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14/06/2010

Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste

(GK Chesterton, Editions de l'Homme Nouveau)

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Un militant ou un dirigeant du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) qui ne connaîtrait pas le nom de Chesterton pourrait le prendre pour un des leurs à la lecture du titre de son dernier livre traduit du français : Plaidoyer pour une propriété anticapistaliste.
Mais Chesterton n’était en rien marxiste ou trotskiste, ni même socialiste ou social-démocrate. Il était catholique, préoccupé de justice sociale et, à ce titre, un des hérauts du « distributisme », doctrine qui vise à répandre la propriété privée des moyens de production pour corriger les méfaits du capitalisme. Le distributisme chestertonien prenait à contre-pied la propagande socialiste ou communiste.
Le Plaidoyer de Chesterton est un recueil d’articles paru en 1926. Il n’avait jamais été traduit en français. Le voici enfin disponible, dans une édition enrichie de notes utiles et intéressantes dues à Philippe Maxence et au traducteur, Gérard Joulié.
Chesterton reste un écrivain et répugne à la théorie. On retrouve dans ce livre son style si particulier, imagé, ses digressions, sa manie de se mettre sans cesse en scène. Mais on retrouve aussi, comme le dit Philippe Maxence, « ce fameux sens commun qu’il aura défendu tout au long de son existence ».

Son livre est, à bien des égards, prophétique. Trois ans avant le début de la grande crise de 1929 et de la longue dépression économique qui a suivi, des décennies avant notre crise actuelle, il a vu les faiblesses intrinsèques du système libéral capitaliste. Il écrivait : « Le capitalisme est en train de s’effondrer, et d’une certaine manière nous n’en sommes pas fâchés. Nous sommes même prêts à contribuer à son effondrement, mais nous ne voulons pas seulement le voir s’effondrer. Il serait plus juste de dire que nous souhaitons le voir disparaître sans s’effondrer sur nos têtes dans une confusion que certains appellent communisme et d’autres chaos. L’idéal serait que les parties qui le composent se dissocient de l’ensemble et reprennent chacun leur autonomie. »
Chesterton explore plusieurs voies pour cette réforme possible du capitalisme, certaines vont carrément à contre-courant. Il prône un « retour à la terre », pour des citadins qui ne craindraient pas de retrouver les valeurs du travail au rythme des saisons et de la propriété individuelle. Il défend « la renaissance du petit commerce » contre le grand magasin qui « n’est pas seulement vulgaire et insolent, mais incompétent et inconfortable » et qui incite à consommer toujours plus sous de fallacieux attraits (« on trouve de tout », « c’est moins cher », etc.).
Et aussi il est partisan de la diffusion de la propriété, y compris la propriété des entreprises. Non pas forcément par le morcellement des grandes entreprises mais par ce qu’on appellerait aujourd’hui l’actionnariat populaire et l’intéressement (ce que Chesterton appelle « la division des profits »). Que dirait- il aujourd’hui face à l’existence de grands groupes internationaux actifs dans plusieurs métiers et qui obéissent d’abord à une logique financière (par exemple, le groupe Lagardère présent dans l’aéronautique, l’espace, l’automobile, l’édition et les médias) ?
Chesterton plaide pour une « vie sociale plus simple », une révolution qui se ferait « à la lumière de la raison et de la tradition ». Mais il ne croit, bien sûr, ni aux actions de masse violentes ni même aux vertus de lois qui bouleverseraient tout d’un coup. Il pense que cette révolution peut venir des gens euxmêmes par leurs décisions et le changement de leur mentalité : « Je prétends que cette révolution doit être faite par les gens, et non pour les gens. C’est en quoi elle diffère sensiblement de presque tous les projets socialistes en vogue autant que de la philanthropie ploutocratique. […] Cette révolution doit être entreprise dans un esprit de religion et de sacrifice. On doit pouvoir s’y atteler comme on repousse un envahisseur ou comme on stoppe la propagation d’une épidémie. »

 

[…]

 

Chesterton n’était pas contre le capitalisme en général, il était hostile aux monopoles qui font disparaître la propriété et la responsabilité. Pie XII avait mis en garde, contre les excès, dans le capitalisme, d’une « classe prépondérante » qui « disposera des moyens de production, donc aussi du pain, et, en fin de compte, de la volonté de travail des individus » (message du 3 septembre 1944). Et il prônait, en contrepoint, « l’espoir d’acquérir quelque bien en propriété personnelle », où il voyait un « stimulant » pour « encourager au travail laborieux, à l’épargne, à la sobriété ».

Jean Rouvière

(Présent, 16 avril 2009)

 

Pour se procurer cet ouvrage: http://www.hommenouveau.fr/pages/boutique/boutique_produi...

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