bibliothèque du Vatican, que se tourna son activité laborieuse. Il étudia les Registres du pape Urbain IV (1251-1264), dont trois tomes ne devaient être publiés qu'en 1917; il s'occupa aussi de ceux de Grégoire X et de Jean XXI. En même temps, il recherchait les lieux saints de Rome ; dans les deux Rapports qu'il rédigea en 1891 et 1892, il s'efforça de montrer l'intérêt qu'ils pouvaient présenter. Lorsqu'il rentra en France, il rapportait de Rome une riche moisson d'études et de notes précieuses.

Ce fut pendant son séjour à Rome qu’il entra en relations avec des prélats et des savants italiens, qu’il noua de solides amitiés avec plusieurs ecclésiastiques français de la Procure de Saint-Sulpice. Plus tard, il eut souvent l’occasion de rencontrer Mgr Duchesne et de discuter avec lui. Plus que jamais sur les bords du Tibre s’affirmait sa vocation de catholique militant, vocation de plus en plus puissante, à mesure qu’il pénétrait plus profondément dans l’histoire de l’Eglise.
Professeur au lycée de Sens en 1892, puis au lycée de Marseille en 1894, il conquit, en 1896, le titre de docteur ès lettres, avec une thèse française sur L’État pontifical après le Grand Schisme et une thèse latine (elle existait encore !) : De Prulianensi monasterio. Deux ans plus tard, il entre dans l’Enseignement supérieur : d’abord chargé de cours à la Faculté des lettres de Besançon, il y devient, quelques années plus tard, titulaire de la chaire d’Histoire et de Géographie de l’Antiquité et du Moyen Age.
Tout en se consacrant avec un brillant succès à son enseignement et à ses étudiants, Jean Guiraud entreprit alors de lutter énergiquement par la parole, par la plume, par l’action personnelle contre les courants qui, dans une partie de l’opinion publique, aux environs de 1900, se montraient de plus en plus hostiles à l’Église et qui devaient aboutir à la loi sur les Congrégations (1901- 1902), puis à la Séparation des Églises et de l’État (1903).


Dans cette lutte, Jean Guiraud se plaça résolument sur le terrain universitaire, sans cependant renoncer à une action purement politique. Il créa les Associations catholiques des chefs de familles, groupant les parents des élèves de l’enseignement libre, et chargées de veiller à l’observation de la neutralité scolaire dans les écoles publiques. Ces Associations furent bientôt assez nombreuses pour se fédérer. L’Union des Associations catholiques des chefs de famille fut alors créée. Guiraud la présida. Il multiplia les conférences, donna à la propagande qui lui était chère un élan sans répit. Il fut traduit devant le Conseil supérieur de l’Instruction publique, qui lui infligea, en 1913, une réprimande. En vain ses meilleurs amis, ses anciens camarades lui conseillaient la prudence et la modération. Ses convictions étaient trop ardentes, son tempérament de lutteur trop puissant pour qu’il renonçât à poursuivre son action. En 1917, il obtint un congé; quatre ans plus tard, ce congé fut transformé en retraite. Jean Guiraud quitta l’Université pour occuper les fonctions de rédacteur en chef du journal la Croix, fonctions qu’il exerça pendant plus de vingt ans, jusqu’en
1940. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer et d'apprécier la place qu'il tint alors dans la presse française.

Ce qu'il convient surtout de mettre en lumière, c'est que, pendant cette période de sa vie, Guiraud sut mener de front son activité de polémiste et ses travaux d'érudition. En même temps que rédacteur en chef de la Croix, il fut longtemps directeur de la Revue des Questions historiques. Il publia de nombreux ouvrages.

Sans, vouloir épuiser la liste de ses publications, il importe de signaler parmi ses travaux : en 1902, L'Église romaine et les origines de la Renaissance ; en 1906, Questions d'histoire et d'archéologie chrétienne ; en 1907, le Cartulaire de Notre-Dame de Prouille ; en 1913, Saint Dominique.

Il n'avait pas moins à coeur de dénoncer les inexactitudes, de réfuter les erreurs commises d'après lui, en ce qui concerne l'histoire et le rôle de l'Église, dans beaucoup d'ouvrages d'enseignement , particulier dans les manuels scolaires destinés à l'enseignement primaire et à l'enseignement secondaire. De 1911 à 1914, sous le titre fort significatif : Histoire partiale, Histoire vraie, il composa trois volumes, où il réalisa ce qu'il considérait comme le redressement nécessaire de la vérité historique. Puis il prit la direction d'une Collection de manuels scolaires d'histoire (1925-1935).

Ainsi, de 1917 à 1940, au prix d'un labeur incessant, grâce à de nombreux voyages, à des tournées fréquentes de conférences, il tint dans la presse catholique une place de tout premier rang ; son influence et son autorité y furent incontestables.

En 1940, âgé de soixante-quatorze ans, il jugea le moment venu de donner tout son temps et toutes ses forces aux travaux historiques.

Parmi les péripéties de l'histoire de l'Église au Moyen Age, il avait déjà abordé l'étude de l'Inquisition. Dès 1929, il avait rédigé un premier travail : L’Inquisition médiévale, puis il avait commencé d'écrire une Histoire de L'Inquisition au Moyen Age, dans tout son détail, d'après le dépouillement de tous les documents, et en s'inspirant de la méthode scientifique. Deux volumes de cette œuvre considérable avaient été imprimés en 1935 et en 1938 ; mais l'oeuvre était loin d'être achevée. Il s'y donna tout entier après 1940, sans pouvoir cependant la terminer.

Jean Guiraud est décédé le 11 décembre 1953. Il avait épousé Mlle M. Petit de Julleville ; par ce mariage, il était devenu le beau-frère du cardinal Petit de Julleville, archevêque de Rouen, et d'Auguste Audollent, qui fut doyen de la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand. Des deuils de famille très cruels l'avaient frappé, sans cependant diminuer sa puissance de travail ni refroidir l'ardeur de ses sentiments.

Ses camarades, ses collègues, ses confrères gardent de lui le souvenir d'une physionomie très originale, d'un caractère des plus sympathiques.

Jules Toutain

 

Ouvrages réédités :

Histoire partiale, histoire vraie, Editions Saint-Rémi

 

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